BMCE Capital Research dévoile son portefeuille stratégique

Les analystes de la filiale de BMCE Capital privilégient neuf secteurs. Le marché devrait se stabiliser en 2019. La capacité bénéficiaire de 2018 devrait baisser de 1,3%, avant de progresser de 5,6% en 2019. Les niveaux de valorisation actuels, bien que supérieurs à ceux des places comparables à l’international, demeurent plus attractifs.

Pas de miracle en ce début d’année pour la place boursière. Le MASI continue de creuser son déficit. A la clôture de la séance du 14 janvier, l’indice s’est arrêté à 11 056 points, en baisse annuelle de 3%. A la même période de l’année dernière, il était à 12863 points, en hausse de 4%. A quelques semaines des publications annuelles 2018, les départements de recherche & d’Analyses des sociétés de bourse ont émis des estimations prudentes concernant les résultats des sociétés de la cote ainsi que l’évolution de l’indice qui reste tributaire de plusieurs facteurs. Dans ce sillage, BMCE Capital Research a publié son Strategy Annuel Boursier 2018-2019.

En 2019, les analystes s’attendent à une stabilisation du marché alimentée par certains paramètres, à savoir l’arbitrage toujours favorable pour le marché action, notamment pour les investisseurs locaux à l’affût de rendements plus intéressants que ceux offerts par les taux obligataires. Les effets de la mise en œuvre de la réforme du marché financier devraient se matérialiser par davantage de liquidité et des partenariats avec les places financières africaines. Ainsi que la privatisation escomptée de certaines sociétés, éventuellement par IPOs, dans le cadre de la Loi de finances de 2019. En termes de projections, les analystes tablent sur une capacité bénéficiaire 2018 en légère baisse, à 30,5 milliards de DH (-1,3%) et une croissance escomptée de 5,6% à 32,2 milliards de DH en 2019. Selon eux, les niveaux de valorisation actuels bien que supérieurs à ceux des places comparables à l’international (P/E 2018 estimé à 17,6x) demeurent plus attractifs que la moyenne historique de 18,5x.
Par ailleurs, la société de recherches de BMCE Capital a concocté son portefeuille stratégique 2019, en se basant sur des analyses fondamentales et quantitatives. Ainsi, le choix des secteurs et des valeurs les composant a relevé d’une appréciation de leurs perspectives tant économique (évolution des ventes, de la part de marché, etc.) que boursière (P/E, P/B, D/Y). (Cf tableau)

Sélection des valeurs du portefeuille BMCE Capital Research en 2019

Télécom : la data, le nouveau relais de croissance

Les analystes s’attendent à une poursuite de la reprise du secteur, comme le témoignent les performances enregistrées au 3ème trimestre 2018 (consolidation des parcs de la téléphonie mobile, continuation de la croissance du segment Internet et lancement de plusieurs produits et services à valeur ajoutée, notamment l’Internet haut débit par satellite VSAT, le Smart Car d’IAM, etc.). Une reprise boostée également par la monétisation en cours de l’activité data, l’élaboration, également en cours, d’une nouvelle note d’orientation sectorielle sur la période 2018-2022 par l’ANRT. Et l’obtention, en 2018, de l’agrément d’établissements de paiement par les opérateurs télécoms IAM et Orange dans le cadre du lancement officiel du service Mobile Payment.
En revanche, quelques menaces guettent le secteur, suite à l’éventuelle introduction au Maroc des MVNO (Mobile Virtual Network Operator) en cas de mise en œuvre d’une réglementation approuvant cette activité. La montée en puissance des services VoIP, induisant notamment une baisse du trafic des appels internationaux, ou encore la recrudescence de la concurrence notamment sur la fibre optique.

Immobilier : un potentiel freiné par l’absence de mesures incitatives

L’ensemble des segments envoie des signes d’affaiblissement, particulièrement sur l’économique, le social et le haut standing (hors axe Casablanca-Rabat). Le segment moyen standing, lui, est toujours en attente de mesures incitatives, non prévues dans la Loi de finances 2019. En attendant, le réaménagement des taux d’imposition applicables aux profits de cession des terrains urbains non bâtis dans le cadre de la Loi de finances 2018, devant dynamiser les ventes. Aussi, le resserrement des conditions administratives d’achat, particulièrement pour le segment économique, a assaini le marché de la demande spéculative. Les professionnels s’attendent, par ailleurs, à une relance, à partir de 2020, du secteur de l’habitat (via le développement de nouvelles catégories de logements sur les segments social et moyen standing), dont le plan serait en cours de gestation.
Pour rappel, le secteur continue de disposer d’un fort potentiel avec un déficit en logements de près de 400 000 unités à fin 2017, augmenté de 100 000 unités par an, découlant de la croissance démographique et de l’urbanisation, devant être réduit de 50% à horizon 2021.

