17 février 2012 : la seconde vie du PAM…

Le congrès extraordinaire devrait entériner le choix de la social-démocratie comme référentiel idéologique. Congressistes, conseil, bureau politique, tout sera renouvelé. Cheikh Biadillah et Hakim Benchemmass favoris pour le poste de secrétaire général.

Certains de ses dirigeants parlent d’une renaissance, d’autres d’une opération de restructuration, d’autres encore d’un virage idéologique. Une chose est sûre, affirme Ahmed Akhchichine, membre du bureau national du parti : «Le PAM change de cycle de vie». Les élections législatives qui ont dégagé une carte politique dominée par six grandes formations, le départ de son fondateur Fouad Ali El Himma et la conjoncture que traverse le pays, à l’image d’autres pays de la région, ont contraint le parti à revoir son positionnement et sa vision politiques.
Mais la vraie question est celle du positionnement du parti qui est resté, depuis sa création, sans référentiel idéologique. Le PAM va-t-il virer à gauche comme on le laisse entendre ici et là ? La question est revenue avec insistance, le 22 janvier, lors de la tenue du conseil national du parti. L’un de ses cadres tente une réponse un tantinet ironique : «Rassurez-vous, nous n’allons pas nous proclamer communistes. Mais c’est vrai que nous nous acheminons vers une vision plus claire de notre identité politique». Il faut dire que la quête d’une identité politique qui lui est propre est devenue une urgence pour le parti depuis l’adoption de la nouvelle Constitution. La loi fondamentale a, en effet, repris les recommandations des deux textes sur lesquels le parti a construit tout son discours politique : le rapport du Cinquantenaire de l’Indépendance et le rapport de l’IER. «Depuis, ces deux textes sont devenus un bien commun à tous les partis politiques, aucun parti ne peut plus se prévaloir, seul, de ces deux textes. Il nous fallait donc affiner notre vision première et construire notre vision idéologique, si l’on peut encore parler d’idéologie», explique Fatiha Layadi, députée PAM.
Une commission présidée par Salah El Ouadie a planché pendant des semaines sur la question. Les résultats de ses travaux ont été présentés devant le conseil national, le 22 janvier dernier. Officiellement, rien n’est encore décidé, précise Ahmed Akhchichine. «En réalité, explique-t-il, plusieurs voies ont été proposées. Outre la social-démocratie, d’autres options sont évoquées : le libéralisme ou encore un melting pot dans lequel sont réunies toutes ces tendances. En définitive, c’est au congrès (NDLR, qui se tient du 17 au 19 février) de trancher après un débat majeur et crucial et que je souhaite riche». La première option étant, semble-t-il, la plus attrayante.
Il y a donc de fortes chances de voir le parti évoluer sous la bannière de la social-démocratie. En d’autres termes, si le congrès finit par adopter cette plateforme, le PAM deviendra un parti de gauche. Or, «ce n’est pas aussi simple que cela peut paraître», prévient Khadija Rouissi, membre du bureau national. Le parti qui vient de traverser une crise, à la veille des élections du 25 novembre, provoquée par un différend entre l’aile gauchisante et le clan des notables, ne peut trancher aussi facilement cette question décisive.

Rassurer l’aile gauchisante mais ménager les clans des notables quand même

Aussi, pour ménager les sensibilités des uns et des autres, préfère-t-on jouer sur les termes. «Par “social” (NDLR, dans “social démocratie”), nous faisons référence à la société et non au socialisme», avance Mehdi Bensaid, jeune député et membre du conseil national. «C’est un choix au centre duquel se trouve l’Homme, sa dignité, ses droits socio-économiques, civils et culturels. Nous prônons la justice, la liberté, la solidarité et l’égalité. Bref, des valeurs humanistes. Cela ne veut pas dire forcément des valeurs socialistes», explique Khadija Rouissi.
Elle reconnaît, néanmoins, que schématiquement, après l’adoption de sa nouvelle identité, le parti pourrait très bien être catalogué comme formation de centre-gauche. Concrètement, pour reprendre les termes de Mustapha Merizak, membre du comité préparatoire du congrès, «dans le texte présenté au conseil national, nous défendons un projet économique libéral dans un Etat social qui garantit la justice, l’équité, la reddition des comptes et la répartition équitable des richesses. Politiquement, nous nous déclarons pour les institutions, l’indépendance de la justice, l’intervention de l’Etat dans les domaines de l’enseignement, la santé et l’emploi». Bref, une idéologie qui prône une économie libre avec des filets sociaux.
«La crise économique mondiale, les défis des changements sociaux que connaît notre région, l’impératif de répondre à une demande sociale pressante nous imposent de choisir un positionnement clair», avance M. Akhchichine. Un choix qui favorisera certainement les gauchistes du parti qui voient en cette conjoncture l’occasion unique pour se raffermir au sein du parti.  
Un choix qui risque aussi de coûter de nouveaux départs au parti. Car, que deviendraient dans ce cas les notables du parti si ce dernier optait pour ce virage politique à gauche ? Il faut préciser d’abord que là encore la terminologie a quelque peu évolué. On parle désormais de conservateurs plutôt que de notables et de progressistes au lieu de gauchistes.

