«100 jours, 100 villes», le pari réussi de la proximité

A fin février, soit quatre mois après son lancement, cette initiative du RNI a déjà couvert 54 villes. Dans chaque rencontre, ce sont entre 300 et 400 personnes qui font part des problématiques de leurs villes et proposent des solutions. Les données recueillies serviront pour élaborer un programme électoral approprié pour chaque ville au titre des prochaines élections locales.

Dimanche 23 février, la ville de Taounate accueillait la dernière étape de l’initiative «100 jours, 100 villes», lancée il y a quatre mois depuis Demnate. Mohamed Abbou-fils, député et ancien ministre, et Rachid Talbi Alami, également ancien ministre et ancien parlementaire, ont encadré cette rencontre à laquelle a pris part une assistance nombreuse. En même temps, une autre réunion se tenait, dans le même cadre, dans la ville de Khémisset avec la participation de près de 500 citoyens et citoyennes encadrés par les deux membres du bureau politique, Amina Benkhadra et Jalila Mourseli. Et c’est ainsi chaque fin de semaine, depuis novembre dernier. En moins de quatre mois, le RNI a relevé le pari de tenir 54 meetings du genre dans différentes villes, moyennes et petites, du Royaume. Cela fait une moyenne de trois à quatre villes par semaine. Les rencontres ont lieu principalement les week-ends. Avec les trois étapes prévues pour ce week-end, ce sont pratiquement les deux-tiers des villes programmées qui sont couvertes. Le menu de ces rencontres reste pratiquement invariable. Le schéma a été arrêté d’avance, bien avant le lancement. Concrètement, la rencontre prend une demi-journée, la matinée ou l’après-midi selon les cas. Après leurs inscriptions sur les listes mises à leur disposition à l’entrée, les citoyens de ces villes –entre 300 et 400- sont invités à remplir un formulaire en y apportant leurs priorités, les problématiques que connaissent leurs villes et les solutions qu’ils proposent. Il faut préciser, soit dit en passant, que «l’objectif n’est pas de réunir les gens dans un meeting politique, leur faire un discours et repartir. Il ne s’agit pas d’un rassemblement politique ou d’une mobilisation électorale. L’objectif de ces rencontres, c’est de faire participer les gens et de leur donner la parole», affirme notre source. Dans la pratique, la rencontre est organisée sous forme d’ateliers, les invités travaillent en groupes avec une dizaine de personnes autour de chaque table. Bien sûr, parmi les invités, dont les deux-tiers sont choisis en dehors du parti, il y a forcément ceux qui ne peuvent pas remplir ce questionnaire par eux-mêmes. Et c’est là qu’intervient le rôle de l’encadrement assuré par les jeunes issus des différentes organisations parallèles (la jeunesse et les associations qui relèvent du parti). Ces jeunes sont formés au préalable pour cette mission, notamment aux techniques d’organisation et d’animation de débats et d’ateliers, au niveau des coordinations régionales.
Il faut d’abord préciser, relève cette source au sein de la direction du parti, qu’il ne s’agit pas de rencontres internes.

Aller à l’écoute de tout le monde

«L’idée est d’écouter les gens qui ne sont pas dans le parti, ce qui signifie un discours différent. D’où la règle de ne réserver que le tiers des places aux membres du parti», affirme notre source qui confie que dans certaines régions, spécialement dans le Nord, des membres et responsables locaux d’autres partis dont le PJD et l’Istiqlal ont participé à ces rencontres. Le deuxième point à relever, c’est qu’il ne s’agit pas d’une mobilisation à l’échelle locale. «Le nombre de participants est, en effet, fixé, à entre 300 et 400 par rencontre». Il arrive cependant que dans les régions où le RNI est bien implanté l’on dépasse largement ce chiffre. C’est assez fréquent, puisque les citoyens ont répondu à cette initiative de manière favorable. Dans ce cas, on opte pour des interventions directes de la salle. D’une manière sommaire, les membres du bureau politique démarrent la rencontre avec une intervention dans laquelle il est, plus souvent, question de l’actualité politique du pays et de la région dans laquelle ils se trouvent. Ensuite, après que ces derniers aient expliqué l’objectif de la rencontre, démarre un grand brainstorming. Les habitants font part de leur réalité, de leurs attentes et de leurs revendications. Les priorités exprimées et les problématiques relevées par les participants portent dans la plupart des cas sur les affaires de gestion communale. D’une manière générale, en jetant un coup d’œil sur le site dédié à cette opération (https://100.rni.ma/) on apprendra que les préoccupations qui reviennent le plus sur les langues des participants sont liées à l’emploi, la santé, l’éducation et le désenclavement. En d’autres termes, ils revendiquent leur droit au développement.

