Bourse de Tunis : des fragilités, mais aussi un potentiel de croissance intact

La BVMT affiche en 2018 la troisième meilleure performance en Afrique. Le secteur des «matériaux de base» a affiché la meilleure performance de l’année n Lancement de plusieurs mesures réglementaires en 2019.

En 2018, le baromètre de la place (Tunindex) s’est renforcé de 15,76% à 7 271,65 points, grâce aux anticipations positives sur les réalisations 2018 des sociétés cotées compte tenu de la nette amélioration des résultats semestriels (+15,9% de la capacité bénéficiaire globale) et confirmée par les performances au 3e trimestre.

Concrètement, la Bourse de Tunis a assisté à deux phases, l’année dernière. D’abord, une phase haussière sur les huit premiers mois de l’année portant le Tunindex à son plus haut historique (8431,64 points, soit une performance de 34,22% au 28 août 2018). Puis une phase baissière à partir de septembre qui a fait perdre à l’indice 13,62%. Une régression alimentée principalement par le repli du secteur bancaire qui a accusé une baisse de 22% suite, notamment, à la décision de la BCT en septembre 2018 de mettre en place une nouvelle répartition des contreparties du refinancement, exigeant une quotité fixe de 40% (au lieu de 60%) sous forme de titres publics négociables et de 60% en créances bancaires. Et ce, pour orienter davantage les banques vers le financement des secteurs productifs, de soutenir la croissance et de rationaliser le recours excessif au refinancement auprès de la BCT.

En termes d’évolution des indices sectoriels, celui des «matériaux de base» a affiché la meilleure performance de l’année avec une progression de 84,05%.

Par ailleurs, 2018 a aussi été marquée par la faiblesse du marché du papier neuf avec seulement une introduction de Tunisie Valeurs pour un montant total de 21,8 MTND, portant ainsi le nombre total des sociétés listées à 82 sociétés.

Plusieurs défis socioéconomiques en 2019

Sur le plan des perspectives, la Tunisie est confrontée à des défis socioéconomiques de taille en 2019 menaçant de freiner sa croissance économique. Le défi majeur reste le maintien du cap de croissance à un niveau supérieur à celui enregistré en 2018 (+2,6%) pour atteindre 3,1% en 2019, selon les prévisions du Gouvernement. Et ce, pour mieux maîtriser l’endettement et l’inflation, absorber le taux de chômage, réduire le déficit commercial et améliorer le pouvoir d’achat.

Pour relever ces défis, le gouvernement a lancé plusieurs mesures réglementaires dans le cadre de la Loi de finances 2019, à savoir la création de la commission nationale de la maîtrise de l’inflation pour faire face à la dégradation du pouvoir d’achat, particulièrement chez les familles de classe moyenne. L’augmentation de l’enveloppe consacrée au fonds de l’emploi à 150 M TND pour booster la création de l’emploi. La promotion de l’initiative privée avec la création d’un fonds (50 M TND) dédié pour financer les projets d’entreprenariat. Et, la création d’une banque de régions au capital de 100 M TND pour soutenir financièrement les PME dans les régions défavorisées du pays.

Certains facteurs peuvent également stimuler la croissance économique en 2019, à savoir le bon déroulement de l’élection présidentielle, la deuxième depuis la révolution de 2011 et dont l’impact économique pourrait être ressenti à travers le retour de la confiance des investisseurs. Dans ces conditions et en tenant compte de la pression continue sur la liquidité bancaire et la hausse des coûts de financement des banques, combinées à un niveau d’inflation élevé (7,5% à fin décembre 2018), les sociétés endettées pourraient être confrontées au risque de hausse des taux d’intérêt. Une situation qui devrait, en revanche, profiter entre autres aux sociétés disposant d’une assise financière confortable.