Sponsoring sportif : Entretien avec Mohamed Knidiri, Président de l’Association Grand Atlas

Mohamed Knidiri : «Le marathon de Marrakech n’a pas le soutien qu’il mérite».

A sa trentième édition, le marathon de Marrakech a pu bâtir ce que les experts marketing appellent «une histoire». Organisé par l’association Grand Atlas depuis sa création en 1987, excepté quelques éditions cédées à la fédération de l’athlétisme, cet événement ne bénéficie pas suffisamment de soutien financier, ni de la part des quatre conseils (ville, région, préfecture et commune de Méchouar), ni de la part des sponsors. Pourtant, il a attiré en 2019 plus de 10000 participants et une très grande couverture médiatique. Mohamed Knidiri, président de l’association Grand Atlas (organisateur du marathon de Marrakech) et ancien ministre de l’éducation nationale (1993-1995), déplore ce manque d’intérêt et incite les autorités locales à être plus altruistes.

En quoi consiste l’appui que le marathon de Marrakech reçoit des autorités ?
Nous bénéficions de deux types de sponsoring, les subventions des Conseils de Marrakech et le sponsoring privé. Pour le premier, il s’agit d’une contribution financière symbolique, mais qui augmente progressivement en fonction de l’importance de l’événement et de la conviction des élus. Il faut savoir qu’il existe une commission qui statue sur ces subventions au sein des conseils cités. Globalement, les subventions reçues des conseils de la ville s’élèvent à 850 000 DH. Les Conseils de la ville et de la région donnent chacun 300 000 DH, le Conseil préfectoral 150 000 DH et le Conseil de la commune de Méchouar 100000 DH.

C’est trop peu, compte tenu de l’ampleur de l’événement…
Nous essayons de sensibiliser les autorités afin qu’elles augmentent les subventions accordées au marathon de Marrakech. Il faut dire que l’édition 2019 a été grandiose en termes de participation. Nous avons eu plus de 10 000 participants, dont environ 35% étrangers, venant du monde entier et représentant plus de 70 pays. L’événement a été aussi retransmis en direct, ce qui est très important du point de vue d’un annonceur. Les élus ont assisté à cette édition et ont été impressionnés par l’ampleur de l’événement. Je pense qu’ils sont convaincus de son importance sur les plans économique et touristique.

D’un point de vue économique, en quoi consiste cette importance ?
Les participants au marathon, locaux et internationaux, viennent à Marrakech en groupes. Tous ces gens consomment énormément durant leur séjour à la ville ocre, quoiqu’il soit de courte durée. Donc les retombées économiques pour la ville, pour le tourisme en général, ne sont pas négligeables. Cela serait donc mérité si les autorités accordaient une subvention plus importante.

Qu’en est-il du privé ?
Nous n’avons pas encore rassemblé les données en ce qui concerne l’édition 2019 tenue fin janvier. Pour l’édition 2018, les sponsors privés nous ont accordé plus ou moins ce que nous donnent les quatre Conseils de Marrakech, à savoir 850000 DH sur un budget global de 2,7 millions. C’est ce qui me pousse à dire que le marathon de Marrakech est le plus grand du pays, mais aussi le plus pauvre.

Qu’est-ce qui vous pousse à dire cela ?
Comparé aux événements similaires organisés à Casablanca, on est loin derrière, en termes de budget de fonctionnement. Les opérateurs privés de la capitale économique sont plus nombreux et plus conscients de l’apport du sponsoring sportif. C’est un constat que nous partageons avec des villes comme Fès et Agadir.

Espérez-vous un changement ?
Oui, bien sûr. Pour l’édition 2019, nous avons eu comme sponsor officiel l’entreprise privée Bouderka, concessionnaire de Volkswagen à Marrakech. Nous espérons dans le futur attirer la société mère (Volkswagen). Les Eaux minérales d’oulmès ont contribué en 2018 à hauteur de 40 000 bouteilles, en plus d’une contribution financière de 60 000 DH. Pour l’édition 2019, cette dotation a atteint 50 000 bouteilles, car le nombre des participants était plus important.

Vous avez aussi d’autres sponsorings en nature…
Oui, notamment l’hôtel Saâdi Marrakech qui nous ouvre gratuitement une salle, finance notre conférence de presse régionale et nous offre des chambres pour les invités. Sa contribution s’élève à l’équivalent de 200 000 DH. C’est plus important que celle du Conseil préfectoral ou du Conseil communal de Méchouar. Red Bull aussi nous accompagne. Malheureusement, l’Office du tourisme et le CRT ne nous accordent aucune aide.

Et la vente des dossards ?
Elle nous rapporte environ 850 000 DH.

Quelle est l’importance de la transparence dans ce domaine ?
Cela encourage énormément et sensibilise les autorités et les opérateurs privés à accompagner des événements tels que les marathons.

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