La Bourse pourrait boucler l’année sur une belle performance !

Le trend haussier du premier semestre s’est poursuivi pendant l’été. La surliquidité et les taux bas profitent au marché actions. Si les résultats semestriels sont bons, l’indice du marché devrait rester bien orienté.

Après avoir clôturé le premier semestre sur une note positive, la Bourse de Casablanca a poursuivi son trend haussier pendant les vacances d’été. En effet, le Masi, indice de toutes les valeurs cotées, a réalisé une progression de 3,9% durant la période s’étalant du 1er juillet au 23 août, pour atteindre 9 879,4 points, soit une variation depuis le début de l’année de 10,7%. Cette performance résulte du bon comportement de quelques grandes capitalisations, notamment la nouvelle entité LafargeHolcim dont le cours a crû de 23% depuis le début du 2e semestre, à 2 139 DH. Pour sa part, le titre de Maroc Telecom s’est bonifié de 6,7%, à 126,7 DH. Rappelons que l’opérateur historique a publié de bons résultats semestriels avec un chiffre d’affaires des activités au Maroc s’élevant à plus de 10,61 milliards de DH, soit une hausse de 1,7% sur un an. Une progression qui confirme le retour à la croissance de l’opérateur sur le marché local (+2,4% au deuxième trimestre). Aussi, la BCP a amélioré son cours de 5,5%, à 228,15 DH. A contrario, Centrale Danone a ralenti la croissance du Masi en reculant de 26%.

Toujours du 1er juillet au 23 août, le marché central a drainé un volume de 4,1 milliards de DH contre 4,7 milliards à la même période de l’année dernière. Le marché de gré à gré a, lui, enregistré 2,3 milliards de DH, contre 345 MDH une année auparavant, sous l’effet de l’échange, le 18 juillet, des 1514 187 actions Lafarge Holcim Maroc au cours unitaire de 1 539 DH.

La capitalisation boursière s’est ainsi élevée à 500,6 milliards de DH. Le catalyseur de la place, Maroc Telecom vient en pole position avec une part de 22,25%, suivi d’Attijariwafa bank  avec 14,2% et de LafargeHolcim qui accapare 10% de la capitalisation.

A la lumière de ces évolutions, on peut dire que le climat du marché boursier est au beau fixe depuis le début de l’année. En effet, malgré un contexte économique caractérisé par une faible croissance (un peu plus de 1% en 2016 selon les prévisions du HCP), la bourse a fait preuve de résilience en renouant avec la hausse, et ce, en dépit d’une correction à la baisse entamée le 13 mai suite à la révision de la pondération du Maroc dans l’indice MSCI Frontier Markets.

Les investisseurs se détournent du marché obligataire

Rappelons qu’après une année 2015 terne (-7,22%), le marché a démarré 2016 sur une pointe d’hésitation avant de s’engager, depuis février, dans un mouvement haussier alimenté par plusieurs facteurs. D’abord, des résultats annuels 2015 satisfaisants avec une masse bénéficiaire globale de la cote en hausse de 1,6% (hors Samir et Alliances). Ensuite, certaines grosses capitalisations se sont bien comportées depuis le début de l’année, notamment les cimentiers sur fond de l’opération de fusion Lafarge/Holcim. Enfin, il y a la surliquidité que connaît le système bancaire suite à la reconstitution des réserves de change. En effet, l’amélioration des finances extérieurs du Maroc a fait que les investisseurs se sont retrouvés avec beaucoup de cash à placer. Sur le marché obligataire, le Trésor s’endette de moins en moins suite au redressement des finances publiques. Cette situation, coupée à une offre de cash abondante et à l’abaissement par la Banque centrale de son taux directeur pour relancer le crédit bancaire, a conduit les investisseurs à se détourner des produits de taux, qui offrent des rendements de moins en moins intéressants, en faveur, entre autres, du marché actions, du moins les valeurs qui offrent des opportunités de croissance intéressantes.

En somme, le dynamisme qui caractérise le marché boursier jusqu’ici a été entretenu par la conjonction de plusieurs facteurs. Mais est-ce que ces facteurs vont continuer à booster les cours sur le reste de l’année, dans un contexte économique toujours atone ?

Pour la deuxième moitié de l’année en cours, le comportement du marché est tributaire de plusieurs éléments, notamment les réalisations semestrielles des sociétés cotées, car un bon cru des résultats est synonyme de maintien de la confiance des investisseurs «Il ne devrait pas y avoir de mauvaises surprises», affirment les analystes de la place. Les grosses capitalisations devraient afficher de bons résultats au titre du 1er semestre 2016. A l’instar de Maroc Telecom, le secteur bancaire devrait bonifier ses bénéfices grâce, notamment, aux profits des activités de marché. De plus, le secteur devrait connaître une poursuite de la tendance baissière de son coût du risque entamée en 2015. Pour sa part, le secteur immobilier devrait renouer avec la croissance de ses indicateurs financiers après deux années de restructuration.

