Attirer les PME, un challenge pour la Bourse de Casablanca

L’allongement des délais de paiement et l’accès au financement freinent la croissance des PME. Pourtant, elles se montrent toujours sceptiques face au financement via le marché boursier. Sur 75 sociétés cotées, seulement 13 sont des PME.

Les PME représentent plus de 95% du tissu économique national et assurent près de 46% des emplois. La croissance du pays est donc incontestablement tributaire de leur essor. Evoluant dans une conjoncture peu encourageante, la plupart de ces entreprises ont fait preuve d’une certaine résilience durant ces dernières années. Ainsi, durant la période 2012-2014, plus de 50% des PME ont réussi à consolider leurs indicateurs financiers, selon un sondage réalisé par les organisateurs de la 2e édition du forum de la PME auprès de 350 entreprises. Toutefois, plusieurs menaces guettent ces structures ; notamment l’allongement des délais de paiement. En effet, selon les statistiques d’Inforisk, 5 783 entreprises ont été déclarées défaillantes en 2015, soit 15% de plus qu’en 2014. Selon la même source, les petites entreprises sont les plus affectées par le phénomène. Ces dernières financent leurs clients au-delà du raisonnable. Les délais clients se sont établis en moyenne à 279 jours pour les TPE et 144 jours pour les PME. L’autre frein qui entrave la croissance de ces entreprises est celui du financement. Interrogé par Inforisk, Abdellah El Fergui, président de la Confédération marocaine des TPE-PME, affirme que la PME-TPE a résisté à la crise mondiale parce qu’elle a continué à investir avec ses propres moyens financiers, sans l’aide ni de l’Etat ni des banques. Sauf que la crise a assez duré et les entreprises ne peuvent plus résister, ajoute-t-il.  En tout cas, le financement des PME est au cœur des débats actuellement. Et c’est sur le financement à travers le marché boursier qu’ Inforisk Essor a organisé, le jeudi 2 juin, une conférence-débat ayant pour thème «Quel avenir pour la PME en bourse ?», en présence de Karim Hajji, DG de la Bourse de Casablanca, Khalid Ayouch, DG d’Inforisk et Amine Khalil, directeur Développement de Dari Couspate, une PME cotée en bourse depuis 2005.

Depuis 2001, la Bourse de Casablanca ne lésine pas sur les moyens pour séduire les PME, dont 13 seulement sont cotées sur les 75 sociétés que compte la place. Ces entités restent tout de même sceptiques face à cette alternative au financement bancaire, même si les introductions réussies de certaines PME devraient les encourager à se lancer dans l’aventure boursière. L’exemple donné est celui de Dari Couspate qui a ouvert 30% de son capital sur le marché boursier et qui, depuis, a réussi à quintupler son volume de ventes. Soulignons que dans ce contexte économique difficile et malgré le tassement du chiffre d’affaires des sociétés cotées, celles-ci arrivent à mieux maintenir leurs marges, contrairement aux entreprises non cotées. En effet, le tissu économique coté a une obligation de productivité et de maintien des marges.

Le programme ELITE pour encourager les PME à s’introduire en bourse

Pour comprendre les raisons de la résistance des entreprises face au marché des capitaux, Maroc PME et l’Association professionnelle des sociétés de bourse (APSB) ont effectué une étude auprès des petites et moyennes entreprises. Il en ressort, tout d’abord, que les entreprises en question ignorent les différentes options de financement qui existent. Il y a ensuite la difficulté pour ces entreprises de construire des stratégies de développement claires et vivables à long terme. En outre, le problème de la gouvernance pour les PME, dont la plupart demeurent familiales, constitue un réel frein pour faire appel au marché financier. Enfin, ces dernières ignorent les différentes possibilités qu’elles détiennent pour attirer les investisseurs. Car il y a un manque criant en matière de communication et d’accompagnement: l’information est insuffisante et les professionnels de l’accompagnement des PME sont rares ; les experts comptables, principaux conseillers, ont une méconnaissance des mécanismes du marché et des opportunités qu’il offre pour les PME.

Ainsi, pour démystifier cette image opaque qu’ont les PME sur le marché boursier, et pour combler l’écart entre les exigences du marché des capitaux et la réalité des entreprises marocaines, la place casablancaise a lancé le programme ELITE. Ce programme est développé par le London Stock Exchange Group et déployé pour la 1ère fois en 2012 par sa filiale Borsa Italiana en Italie. Il regroupe 400 entreprises, dont le Maroc est le seul pays non européen.

Le programme se décline en 3 phases : la 1ère porte sur la formation qui va s’adapter aux besoins spécifiques des entreprises en terme de stratégie, de gouvernance, d’equity story pour attirer les investisseurs, etc. Cette étape, qui dure un an, est importante dans le sens où elle va permettre à l’entreprise de parler le même langage que le marché et d’acquérir les outils pour s’adapter à ce dernier. La 2e phase est celle de l’accompagnement par l’écosystème (banques, cabinets d’avocats, etc.) pour mettre en place une stratégie adaptée à la PME et l’accompagner dans les modules qui l’intéresse. Durant cette phase, l’entreprise doit être consciente de l’importance que revêt l’information qui demeure la seule garantie des investisseurs sur le marché financier. Une fois ces phases assimilées, l’entreprise sera prête à franchir la dernière étape qui est celle de faire appel au marché des capitaux.