L’opération qui devrait porter, comme son nom l’indique, sur 100 villes devrait durer jusqu’en juillet. Naturellement, ces villes n’ont pas été choisies de manière fortuite. «Il a fallu faire des arbitrages entre les localités où le RNI est très bien implanté et où le parti devait confirmer sa présence et d’autres où il n’est pas très présent et où ces rencontres devraient servir pour son rayonnement», souligne notre source.

Un véritable sondage d’opinion

Bref, nous sommes donc à mi-chemin d’une opération inédite, pendant laquelle les membres du bureau politique et les dirigeants du parti se sont rendus jusque-là dans pratiquement toutes les régions du Royaume à la rencontre des habitants. Certaines régions, trois jusque-là, ont été totalement couvertes. Après chaque rencontre et une fois les formulaires remplis, un rapport de synthèse est élaboré par les instances locales et adressé au siège. Les données ainsi collectées serviront d’abord pour connaître les priorités des Marocains. «Même si cela n’est pas représentatif, scientifiquement parlant, on peut assimiler cet exercice à un sondage qui aura touché entre 30 000 et 40 000 citoyens de différents âges et couches sociales et niveau d’instruction -parfois même sans niveau d’instruction- dans une dizaine de régions. Ce qui n’est pas peu», affirme notre source. Le parti, une fois toutes les données collectées et centralisées, pourra se faire une idée précise des priorités des Marocains, aussi bien à l’échelle locale que nationale. «Une thématique relevée dans une ville par 250 ou 300 personnes constitue forcément une priorité pour les habitants de la ville», affirme cette source de la direction du parti.

Les données collectées serviront, bien sûr, pour élaborer le programme électoral pour les législatives de 2021, mais aussi pour les programmes locaux au titre des élections communales et régionales de la même année. Cela devrait permettre au parti de mettre en place, s’il est au pouvoir, les programmes de développement qu’il faut ou, à défaut, plaider pour les réaliser. Car, comme l’avait annoncé le président du parti, à Sidi Ifni alors que l’initiative n’avait pas encore bouclé son premier mois, la bataille du développement humain commence par l’écoute des citoyens et leur implication dans la recherche des solutions appropriées et la mise en œuvre des projets utiles. «Nous sommes aujourd’hui devant une nouvelle bataille, celle du renforcement des valeurs de citoyenneté et de développement de notre pays, une bataille dans laquelle notre ennemi est le chômage, la pauvreté et la précarité», a notamment souligné Aziz Akhannouch.

Pour paraphraser l’ancien ministre, Mohamed Boussaid, qui chapeaute ce programme, «toute approche politique doit démarrer de la base et que toute solution aux problèmes doit provenir de ce niveau».

