OPCVM : privilégiez les obligations long terme cette année

Le segment moyen et long terme a totalisé des souscriptions nettes de 277 MDH depuis début janvier. Le rendement moyen de ce segment devrait tourner autour de 5,5% cette année, selon les professionnels. Les fonds monétaires et obligations court terme devraient rapporter moins qu’en 2013.

Le marché de la gestion collective de l’épargne se porte plutôt bien. Ce constat est observé depuis septembre dernier, période pendant laquelle le marché boursier a commencé à se ressaisir et le contexte macroéconomique à se redresser. Depuis début janvier, le marché actions est sur une tendance stable avec une performance de 0,7%, rétablissant progressivement la confiance des opérateurs en attendant la publication des résultats 2013 des sociétés cotées. De même, l’amélioration des indicateurs macroéconomiques et le recours de moins en moins accentué du Trésor à l’endettement domestique pour combler son déficit ont introduit un brin d’optimisme dans les prévisions des investisseurs. Ceci a poussé nombre d’entre eux à se repositionner sur les différents segments d’OPCVM.

Dans ce sillage, le montant des souscriptions a atteint sur le mois de janvier, selon les dernières données disponibles du CDVM, 9,2 milliards de DH, contre des rachats de l’ordre de 10,6 milliards de DH, soit des rachats nets de 1,4 milliard de DH. Le directeur d’une société de gestion rassure : «Il y a certes un flux de cash négatif, mais cela ne témoigne nullement d’une sortie des capitaux de ce type de placements. Au contraire, c’est une période caractérisée par un reclassement des avoirs des investisseurs institutionnels surtout». En effet, les rachats ont concerné surtout la catégorie actions avec un solde net de 290 MDH, le segment monétaire avec une décollecte nette de 1 milliard de DH, et celui des obligations de courte durée avec un total net de 372 MDH. En revanche, les fonds obligataires à échéance moyenne et longue ont enregistré un flux de souscriptions net de 277 MDH. L’intérêt des investisseurs est donc dirigé vers cette catégorie, plutôt que vers les OPCVM actions, monétaires ou obligations de courte durée.

Il faut dire que les investisseurs ont modifié leur stratégie de placement puisqu’elle était axée, ces deux dernières années, sur les fonds liquides et de maturité courte, comme l’explique Adnane Bakhchachi, président du directoire de Sogécapital Gestion : «La baisse des volumes et des performances sur le marché actions, couplée à une hausse de la courbe des taux impliquant une baisse des performances des OPCVM obligataires, avait incité les investisseurs à orienter leurs placements vers des outils moins volatils et plus liquides, notamment les OPCVM monétaires et obligataires court terme». Ce qui n’est plus d’actualité car «les règles du jeu ont été renversées. Sur le dernier trimestre de l’année écoulée, il y a eu moins de tensions sur la trésorerie de l’Etat grâce notamment aux flux des capitaux en provenance du Moyen-Orient et au léger redressement des indicateurs macroéconomiques. Le Trésor a commencé même à dégager des excédents qu’il place sur le marché monétaire», ajoute notre directeur.

Dans ce contexte, l’argentier de l’Etat limite son recours au marché des adjudications tout en réorientant ses levées sur le segment moyen et long terme. Un revirement conforté par les investisseurs qui limitent leurs exigences de rendements. D’ailleurs, M. Bakhchachi confirme que l’année 2014 a commencé avec une baisse des taux obligataires favorisée par la situation confortable du Trésor ainsi que par une forte demande des investisseurs en bons du trésor. Il estime également que les différentes réformes engagées, notamment celles liées à la Caisse de compensation, devraient améliorer l’Etat des finances publiques. D’autres gérants de portefeuilles, auparavant sceptiques quant à la réalisation de l’objectif d’un déficit budgétaire de 4,9% annoncé par la Loi de finances 2014, le sont moins actuellement. Ils considèrent que ce niveau est réalisable surtout que les mesures mises en place vont dans le sens de la réduction des besoins de financement du Trésor.

Ainsi, les taux devraient continuer à baisser ou, au mieux, à se stabiliser durant cette année, ce qui est favorable aux placements dans les fonds obligataires moyen et long terme. D’ailleurs, ce segment affiche une performance moyenne de 0,90% depuis le début de l’année contre une baisse de 0,3% à la même période de l’année dernière, et il est prévu qu’il finisse l’année sur une variation comprise entre 5% et 5,5%. Pour leur part, les OPCVM monétaires et obligations de court terme devraient maintenir leur performance sur un territoire positif -elle se situe actuellement à 0,38% et 0,50% respectivement-, ces derniers bénéficiant de l’intervention permanente de Bank Al-Maghrib sur le marché monétaire à travers les injections de liquidités. Cependant, Mehdi Najme, responsable de la gestion d’actifs à la Société centrale de réassurance, précise qu’«avec des performances atteignant 4,50% en 2013, les fonds monétaires ont consommé leur potentiel de hausse». Ils devraient donc réaliser des rendements moins intéressants cette année, avec une moyenne estimée à 3,80%. Empruntant la même tendance, les fonds obligataires de courte durée devraient afficher une progression annuelle de 4%.

Retour progressif vers le marché actions

Par ailleurs, et en dépit des rachats réalisés en ce début d’année sur les OPCVM actions, segment longtemps boudé par les investisseurs, les professionnels restent confiants et s’attendent à un retour des investisseurs vers le marché. Néanmoins, un gestionnaire de fonds conditionne cela par le comportement de la masse bénéficiaire des sociétés cotées au titre de l’année écoulée. M. Bakhchachi précise pour sa part que «l’investissement sur le marché actions reste tributaire de plusieurs paramètres, liés notamment à la conjoncture nationale et internationale. Une reprise du marché pourrait être envisagée, à l’occasion d’éventuelles introductions en bourse, qui représenteraient un terrain favorable à un regain d’intérêt de la part des investisseurs institutionnels et particuliers. Ce qui serait bénéfique pour les performances des OPCVM actions, et justifierait une réorientation des placements en leur faveur». De son côté, M. Najme confie: «Il est vrai que ce début d’année s’inscrit sur le même rythme que celui de 2013, avec un manque de liquidité qui persiste. Mais il existe sur le marché de bonnes opportunités de placement à saisir, sur des valeurs présentant des ratios financiers intéressants».

Pourtant, les investisseurs se montrent toujours hésitants, préférant se diriger plutôt vers les produits à rendement certain. Toujours est-il, «cela ne veut pas dire que les fonds actions ne figurent pas parmi les placements des investisseurs institutionnels et particuliers. Au contraire, la part des actions y est déjà élevée», confirme le directeur d’une société de gestion. Si le retour vers ce segment se confirme, M. Najme préconise un investissement progressif, notamment pour pondérer les cours des titres qui ont baissé ces derniers temps. En tout cas, si l’embellie de l’ensemble du paysage se poursuit, les fonds actions devraient afficher une performance de plus de 5% d’ici à la fin de cette année.