A court terme, la nouvelle carte communale n’aura pas d’impact sur l’exécutif

Le PAM a mobilisé à  la fois des routiers de la politique et des novices mais ayant un bon réseau social, c’est ce qui explique son large succès.
Les petits partis concentrent leur efforts sur des communes très limitées pour décrocher des places au sein des conseils. C’est une stratégie de survie.
Le défi pour les partis qui ont accueilli des transhumants est de pouvoir les fidéliser.

Les communales du 12 juin ont été marquées par le succès important du Parti authenticité et modernité (PAM). Qui a voté PAM ? Est-ce une tranche particulière des électeurs ?
Nous n’avons pas encore procédé à l’analyse des structures du vote en faveur du PAM pour pouvoir confirmer ou infirmer cette hypothèse. En revanche, les données disponibles aujourd’hui révèlent que l’électorat du PAM se concentre essentiellement dans les communes soumises au scrutin uninominal, même s’il s’est caractérisé par de bonnes performances y compris dans les grandes villes, à quelques exceptions près.

Quel est le profil de l’élu au sein du PAM ?
Ce profil, qui permet d’expliquer la performance électorale de ce parti, est, en quelque sorte, mixte. Il s’agit, généralement, d’un élu, homme, disposant d’un certain savoir-faire pratique dans le domaine électoral, ou encore de candidats disposant d’un certain capital, mobilisable, acquis soit à travers le travail associatif, soit par l’exercice d’une profession qui nécessite le développement d’un capital relationnel relativement important, et qu’il a mobilisé ici pour accéder à un mandat électif. N’oublions pas que quelque 80% des candidats du PAM se présentaient à des élections pour la première fois cette année. Le fait d’avoir su présenter ces deux profils, parfois dans les mêmes listes, explique, dans une certaine mesure les résultats particuliers de ce parti.

Quelles devraient être les implications de la victoire du PAM, aussi bien au niveau local que sur le gouvernement ?
Au niveau des villes, l’on constate d’abord que l’élévation du seuil de participation à la répartition des sièges a eu un effet très structurant sur les résultats. Dans chaque ville figurent, en général, six à sept forces politiques et, dans la plupart des cas, le PAM a une position confortable. Il peut donc négocier son soutien et même demander l’accès à la «mairie» dans certaines villes. Il fait partie des forces politiques qui disposent d’une importante marge de manœuvre pour négocier l’accès à la mairie et à l’exécutif des communes. Au sein du gouvernement toutefois, il n’existe pas de corrélation directe entre la logique de la constitution des majorités et des oppositions au niveau gouvernemental et la dynamique des majorités, des coalitions, des oppositions au niveau local. Je ne pense donc pas que les résultats des élections communales auraient un impact, du moins à court terme, sur la constitution du gouvernement ou sur la majorité gouvernementale actuelle.

Fait étonnant, si des partis comme le Mouvement populaire, l’USFP ou le PPS apparaissent comme les grands perdants de ce scrutin, les petites formations politiques, comme le MDS ou le PML, n’ont pas perdu beaucoup de sièges…
Une des fonctions implicites des petits partis est de gérer l’excédent des candidatures des grosses formations. A chaque échéance électorale, des candidats qui n’ont pas réussi à obtenir une accréditation auprès de l’une de ces dernières doivent se tourner vers les premiers. Par ailleurs, plusieurs gros partis –  généralement, c’est le cas de l’UC voire du MP – orientent leurs candidats de deuxième choix vers les petits partis, pour constituer, après les élections, une majorité dans les conseils communaux. Autrement dit, même si ces petites formations se caractérisent par une performance électorale très faible, elles jouent encore cette fonction. Le Parti marocain libéral, qui s’est caractérisé par une performance très faible (90 sièges) a, par exemple, remporté 14 sièges dans une grande ville comme Marrakech, où il s’est classé juste derrière le PJD. Cela signifie qu’un très gros «challenger» a obtenu une accréditation auprès du PML. Le PML peut donc s’y positionner et négocier une position au sein du Conseil de la ville de Marrakech. Autre exemple, le Parti Renouveau et équité, qui n’a remporté que 181 sièges, en a obtenu 10 à Meknès. Ainsi, les petits partis mènent une politique de candidature très intelligente qui leur permet de se positionner dans certaines communes et de mener, sur la base de ce positionnement, une stratégie de survie. On ne pourrait déclarer la mort des petits partis qu’après une ou deux échéances électorales, et notamment à cause d’effets plus structurants comme la perte de l’accès au financement public réservé aux partis ayant obtenu moins de 5% des voix.

La notion de légitimité historique, à laquelle s’attachent encore plusieurs grosses formations, est-elle toujours un argument implicite ?

Les formations politiques qui ont fondé leur identité sur la légitimité historique ont de plus en plus de difficultés à convertir ce capital symbolique en capital politique mobilisable dans le cadre électoral. Toutefois, l’on constate aussi que les partis concernés sont à la recherche d’autres sources de capital symbolique, comme la capacité de gestion et une offre programmatique de plus en plus moderne. Leur point faible se situe toutefois au niveau de la mobilité verticale de leur personnel politique, autrement dit, l’accès des jeunes et des moins jeunes aux postes au sein des partis. Il est possible que la perte progressive de la valeur de la légitimité historique crée une pression en faveur de la mobilité du personnel politique de ces partis. Ce schéma est vécu de manière moins dramatique au sein de l’Istiqlal que dans l’USFP, l’Istiqlal ayant toujours réussi à construire des réseaux sociaux d’appui stables, constants, qui peuvent survivre à n’importe quelle épreuve électorale.

Beaucoup de partis doivent leurs déboires actuels à des notables qui ont choisi de migrer vers d’autres formations…
L’enjeu pour tous les partis est de stabiliser et fidéliser leur personnel politique. Les partis disposent d’une clientèle, les candidats, qui essayent de maximiser leurs chances d’accéder aux mandats électifs grâce à une stratégie très rationnelle, c’est-à-dire qu’ils adhèrent à des partis en fonction de leurs calculs, de leurs chances d’obtenir un mandat électif. Le vrai défi pour les partis qui ont accueilli ces profils, le PAM compris, c’est de stabiliser ce personnel, le fidéliser et l’intégrer à travers une offre d’adhésion, une offre de mobilité et une offre de candidature attractives.