40 ans après la Marche Verte, le début de la fin du conflit ?

Le 40e anniversaire de la Marche Verte est célébré dans un contexte bien particulier. Le Maroc ne se laisse pas perturber par la bataille d’arrière-garde menée par ses ennemis ; il avance, construit et réforme. Bref, il développe son Sahara tout en veillant à consolider sa position dans les négociations. Une stratégie payante et une solution au conflit est peut-être plus proche que l’on s’y attend. 

Depuis plusieurs jours déjà, on ne parle plus que de l’événement. Dans les principales villes du Sahara, comme ailleurs dans le reste du pays, l’heure est à la commémoration du 40e anniversaire de la Marche Verte. Une célébration au goût et à la portée différents, cette année. Car tout indique, quoi qu’à l’heure où nous mettions sous presse ce n’était pas encore officiel, que SM le Roi allait présider les manifestations de ce 40e anniversaire de l’événement qui a marqué l’histoire contemporaine du Maroc, depuis Laâyoune. Depuis quelques jours, des officiels dont le ministre délégué à l’intérieur Charki Drais, se sont déplacés dans le chef-lieu de la région de Laâyoune-Sakia Al Hamra pour, nous explique-t-on, préparer et superviser la visite du Souverain. Les mêmes sources ajoutent que la population se préparait, elle aussi, depuis quelques jours à accueillir le Roi dont la visite sera «l’événement de l’année». La visite n’étant pas encore officielle, son agenda l’est encore moins. Cependant, ici et là, on parle, en plus du discours d’anniversaire prononcé chaque année, de chantiers de développement à Laâyoune et dans d’autres villes du Sahara qui devraient être lancés en parallèle avec les décisions importantes qui devraient être annoncées. Il sera question du lancement du chantier de développement intégré du Sahara et de la nouvelle configuration de l’Agence de développement des provinces du Sud qui sera élargie et dotée de nouvelles prérogatives, ainsi que du coup d’envoi d’importants projets structurants. La commémoration du quarantième anniversaire de la Marche Verte intervient au lendemain du lancement du projet de la régionalisation avancée devenu effectif depuis la tenue des élections locales et régionales du 4 septembre dernier. Les deux régions du Sahara, Laâyoune-Sakia-El Hamra et Dakhla-Oued Eddahab ainsi que la région pré-saharienne de Guelmim-Oued Noun ont ainsi vu, à l’image des autres régions, la mise en place de nouvelles instances dirigeantes avec l’élection d’un conseil et d’un président dont les prérogatives et les compétences ont été élargies. Désormais, pour ainsi dire, ces régions dont la plupart viennent de voter leur règlement intérieur et leur premier projet de budget fonctionnent déjà comme des entités autonomes investies de larges pouvoirs et prérogatives.

Ce qui est un pas en avant, un très grand pas d’ailleurs, dans le chemin de la démocratisation du pays. Bref, la population sahraouie, comme dans le reste du pays, commence déjà à se prendre en charge et assurer elle-même la gestion des ses affaires locales. Cela en attente de la résolution définitive de ce différend qui, non seulement a trop duré, mais dont l’enlisement risque de mettre en péril la stabilité de toute cette région sahélo-saharienne. Un scénario que personne, du moins ceux qui font montre du bon sens, ne souhaite. A leur tête la population de cette région dont l’attachement à son pays, le Maroc, est indéfectible. Ce qu’elle a d’ailleurs montré par son attitude à l’occasion des dernières élections locales et régionales est en elle-même un message sans équivoque en ce sens. Cela a été d’ailleurs soulevé par le dernier discours du Souverain à l’ouverture de l’actuelle année législative, le 9 octobre dernier. «Nous avons noté avec une immense fierté la participation massive des habitants de nos provinces du Sud dans les dernières élections. C’est là une preuve démocratique supplémentaire de l’attachement des populations du Sahara à l’intégrité territoriale et au système politique de leur pays». Et d’ajouter :«Cela traduit également leur volonté d’insertion efficace dans les institutions nationales. A cet égard, nous affirmons que la légitimité populaire et démocratique acquise par les élus, qui ont été choisis en toute liberté, fait de ceux-ci les véritables représentants des populations du Sahara marocain, contrairement à une minorité qui réside hors-patrie et tente illusoirement et sans le moindre fondement juridique de s’autoproclamer représentant de ces populations». C’est une conclusion on ne peut plus explicite.

