Bourse : un trend haussier à consolider

L’intérêt des étrangers ne sera capté qu’en cas de reclassement vers le MSCI EM. La baisse des taux favorise l’arbitrage pour l’action. L’annonce de bons résultats semestriels et la progression des volumes soutiendront la hausse.

Depuis le début d’avril, la place boursière enchaîne les hausses. Le Masi s’est renforcé de 4,4% du 1er avril au 20 mai. Il a quasiment épongé ses pertes annuelles (sa performance year-to-date est de -0,35%). Ni le détachement des dividendes, ni l’avènement de Ramadan n’ont eu raison de cette progression. Voici les facteurs qui soutiennent cette tendance.

Le basculement au sein du MSCI Frontier market

Après le reclassement de l’Argentine pour le MSCI Emergent Markets, le poids du Maroc dans le MSCI Frontier Market (FM) passera de 7,66% à 9,53%, le 28 mai. Cette nouvelle a soutenu la progression de l’indice. Toutefois, elle est à relativiser, selon un trader. «Que le poids du Maroc augmente ou baisse dans le MSCI FM, l’enjeu n’est pas important, puisque l’intérêt des investisseurs étrangers pour ce marché est faible. C’est plutôt l’Emerging Market (EM) qui attire (cf. encadré) : 1% dans le MSCI EM est donc plus attrayant que 10% dans le MSCI FM. Mais tant que les volumes sont faibles, on restera fatalement dans ce marché», explique-t-il.

L’anticipation de meilleurs résultats pour 2019

Les estimations pour 2019 sont globalement positives. CFG Research, par exemple, s’attend à une légère hausse de la masse bénéficiaire. Estimée à 2,9%, la progression devrait néanmoins être plus modérée comparativement à 2016 et 2017, notamment en raison de l’instauration de la contribution sociale de solidarité (2,5% du résultat avant impôts) venant ainsi limiter le potentiel de croissance de la masse bénéficiaire. Retraité de la contribution sociale de solidarité instaurée en 2019, la croissance de la masse bénéficiaire se serait élevée à 6,7%.
Toujours selon les analystes de CFG research, la hausse serait principalement portée par une progression des résultats du secteur bancaire, des bénéfices du secteur agroalimentaire, tirée par un effet de base positif, et une appréciation des résultats du secteur immobilier et du secteur minier. En revanche, les résultats de certains secteurs comme les télécoms, l’énergie et les biens d’équipement devraient freiner la croissance de la masse bénéficiaire.

La confirmation de la poursuite de la baisse des taux

Le rendement du marché des taux n’est plus assez valorisant, depuis au moins deux ans, celui du marché boursier ne l’était (l’est) pas non plus depuis l’année dernière. Son risque demeure élevé contrairement au premier qui est nul. Cette situation accentuait le scepticisme de certains opérateurs qui craignaient un mouvement de réallocation des ressources du marché actions vers celui des taux. Cette ‘‘peur’’ n’a (peut-être) plus lieu d’être aujourd’hui. Puisque certains éléments plaident pour une poursuite de baisse des taux d’intérêt, ce qui favoriserait l’arbitrage pour l’action.
L’année 2019 devrait se caractériser par une décélération à la fois de la croissance et de l’inflation : la Banque Centrale table sur un taux de croissance économique de 2,7% (contre 3,1% en 2018) et une hausse de l’indice des prix à la consommation de 0,6% (contre 1,9% en 2018).
Le déficit de liquidité bancaire, lui, devrait se stabiliser à des niveaux avoisinant les 70 milliards de DH.
En matière de politique monétaire, sauf éléments exceptionnels, Bank Al Maghrib ne devrait pas modifier l’orientation de sa politique monétaire. Le taux directeur devrait donc être maintenu à 2,25%.
L’autre élément qui devrait plaider pour une détente additionnelle des rendements est celui de l’offre réduite des titres. Les émissions des bons du Trésor devraient rester contenues cette année, compte tenu de la maîtrise des finances publiques, puisque malgré le relatif dérapage enregistré en 2018, le processus de consolidation budgétaire devrait se poursuivre, quoique à un rythme plus lent. L’objectif de ramener le déficit à 3% du PIB paraît difficile à atteindre, mais il devrait tout de même être contenu à des niveaux soutenables. Dans ce sens, le ministère de l’économie et des finances table, dans le cadre de la Loi de finances 2019, sur un déficit budgétaire (Hors privatisation) de 3,7% du Pib, soit un niveau comparable à 2018.
Parallèlement, le Trésor compte diversifier ses sources de financement. Rappelons dans ce sens qu’il prévoit une sortie à l’international au cours de l’année 2019. La concrétisation de cette opération est de nature à raréfier davantage l’offre de titres, exerçant de la sorte une pression baissière sur les rendements obligataires.
En effet, le pays va émettre deux eurobonds d’une valeur de 11 milliards de dirhams (1,1 milliard de dollars) chacun en 2019 et en 2020, comme l’a annoncé, en mars, le gouverneur de la Banque centrale marocaine, Abdellatif Jouahri. Ces émissions devraient contribuer à faire passer les réserves de change du Maroc de 231 milliards DH en 2018 à 239 milliards en 2019, puis à 236 milliards de dirhams en 2020, soit suffisamment pour couvrir cinq mois d’importations. La dette publique passera quant à elle, de 65% du PIB en 2018 à 65,8% en 2019 avant de revenir à 65% en 2020, sous l’effet d’un recul de la dette intérieure. Pour rappel, le pays n’a pas émis d’euro-obligations depuis 2014.
«Nous avons là des signaux d’activation plus fréquente des levées extérieures. De facto, le Trésor sera moins présent au marché local. Une situation à même de maintenir /ou faire baisser les taux. Sur le plan fondamental, les investisseurs n’auront donc d’autres choix que de s’orienter vers l’action», résume un gérant de portefeuille.
En somme, le retour au vert est certes une aubaine pour la place, mais la poursuite du trend actuel reste à confirmer. La confirmation se fera par l’annonce des résultats semestriels de la cote qui viendront renforcer ( ou pas) la progression du Masi. Ainsi que le niveau des volumes d’échange. «Si les volumes progressent, le mouvement de fond sera de longue durée. Actuellement, le mouvement d’achat observé n’est pas soutenu par les étrangers ou les institutionnels, mais plutôt par les particuliers», explique notre trader. Entre-temps, la faiblesse de la volumétrie persiste. Sur la période observée (du 1er avril au 20 mai), le flux transactionnel sur le marché central n’est que de 2,4 milliards (contre 3,1 milliards à la même période de l’année dernière).

Les Frontier Markets sont moins développés en termes de taille, de liquidité et d’accessibilité que les marchés émergents. Ils demeurent soumis à divers risques spécifiques aux pays et à des niveaux de volatilité élevés. Pour rappel, après 10 ans de présence dans l’indice MSCI Emerging Markets, le Maroc avait été déclassé en novembre 2013 dans la catégorie Frontier Markets (marchés naissants ou pré-émergents). L’illiquidité des actions marocaines a été le principal motif de rétrogradation.
En 2018, le MSCI Morocco a affiché une contre-performance de 6,98% après avoir réalisé des gains de 35,5% et de 11,8% sur les deux dernières années. Regroupant les 11 plus importantes capitalisations, l’indice marocain fait toutefois mieux que son indice de référence, le MSCI Frontier Markets. Ce dernier a affiché une performance négative de 16,2% à fin 2018, après des progressions de 32,3% en 2017 et de 3,16% en 2016.