Les analystes s’attendent à une croissance du Masi à deux chiffres

L’évolution du marché boursier dépendra également de la tendance des taux obligataires durant les mois à venir. Notons que depuis juillet, le marché a connu un ajustement à la hausse de la courbe des taux, après des baisses historiques ayant amené les rendements des maturités courtes à des niveaux inférieurs au taux directeur. Durant la séance d’adjudication du 18 août, les maturités 13 et 26 semaines ont atteint respectivement 2,48% et 2,51%, en hausse de 86 et 80 pb par rapport à fin juin. Suivant la même tendance, la maturité 52 semaines a crû de 53 pb, à 2,3%. Pour les analystes, il s’agit là d’un simple retour à la normale car il n’est pas logique que les rendements des bons du Trésor restent pendant longtemps inférieurs au taux directeur de Bank Al-Maghrib. Pour eux, cette hausse n’est pas de nature à attirer de nouveau les investisseurs vers le marché obligataire. «De toute façon, ces derniers ont fait des placements sur le marché actions qu’ils ne peuvent liquider pour l’instant. Ils doivent attendre le moment opportun pour prendre leurs bénéfices», estime l’un d’entre eux avant d’ajouter que si et seulement si les taux obligataires poursuivent leur hausse, ce qui n’est pas sûr, les investisseurs pourraient à ce moment là commencer à revenir sur le marché des taux.

Quant à la surliquidité du système bancaire, et malgré le léger creusement du déficit de balance commerciale jusqu’ici, elle devrait persister selon les prévisions de Bank Al-Maghrib. En 2016, elle devrait atteindre 20,9 milliards de DH pour passer à 47,1 milliards de DH en 2017.

En tout cas, les analystes restent confiants quant à l’évolution du MASI qui pourrait boucler l’année sur une performance à deux chiffres. Dans le cadre d’une analyse technique, Upline Securities estime que tant que l’indice n’a pas franchi les 9420 points à la baisse, il devrait rebondir vers les 10 380 points, d’ici fin septembre 2016. Il en découlerait une performance annuelle de 16,3% au 30 septembre.

En plus de Maroc Telecom qui a réalisé de bons résultats, la BCP a amélioré ses indicateurs financiers au premier semestre. En effet, le Résultat Net Part Groupe a augmenté de 9,3%, à 1,2 milliard de DH, grâce notamment aux gisements de croissance investis au cours des dernières années. Quant au résultat net consolidé, il s’est maintenu à 1,7 milliard de DH, malgré l’effort d’approvisionnement suite à l’augmentation des créances en souffrance à l’échelle du secteur bancaire. Pour sa part, Ciments du Maroc a réussi à augmenter son chiffre d’affaires semestriel de 4,1%, à 2 milliards DH. Le cimentier a dégagé un EBE en hausse de 15,7%, à 928 MDH, grâce à une optimisation de ses coûts de production. Cependant, le bénéfice net a fait du surplace à 503 MDH, suite à la baisse du résultat financier. En face, Managem et Sonasid ont annoncé les premiers profit warning. La société minière s’attend à une baisse de son chiffre d’affaires d’environ 12% suite à la chute des cours des métaux au 1er semestre. Aussi, le RNPG devrait diminuer de 90 MDH. De son côté, Sonasid s’attend à des résultats semestriels en berne sous l’effet d’une concurrence acharnée couplée à la surcapacité de production du marché mondial de l’acier.

Durant les vacances d’été, les fonds actions ont suivi la même tendance haussière que le marché boursier. Ils ont même fait mieux que le Masi en moyenne. Au 12 août (dernière donnée disponible), leur indice de performance, calculé par l’Autorité marocaine du marché des capitaux, affichait une progression depuis le début de l’année de 12,95%, un niveau de loin supérieur à la performance du Masi à la même date (8,1%). Les fonds diversifiés ont également profité de la bonne tenue des cours, en affichant une hausse de leur indice de performance de 5,91%. Quant aux OPCVM obligations moyen et long terme, ils ont réalisé une progression moyenne de 3,69% compte tenu de la baisse des taux obligataires. Enfin, les fonds monétaires et obligations court terme se contentent naturellement de hausses respectivement de 1,38% et 1,80%.