Matériel de construction: 2019, nouvelle année de ballotage pour le secteur

Le regain de l’activité serait prévu en 2019, du fait notamment du vote dans les délais de la Loi de finances 2019 ayant approuvé la mobilisation d’un budget de plus de 42 milliards de DH pour le secteur du BTP dans le cadre des marchés publics couplé à la conclusion du contrat programme quinquennal du secteur BTP 2018-2022 (approuvé courant octobre).
En parallèle, la capacité de production de ciments est en renforcement continu (déjà de plus de 21,1 Mt à ce jour).
Le secteur devrait profiter de la reprise de l’industrie sidérurgie, entamée en 2017 après plusieurs années de morosité, grâce à un effet prix favorable profitant des mesures de sauvegarde et de la reprise de la demande mondiale.
Ceci dit, certains points pourraient noircir le tableau, à savoir la forte dépendance du secteur à celui de l’immobilier, le retard dans l’entrée en vigueur de l’écosystème de l’industrie des matériaux de construction mis en place depuis 2016 et devant générer des revenus additionnels de 10,1 milliards à horizon 2020. Ou encore l’éventuelle recrudescence de la concurrence turque sur l’acier, du fait de la dévaluation de la Livre et à la fermeture du marché américain.

Electricité : montée en puissance de l’énergie renouvelable

Ce marché devrait connaître une croissance d’environ 5% par an de la demande énergétique nationale, profitant essentiellement de l’accroissement de la population ainsi que du développement continu de l’activité industrielle.
Il devrait également bénéficier d’une poursuite du développement des capacités de production électrique à partir des énergies renouvelables afin d’atteindre une part de 42% des énergies propres dans le mix énergétique du pays à l’horizon 2020 et ainsi limiter la dépendance aux marchés internationaux de l’énergie électrique. Dans ce sillage, il faut noter que les importations de l’électricité affichent, à fin octobre 2018, un recul de 25,2% à 2,3 milliards.

Agroalimentaire : un secteur globalement bien orienté

Branche sucrière : malgré un contexte marqué par un début difficile dû au faible niveau des barrages et des précipitations et une réduction des superficies emblavées, la production nationale de sucre estimée en 2017/2018 a marqué une légère appréciation de 1%, en s’élevant à 520 000 t contre 515 000 t en 2016/2017.
En outre, les intervenants de la filière poursuivent leurs efforts, couplés aux mesures incitatives et d’accompagnement, à travers notamment la mécanisation et l’irrigation localisée.
Boissons alcoolisées : cette branche continue de bénéficier d’une stabilité du cadre fiscal. Et aussi des efforts des pouvoirs publics pour lutter contre la contrebande et le marché informel. Cependant, les analystes de la cellule Research de BMCE Capital rappellent que la branche est potentiellement menacée par la libéralisation du marché de la bière suite à l’ouverture des frontières à partir de 2021.

Activité portuaire : un trend favorable

A fin novembre 2018, l’activité portuaire au niveau national a été marquée par une quasi-stagnation (+0,6%) du trafic maritime global à 76,7 Mt par rapport à la même période de 2017. Cependant, le potentiel de croissance du transport maritime reste important au Maroc, et devrait profiter de l’évolution des échanges commerciaux, de la croissance économique ainsi que de la stratégie nationale portuaire à l’horizon 2030.
En parallèle, le conseil d’administration de l’Agence nationale des ports -ANP- a adopté un programme ambitieux portant sur 3,1 milliards de DH au titre de son programme d’investissement triennal sur la période 2019-2021. Pour 2019, l’enveloppe d’investissement devrait s’élever à 1,5 milliard de DH pour le lancement de nouveaux projets de développement, dont notamment l’extension du port de Jebha et la réalisation du faisceau de pipes au port de Jorf Lasfar.
En termes d’échanges maritimes, l’ANP table sur une progression de 4,5% de l’activité à 90 millions de tonnes en 2019 suite au rebond attendu des ventes à l’étranger des phosphates et dérivés ainsi que l’augmentation des importations de charbon consécutivement à la mise en service de la nouvelle centrale électrique de Safi.