Encadrement et formation des citoyens

En d’autres termes, annonçait le membre du bureau politique le jour du lancement de l’initiative, le 2 novembre à Demnate, le RNI veut «tenir compte des points de vue des citoyens de notre pays pour construire son projet politique». Malgré toute la bonne foi dont il a fait montre, l’initiative du parti n’a pas tardé à prendre une autre dimension dans le discours de ses adversaires politiques. En termes politiquement corrects, l’initiative a été qualifiée de «campagne électorale avant l’heure». Les mauvaises langues sont même allées jusqu’à parler de «l’achat de conscience des citoyens» à coup de festins organisés un peu partout dans le pays. D’autres encore n’ont pas hésité à évoquer des «financements douteux» de cette campagne avançant que son budget dépasserait le montant global des aides publiques accordées aux partis. «Rien de cela n’est vrai», tranche cette source de la direction du parti. D’abord, et de par la loi organique relative aux partis politiques, le RNI ne fait que mener sa mission d’encadrement des citoyens. L’article 2 de cette loi ne précise-t-il pas que «les partis politiques œuvrent, conformément à la Constitution, à l’encadrement et à la formation politique des citoyennes et citoyens, à la promotion de leur participation à la vie nationale et à la gestion des affaires publiques» ? Ensuite, «sur les tables que vous voyez sur les images, il n’y a que des feuilles de papier et des crayons. Cela d’autant que la manifestation ne dure qu’une demi-journée», explique-t-elle. En plus, «c’est vraiment insultant de dire que les Marocains ne se réunissent que pour manger», s’indigne notre interlocuteur. Le fait est que si cette initiative est autant attaquée, c’est que les autres partis ont été pris de court. Et «que l’on s’attarde sur des détails aussi insignifiants par rapport à la portée de ce programme, c’est un signe de sa réussite», conclut notre source. Bien sûr, il va sans dire qu’une pareille initiative nécessite une assez lourde logistique, dont une partie, notamment l’installation et l’aménagement des chapiteaux, est sous-traitée à un prestataire externe, et donc un coût que le parti prend entièrement en charge. Cela dit, le plus important ce n’est pas le coût de l’opération. Après tout, c’est un travail intellectuel inédit et le plus important est d’aller vers les gens, leur demander quels sont leurs besoins, et y répondre d’une manière ciblée.

A défaut de pouvoir attaquer cette opération «100 jours, 100 villes» sur le fond, ses détracteurs ont concentré leur attention sur certaines questions de forme. Parmi ces questions, celle du financement de l’initiative. Nul besoin de préciser qu’un programme de cette taille nécessite, sans doute, un budget conséquent. Et comme précisé plus haut, ce sont principalement les aspects logistiques de l’opération qui sont budgétivores. Le parti est resté discret sur ce point, et c’est son droit. On peut cependant avancer, sans risque de tomber dans l’erreur, qu’il ne s’agit pas de deniers publics. Du moins, pas totalement. Dans le dernier rapport de la Cour des comptes, qui couvre l’exercice 2018, il a été établi que le RNI dépend très peu des subventions publiques pour le financement de ses activités. Les aides publiques qui lui ont été accordées en 2018 représentent à peine 24,1% de ses ressources globales. Comparé à l’Istiqlal dont les aides publiques représentent 44,4% de ses ressources ou le PJD (49,86%) ou encore l’USFP (76,65%) et le PAM (77,46%), c’est le parti qui dépend le moins, pour son fonctionnement et le financement de ses activités, des subventions de l’Etat. Selon les mêmes rapports d’audit des comptes des partis politiques, le RNI représente à peine un peu plus de 13% sur les 120 MDH qui correspondent aux ressources totales des partis politiques au titre de la même année. Soit loin derrière le PJD qui accapare la part du lion avec 31,65%. Notons que, comme précisé plus haut, la moitié des ressources de ce dernier proviennent des subventions de l’Etat, donc de l’argent du contribuable.
Rappelons que selon la loi organique des partis politiques (art.31), les ressources financières des partis politiques comprennent les cotisations des membres, les dons, legs et libéralités, en numéraire ou en nature, sans que leur montant ou leur valeur globale ne puisse dépasser 300000 DH par an par donateur. Parmi les ressources des partis figurent également les revenus liés à leurs activités sociales et culturelles, les produits des investissements des fonds dans les entreprises de presse d’édition et d’impression du parti ainsi que les aides de l’Etat (annuelles pour couvrir les frais de gestion et les frais occasionnés par l’organisation des congrès nationaux et à l’occasion de la participation aux campagnes électorales).