Exit ceux qui n’étaient là que pour être proches de…

Pour revenir à la question, adopter une nouvelle vision politique «va nous permettre justement de clarifier les choses et continuer à tamiser et faire le ménage. Ça a déjà commencé avec les élections dans le sens où 80% des membres du groupe parlementaire sont nouveaux. Et on va se délester de davantage de monde», affirme une source du parti. En des termes moins crus et sûrement plus diplomatiques, «le congrès sera une rupture avec l’époque des consensus, nous allons activer la démocratie interne. Ce sont les urnes qui décideront de tout. Il est vrai qu’il y a déjà eu de nombreux départs et le parti ne s’en porte pas mal. Au contraire, il rassemblera désormais ceux qui croient dans les valeurs du modernisme et de la démocratie qui sont les nôtres», explique Mutapha Merizak. On ne le dit pas comme cela mais l’on comprend que ceux qui n’étaient dans le parti que pour la proximité avec Fouad Ali El Himma ou pour les élections ne trouveront plus de raison d’y être. Ce qui favorisera sans doute la mue de la formation dont le point de départ sera le prochain congrès. Car, affirme M. Akhchichine, «le congrès ne sera réussi que si on renouvelle, au moins en partie, le leadership du parti. Il va falloir trouver des énergies nouvelles venues de nouveaux horizons et porteuses de nouvelles idées».  
Pour ce faire, le comité préparatoire, présidé par Ilyas El Omari, a mis en place les structures nécessaires. Son rapport a été adopté sans grand heurt par le conseil national. En conséquence, l’organisation du parti sera revue de fond en comble. Outre la mise en place de procédures rigoureuses, mais transparentes, pour l’élection des congressistes, le comité a réservé 3% des places pour les cadres et profils pointus. La direction, elle, sera élue par scrutin de liste, le bureau national prendra le nom de bureau politique et les structures régionales seront renforcées.
Quid de l’homme ou des hommes qui vont prendre le gouvernail ? «Nous n’en sommes pas encore à cette étape qui est la troisième. La première étant la mise en place du comité préparatoire, et, la deuxième, la désignation des congressistes. C’est pour dire que les candidats ne devraient se manifester qu’une semaine avant le congrès», explique le membre du conseil national, Mehdi Bensaid.

Cinq candidats potentiels

Quelques noms des futures têtes de liste ont déjà commencé à circuler. Mohamed Cheikh Biadillah, le secrétaire général sortant, qui avait déclaré, il y a quelques semaines, qu’il ne se porterait pas candidat, devrait vraisemblablement finir par rempiler, explique une source au parti. Sa réélection, souhaitée par l’aile conservatrice, inscrira le parti dans la continuité et le statut quo. Ce qui n’arrange forcément pas le clan gauchisant. Ce dernier est plutôt favorable à l’élection de Hakim Benchemmass, actuel secrétaire général adjoint et président du groupe parlementaire à la deuxième Chambre.
Pour le moment ce sont les deux prétendants sérieux au poste. Pour ménager l’une et l’autre sensibilité et ne faire pencher la balance d’aucun côté, certains militants du parti proposent la candidature d’Ahmed Akhchichine qui vient de reprendre ses fonctions dans la direction du parti après avoir quitté son poste de ministre de l’enseignement. Ce dernier affirme toutefois ne pas être intéressé, pour le moment.
Deux autres candidats pourraient se manifester : Salah El Ouadie, porte-parole du parti et Ali Belhaj, secrétaire général adjoint. De ces cinq candidats potentiels, ce sera certainement celui qui dispose d’une large base de sympathisants qui remportera la course, nouveau mode de scrutin choisi oblige.   
Une fois le congrès tenu, le parti se fixe comme prochaine priorité les futures élections locales et régionales. Cette fois l’objectif sera non seulement d’essayer de garder sa position de leader conquise en 2009, mais surtout, précise Ahmed Akhchichine, «contribuer à la régénération des élites locales». Mais là, c’est tout un programme.
C’est pour dire que ceux qui appelaient à la dissolution du parti, aussi bien le mouvement du 20 Février que les instances dirigeantes de certains partis politiques, seront déçus. De même pour ceux qui ont prédit sa décadence et sa disparition après les élections législatives, l’éclatement du G8 ou encore le départ de Fouad Ali El Himma. «Contrairement à d’autres partis qui se cherchent encore, que ce soit sur le plan identitaire ou sur le plan organisationnel, nous, nous avons déjà une idée claire de ce que nous voulons et de comment y arriver. Nous sommes unanimes au parti à croire que le PAM est un parti de l’avenir. Et nous ne somme pas les seuls», affirme le membre du comité préparatoire, Mustapha Merizak.
Une fois son orientation politique clarifiée, ses structures revues et sa nouvelle mission définie, le PAM sera amené à choisir ses futurs partenaires. Se pose alors l’éternelle question des alliances. «Pour cela, nous serons amenés à faire une nouvelle lecture des positionnements sur la carte politique. Nos alliances conjoncturelles vont se faire selon la proximité de chaque formation politique par rapport à notre nouvelle identité», explique Ahmed Akhchichine. En d’autres termes, «l’allié naturel du PAM sera le RNI alors que l’USFP se positionne comme un allié pragmatique», précise la députée Fatiha Layadi. Khadija Rouissi, également députée et membre du bureau national, estime, elle, que «les alliances se font autour des objectifs sur la base d’un travail sur le terrain. Les rapprochements, eux, se font naturellement par la contribution de chaque partie. Si demain il y a un rapprochement avec l’USFP ? pourquoi pas ? Mais cela doit se faire autour des idées, des visions de mode de pensée et de style de direction».
Sur le terrain, le PAM dit avoir tiré la leçon des ses expériences passées. Une chose est sûre, comme le soutient M. Akhchichine, il n’est plus question de s’allier à des formations politiques dans certaines villes et de les contrer dans d’autres.