Banques : une recapitalisation s’impose

2018 a été riche en événements pour le secteur bancaire. Il a notamment été marqué par l’entrée en vigueur de l’IFRS 9 qui a engendré une baisse de 8,7% des fonds propres des banques cotées à 125,6 milliards de DH au 1er janvier 2018. Cette baisse devrait, toutefois, être palliée par la mise en place d’un processus de recapitalisation à travers des opérations sur le capital/ Fonds propres (augmentation de capital, émissions obligataires subordonnées, émissions d’obligations perpétuelles, etc.).
Le secteur a également assisté au démarrage effectif des activités des Banques et fenêtres participatives avec un PNB cumulé de 13,9 MDH au 1er semestre 2018. Et, l’émission du 1er Sukuk Ijara par l’Etat pour un montant de 1 milliard avec un taux de souscription de 3,6x, devant servir de benchmark pour les banques participatives.
En parallèle, les banques ont démarré le processus de remboursement des crédits TVA des entreprises du secteur privé (près de 15 milliards à fin octobre 2018) ayant contribué à la bonne progression des marges sur commissions (8,1% au 3e trimestre) et traitement à venir du reliquat du stock des demandes (près de 5,9 milliards de DH).
Un autre point qui devrait profiter au secteur est la hausse probable des tarifs bancaires (+6% en 2017) qui aura un impact positif sur la marge sur commissions (+9,7% en 2019 selon les prévisions de BMCE Capital Research).
Le secteur devrait cependant rester prudent par rapport à certains faits, notamment l’impact non quantifié de l’entrée en vigueur de la norme IFRS 16 concernant les contrats de location. Les risques liés à l’expansion en Afrique, notamment une dévaluation du franc CFA (sous pression du FMI) et une baisse du Dinar tunisien et de la Livre égyptienne. Ou encore la détérioration attendue du coût du risque de l’ensemble du secteur en 2019 (+7,1%) compte tenu des difficultés rencontrées par un certain nombre d’entreprises marocaines.

Assurances :  des perspectives prometteuses

Le marché des assurances est bien orienté. Selon l’ACAPS, le taux de croissance annuel prévisionnel du chiffre d’affaires sectoriel serait de 7 et 9% au cours des 5 prochaines années.
Il faut dire que le secteur est en plein mouvement et les efforts fournis pour le dynamiser davantage sont palpables, notamment à travers la mise en place de plusieurs leviers d’amélioration afin de remédier à la hausse de la fréquence de la sinistralité automobile. La mise en place d’un nouveau contrat-programme devant générer un CA compris entre 70 et 80 milliards de DH d’ici 2023. Ou encore les réflexions menées par l’ACAPS sur le déploiement d’une stratégie devant accompagner les opérateurs et leur permettre d’entrer dans l’ère du digital dans un contexte marqué par l’avènement de nouveaux acteurs tels que les Fintech.
Les analystes attirent cependant l’attention sur le manque de visibilité concernant l’évolution future des sinistres automobiles. Un probable impact négatif du marché actions sur le résultat financier des assureurs. Et l’éventuel besoin de recapitalisation au niveau des filiales africaines des assureurs marocains notamment pour Atlanta (présente en Côte d’ivoire) et Wafa Assurance (présente au Sénégal en Côte d’ivoire et au Cameroun) suite à l’application de la nouvelle réglementation dans la zone CIMA.

Gaz : un marché international perturbé

2018 a été mouvementée pour les cours de l’or noir avec un début d’année hésitant avant une reprise haussière qui s’est poursuivie jusqu’au mois d’octobre pour atteindre un pic de 86,5 dollars (30% de performance annuelle) soutenu par la poursuite de l’accord de limitation des pays de l’OPEP, puis accentué par les tensions entre l’Iran et les USA (nouvelles sanctions imposées contre l’Iran). D’octobre à fin novembre, les cours ont plongé sous la barre symbolique des 60 dollars (-30%) suite à l’assouplissement de la position des USA contre les exportations iranaises, les pressions de Trump contre la cherté du baril ainsi que les craintes concernant le tassement de la croissance mondiale (faisant craindre une suroffre sur le marché).
Sur le plan national, les marges des opérateurs restent perturbées sur fond de concurrence accrue et de contestations populaires (quoique apaisées actuellement).
Concernant les GPL, la consommation de butane au Maroc a connu une progression annuelle d’environ 2% sur les 10 premiers mois de 2018. La demande devrait continuer à être soutenue dans les années à venir (+80% à l’horizon 2030 selon les propos récents du ministère de tutelle).
En l’absence d’alternative réelle pour le chauffage et la cuisson, la demande nationale de butane devrait continuer à progresser, et ce, dans le sillage de la croissance démographique et de la progression du taux d’urbanisation.
Par ailleurs, vu le contexte social tendu, les autorités reportent, à priori, la réforme de décompensation totale du gaz butane à une date ultérieure (le sujet n’a pas été mentionné dans le cadre du PLF 2019)

Monétique : vers une dématérialisation des moyens de paiement

Le secteur a mis en place différents outils pour réduire la circulation du cash tels que l’utilisation des cartes de paiement ou encore l’expansion du mobile payment récemment lancé et qui devrait dématérialiser 400 milliards de DH de transactions en cash.
Le secteur a assisté à une extension du réseau GAB à 7001 guichets et de l’encours global de cartes à 14 millions unités. Et a une expansion du nombre de commerces acceptant l’e-payment à 48000 sur 1,8 million, permettant à l’activité de paiement par cartes marocaines et étrangères d’augmenter de 20,8% à 35 milliards à fin novembre 2018.