WAC / EST : « la CAF a voulu ménager la chèvre et le chou »

Suite à la décision de la CAF de faire rejouer intégralement le match retour, sur un terrain neutre, entre le Wydad de Casablanca et l’Espérance sportive de Tunis (EST), nous avons posé quatre questions à Moncef Lyazghi, docteur en politique sportive et sociologie du sport, pour nous expliquer les ressorts de cette décision.

La Vie Eco. La décision de la CAF est-elle fondée sur une base juridique ?

Moncef Lyazghi. C’est une décision inattendue, dans la mesure où l’Espérance sportive de Tunis a été déclarée champion des clubs africains, suite au sifflet final de l’arbitre.

De plus, quand on revient aux textes juridiques, l’équipe hôte doit supporter les conséquences de ne pas avoir garanti la présence des arbitres, et la VAR fait partie de ce dispositif. La décision logique est que l’EST perde  le match par un score de 2 à 0. Ce qui veut dire que le Wydad doit être déclaré gagnant, en prenant en compte le résultat du match aller (1-1) à Rabat. 

La décision a été prise de rejouer le match retour, en dehors de la Tunisie. Certains soutiennent cette décision, mais pas d’autres. Ce qu’il faut en effet prendre en compte, ce sont les conditions dans lesquelles se sont déroulées les négociations, lors de la réunion du comité d’urgence. C’est une première dans l’histoire du football, ce qui a donné lieu à une situation complexe. Cette complexité a fait que la CAF a voulu ménager la chèvre et le chou, pour que la décision puisse convenir aux exigences des uns et des autres. Il faut aussi rappeler que le comité exécutif de la CAF peut prendre des décisions sur des cas qui ne sont pas précisés par les textes régissant notamment la ligue des champions. 

Dans une certaine mesure, c’est une décision à caractère diplomatique. A mon sens, elle avantage le Wydad, puisque l’EST a crié victoire trop tôt. Mais, à présent, l’équipe tunisienne doit rendre les médailles et le trophée, ce qui est un coup dur pour les joueurs sur le plan psychologique. Le fait que le match sera rejoué en dehors de la Tunisie, alors que le match aller a été disputé à Rabat, avantage également le Wydad sur 90 min.

Le Wydad peut toujours recourir au Tribunal arbitral du sport (TAS) pour gagner le match par une décision des juges  ?

Nous n’avons à présent aucune communication du Wydad sur la décision de la CAF, pour savoir si les dirigeants en sont satisfaits ou pas. Mais il faut aussi préciser que cette décision a été prise, suite à des négociations entre Fouzi Lekjaa, qui représente le Wydad, et Ahmad Ahmad, président de la CAF.

A mon avis, si le Wydad décide de recourir au TAS, il ne peut que remporter le titre, sur la base des textes juridiques. Sauf que la neutralité du TAS va faire que la responsabilité de la CAF sera pointée, ce que cette dernière essaye d’éviter.

Dans la décision, la CAF évoque « les conditions de sécurité » mais pas le problème de la VAR. Pourquoi à votre avis ?

Il faut savoir que pour le président de la FIFA, Gianni Infantino, la VAR est l’un de ses grands projets, qu’il ne faut pas remettre en cause.  Aussi, au sein de la CAF, les uns soutiennent le Maroc, d’autres la Tunisie. Ensemble, ils devaient trouver une issue, et surtout éviter de discuter de la responsabilité de la CAF.

Quelles seront les implications de cette décision ?

Avant ce qui s’est passé à Rades, le texte prévoyait trois situations en ce qui concerne la VAR : match avec la VAR, match sans la VAR et le cas où la VAR tombe en panne en plein match. Suite à ce nouveau cas, où il y a eu de la malhonnêteté puisqu’on pouvait apercevoir la VAR sur le terrain, alors qu’elle ne fonctionnait pas, Il doit y avoir des améliorations des textes relatifs à la VAR, au niveau de la FIFA.