L’espoir d’un meilleur avenir

C’est une réalité qui n’échappe plus à personne. Pendant tout ce temps, le Maroc continue à se conformer à la légalité internationale, en toute bonne foi. D’ailleurs, il ne cesse d’exhorter les Nations Unies à trouver une solution rapide à ce conflit, mais aussi à travers ses organes compétents de venir en aide aux Marocains séquestrés dans les camps de Tindouf dont le sort et la situation sont exploités souvent à des fins abjects. Et preuve de sa bonne foi et de sa confiance en la démarche pacifique onusienne, le Maroc a très tôt fait de proposer un plan d’autonomie, qualifié par toutes les puissances occidentales et le concert des Nations comme proposition sérieuse et crédible. Malgré cela, la question n’a pas bougé d’un iota. Les multiples va-et-vient de l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU dans la région n’ont pas réussi à convaincre la partie adverse à faire un pas dans le sens de la résolution de ce différend. Le Maroc ne s’est pas arrêté là. Il ne saurait d’ailleurs attendre une solution, qui se fait trop tarder, du conflit pour entamer un processus de développement et de mise à niveau de ses régions. Le Royaume a, en effet, investi, tout au long de ces quatre dernières décennies, des milliards de dollars pour faire de ses provinces du Sud la région prospère qu’elle est aujourd’hui, offrant aux habitants de la région et à ceux encore séquestrés en territoire algérien l’espoir d’un meilleur avenir pour eux et pour les générations futures. Pour le moment, bien des pays ne cessent de manifester leur soutien à la proposition marocaine. A la tête de ces pays, bien sûr les États-Unis, mais aussi la France, l’Espagne et bien d’autre États influents dans le monde. Ainsi, aux États-Unis, le plan d’autonomie jouit du soutien sans équivoque de trois administrations américaines. Bien plus, ce soutien ne se limite pas uniquement à la branche exécutive américaine, mais se manifeste aussi dans les deux Chambres du Congrès des États-Unis. Ce qui dénote d’une adhésion affirmée des deux grands partis qui les composent. L’incident de parcours survenu en avril 2014, lorsque la représentation permanente de ce pays au Conseil de sécurité s’apprêtait à déposer une motion qui appelait à l’élargissement et la dénaturation du mandat de la Minurso, comme l’ont soutenu le Polisario et ses mentors algériens, n’aura été qu’un nuage d’été. La preuve, le budget de l’année suivante, et c’est un fait juridique majeur qu’il faut souligner, stipule ainsi, avec emphase, que les fonds alloués sous le Titre III de la Loi de finances américaine «seront rendus disponibles» dans le cadre de l’aide destinée aux provinces du Sud. Le langage de la Loi de finances américaine, adoptée par le congrès et promulguée par le Président Obama, souligne non seulement expressément que cette aide est destinée à cette partie du Royaume, mais va bien au-delà pour affirmer que cette démarche sera mise en œuvre par le Congrès à travers un mécanisme mis en place par les branches exécutive et législative du gouvernement des États-Unis. Ce qui est déjà un acquis en soi.

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Une diplomatie offensive

C’est également une démarche adoptée par l’Union européenne lors de la négociation et de l’adoption de la nouvelle mouture de l’accord de pêche avec notre pays. Sur ce plan, le Maroc ne cesse donc de gagner du terrain, malgré les multiples manœuvres algéro-polisariennes dont la dernière est cette motion que le Parlement suédois s’apprêtait à mettre en examen, ce qui a suscité une vive réaction de l’Etat et du peuple marocains dans toutes ses composantes. C’est pour dire que le Maroc ne cesse de tendre la main à une éventuelle solution politique mutuellement acceptée de ce différend.  Ce qui n’est pas le cas de l’autre partie. Au contraire, l’attitude de plus en plus hostile de l’Algérie, qui démontre encore une fois, si besoin est, combien ce pays est impliqué directement dans ce conflit, ne laisse place à aucun espoir. La diplomatie marocaine s’est vue contrainte de riposter aux multiples provocations de ce pays en jouant sur le même registre. C’est ainsi que pour la première fois le Maroc évoque, devant les Nations Unies, le droit du peuple kabyle, fort de 8 millions de personnes et riche d’une Histoire de plus de 9 000 ans, à la reconnaissance de ses droits culturels et linguistiques et à son droit à l’autodétermination. Le Maroc a donc commencé par plaider pour l’autodétermination du peuple kabyle pour passer, moins d’une semaine plus tard, au degré supérieur en appelant les Nations Unies et ses différentes instances à insérer la protection et la promotion des droits du peuple kabyle dans leurs agendas respectifs conformément à la Charte des Nations Unies. Cette déclaration devant la 3e Commission de l’Assemblée générale intervient suite à une nouvelle provocation de la part de la délégation algérienne sur la question du Sahara marocain, alors qu’elle n’est pas inscrite à l’ordre du jour. C’est donc dans une conjoncture très particulière que le Maroc célèbre le 40e anniversaire de la Marche Verte ce 6 Novembre. D’abord il est question d’un déplacement fortement commenté du Souverain dans la région, ensuite une adhésion de plus en plus large de la communauté internationale au plan d’autonomie. Et à cela s’ajoutent la cohésion interne à la mobilisation dont le peuple marocain fait montre à chaque fois que l’intégrité territoriale est en jeu et enfin cette offensive diplomatique marocaine pour contrer, avec les moyens qui conviennent, les interminables provocations algériennes et ses tentatives d’isolement du Maroc sur le plan régional.

Charles-Saint-Prot« Il n’y a jamais eu de nation sahraouie, pas même de peuple mais des tribus, souvent mixtes – berbères et arabes – et faisant allégeance au Sultan du Maroc (…) Et beaucoup de fondateurs de ces tribus étaient originaires du nord de l’oued Drâa (…). Ce n’est que dans les années 1970 qu’a été conçu le complot séparatiste, inventé par l’Algérie et le Bloc communiste. De ce fait, la question du Sahara n’est que la conséquence d’une politique anti-marocaine commencée dès l’indépendance de l’Algérie (…) Ainsi, au fil des ans, la question est également devenue un enjeu de politique intérieure algérienne, d’autant que certains dans l’appareil politico-militaire en tirent de grands profits. »