2013, une année mouvementée…

Avec le rejet par les conseillers du PLF, le débat constitutionnel est loin d’être clos. Une nouvelle politique d’émigration et un espoir pour plus de 25 000 clandestins. Le Maroc continue de percer à  l’international. Plus présent en Afrique, il est aussi dans de nombreuses instances de l’ONU.

Les élus de Casablanca, comme les autres responsables de la gestion de la ville, ne vont certainement pas oublier ce discours du 11 octobre. Près de trois mois plus tard, la ville est encore en branle-bas. Même s’il n’en marque pas le début, ce discours s’inscrit en fait dans une ligne de «nouvelle génération» de discours royaux, plus pointus et surtout plus critiques quand la gestion des grands dossiers mérite une aussi retentissante mise au point. On retiendra également de cette année cette audacieuse initiative royale de doter le Maroc d’une nouvelle politique d’émigration, largement saluée par la communauté internationale. Cela d’autant qu’elle concerne quelques dizaines de milliers de ressortissants étrangers en situation irrégulière et plusieurs centaines de demandeurs d’asile. Ce qui est à la fois une nouvelle politique interne en la matière et une action à forte portée en terme des droits de l’homme, s’est avérée également une action à fortes retombées diplomatiques. Et en ce domaine, l’année a plutôt débuté par une note inquiétante lorsqu’en avril  les États-Unis ont projeté de soumettre au Conseil de sécurité une proposition qui porte sur l’extension du mandat de la Minurso au contrôle des droits de l’homme dans nos provinces du Sud. La diplomatie royale a savamment manœuvré et a pu éviter cet écueil au Maroc. Le pire a non seulement été évité, mais lors de la visite royale à Washington en novembre dernier, le président américain Barack Obama a tenu à réitérer le soutien «clair» et sans équivoque des États-Unis au Plan d’autonomie au Sahara, sous souveraineté marocaine. Ce n’est pas seulement cela, cette visite de travail aux États-Unis a été l’occasion de consolider l’axe Rabat-Washington en faveur du développement et de la stabilité dans la région, en particulier en Afrique. Cette Afrique vers laquelle le Maroc s’est définitivement tourné et qui prend une place prépondérante dans ses relations étrangères. La présence du Souverain à Bamako, pour l’investiture du nouveau président du Mali, n’est qu’une parmi les manifestations de cette nouvelle orientation.

Sur le plan interne, la promulgation d’une nouvelle Constitution, depuis juillet 2011, a complètement bouleversé le débat politique. L’éclatement de la majorité conduite par le PJD, avec le retrait de l’Istiqlal, a suscité un débat constitutionnel sans précédent. Tout comme les tractations de la formation d’une nouvelle majorité gouvernementale. Aujourd’hui encore, le débat n’est pas totalement clos. Le chef du gouvernement est toujours attendu pour exposer les grandes lignes du nouveau programme de son gouvernement remanié, si nouveau programme il y a. Mais, auparavant, il fallait faire face à une autre première qu’est le rejet de son projet de Loi de finances de 2014 par la deuxième Chambre. C’est que l’opposition reconfigurée et revigorée, après que l’Istiqlal l’ait rejointe, est déterminée à rendre la vie dure au gouvernement. Et ce, que ce soit au sein des institutions ou dans la rue, avec la mobilisation des centrales syndicales. Cela au moment où, contrairement à ses prédécesseurs, le chef du gouvernement a complètement fermé la porte au dialogue social pour la deuxième année consécutive. Entre-temps, les partis politiques, du moins les plus respectés, font l’apprentissage accéléré de la démocratie interne. Les premiers résultats sont déjà là, la quasi-totalité des instances dirigeantes, démocratiquement élues, du PAM, sont formées de cadres, de jeunes et de femmes. L’Istiqlal et l’USFP ont élu, dans une course loyale à leur direction, leurs nouveaux patrons, Hamid Chabat et Driss Lachgar, et le reste des instances dirigeantes. Seulement, beaucoup de chemin reste encore à faire. Les mêmes partis, l’Istiqlal comme l’USFP, et peut-être même le PJD qui se considère comme pionnier en la matière, n’arrivent toujours pas à admettre la présence de plusieurs voix sous un même toit. L’année 2013 verra également la disparition de deux petites formations, le Parti travailliste et le Parti socialiste, qui, dans un souci de rationalisation de la scène politique, ont préféré intégrer l’USFP.

Vu de l’extérieur, le Maroc brille pour sa stabilité politique et ses réformes, mais aussi par sa présence un peu partout. Après une année au Conseil de sécurité comme membre non permanent, voilà qu’il intègre le Conseil des droits de l’homme de l’ONU et pour un mandat de trois ans, et également le Comité des Nations Unies contre la torture, le Conseil de l’organisation maritime internationale (OMI) et le Conseil exécutif de l’UNESCO. Le choix a également été porté sur le Maroc pour abriter la deuxième édition du prestigieux Forum mondial des droits de l’Homme en 2014.
C’est pour dire que l’année qui s’achève fera certainement date dans l’histoire diplomatique du Maroc. Un capital symbolique que le nouveau tandem nommé à la tête du ministère, les RNIstes Salaheddine Mezouar et Mbarka Bouaida, est appelé à fortifier et à consolider.