WAC, les vraies raisons de la crise

Sacré champion du Maroc
la saison dernière, le Wac,
club le plus titré du pays, se
contente cette année d’une
modeste quatrième place.


Les raisons de l’échec :
nouveaux joueurs non
expérimentés, départ pour
le Golfe du gardien Nadir
Lemiaghry, fermeture pour
rénovation du stade
Mohammed V…


Les finances du club ne
sont pas en cause : son
budget est passé de 16
millions de dirhams en 2005
à  23 millions en 2006.

C’est désormais officiel, leWydadAthlétic Club de Casablanca (WAC) n’est pas parvenu à  conserver, à  l’issue de cette saison 2006-2007, son titre de champion du Maroc de foot-ball, brillamment décroché l’an dernier. Le titre cette année est allé à  la surprenante équipe de Khouribga (OCK) sortie de nulle part en début de parcours, et qui a, toute l’année durant, tenu la dragée haute à  ses grandes et prestigieuses consoeurs.

Seule une Coupe du Trône pourrait sauver une saison vierge de tout titre

Pourtant, à  l’issue de la saison dernière, l’équipe casablancaise clôturait l’exercice avec un seizième titre, qui la fuyait depuis 1993.Avec une ossature solide, composée de joueurs expérimentés et soudés, un entraà®neur portugais (José Romao) au nez creux et riche de l’adhésion de tout son groupe, un comité directeur et un président titulaires d’un bon bilan comptable et, enfin, des finances saines, on pouvait s’attendre à  une saison 2006-2007 prometteuse et éventuellement un nouveau sacre. Il n’en a rien été. Le rideau est tombé sur le championnat et leWAC, quatrième au classement, a finalement tout raté. Pas la moindre place pour la Ligue des champions africaine, fort lucrative, d’o๠il fut précocement éliminé en avril dernier par l’ASECAbidjan.Reversé en coupe de la CAF, le club y a trébuché à  la mi-mai après avoir concédé la première manche à  domicile au club égyptien d’Al Ismaà¯li avant de complètement sombrer lors d’un match retour terne et au jeu ridicule.

Seule une Coupe duTrône pour laquelle le club est encore en course viendrait sauver une saison en dents de scie, encore vierge de tout titre, pour laquelle les aficionados n’auraient pas signé en début d’année tant leWAC semblait solidement outillé pour tout rafler sur son passage. Que s’est-il passé pour que la belle mécanique déraille à  ce point ?

Pour ce proche duWAC et de son comité, «les résultats sportifs ne comptent que pour 20% de la santé d’un club, les 80% restants étant son infrastructure, ses finances…Et,à  ce niveau-là , leWAC ne se porte pas si mal qu’il en a l’air, bien qu’il aurait pu réaliser une meilleure saison si des facteurs exogènes n’étaient pas venus entraver sa bonne marche.Et même sportivement, leWAC a battu le Raja, par deux fois les FAR, et fait un match plus qu’honorable contre l’ASEC». Par facteurs exogènes, comprenez la redondance des matches à  intervalles très courts, souvent des rencontres cruciales pour le championnat voire la Ligue des champions, arguments que le président du club, Tayeb Fechtali, brandira entre autres pour justifier sa démission qui interviendra – et sur laquelle il reviendra trois jours plus tard.

Est-ce suffisant pour justifier la saison quasi blanche du club ? Rien n’est moins sûr, d’autant que, pour les connaisseurs du club, la racine du mal serait plus profonde, et serait à  rechercher dans la gestion d’après-titre de la saison écoulée.

Beaucoupmoins nuancé, le journaliste et fin connaisseur du club, Hassan Basri, estime quant à  lui que le «WAC a payé uneTVA sur le titre et ce, dès son obtention.Le club ne l’a même pas fêté comme il se doit en remerciant tous ceux qui ont participé à  l’aventure, tout le monde est parti en vacances, comme si la mission était terminée. José Romao a obtenu sa prime comme son contrat le stipulait, et les joueurs sont restés avec leurs doléances sur les bras. Ce n’était pas la meilleure façon de finir la saison,moins encore d’entamer la suivante». Une tierce personne viendra attiser le feu, en l’occurence l’ancien président du club, Nasreddine Doublali, qui aurait réuni les joueurs pour leur faire don de 80 000 dirhams à  se partager équitablement, une façon de désavouer le président en exercice, par ailleurs davantage connu pour ses restrictions budgétaires que pour sa générosité.

Le départ du gardien Lemiaghry a été très mal vécu, surtout en l’absence d’une doublure solide

Quoi qu’il en soit, la machine wydadie commence la nouvelle saison avec des retards de primes et des petites carences d’huile dans les rouages, que viendront catalyser plusieurs évènements dont l’entourage du club minorera la portée,mais qui pèseront par la suite sur le rendement de l’équipe.

Ainsi, lors de la signature de son nouveau contrat d’après-titre, l’entraà®neur portugais José Romao imposera le recrutement d’un nouvel adjoint et compatriote, poussant de facto vers la sortie l’enfant chéri du club, l’exvirevoltant ailier Fakhreddine. Vexé, ce dernier fera ses valises vers un pays du Golfe, o๠il concrétisera la montée en division supérieure avec une équipe locale. Un départ plutôtmal vécu par les joueurs cadres duWAC, qui n’ont jamais caché leur déception sur ce sujet.Quelques jours plus tard, une grande purge allait toucher leurs rangs, avec le départ de quelques joueurs-clés et l’arrivée d’une nouvelle fournée de jeunes talents. Il n’empêche. Si Faouzi Brazi était en fin de contrat,Mohamed Madihi, prêté à  un club saoudien, et l’Ivoirien Jean Jacques Gosso Gosso, transféré en Israà«l grâce à  une judicieuse clause dans un contrat qui imposait auWAC de le libérer au cas o๠une offre supérieure à  200 000 dollars se présenterait, la mise à  l’écart volontaire deMohamed Benchrifa, pourtant buteur du club et figure de proue de l’équipe, allait accentuer un peu plus le malaise.

«Même si l’arrivée de Rafik et, beaucoup plus tard, de Ajraoui ont fait beaucoup de bien à  l’équipe, les départs de joueurs expérimentés comme Sarsar, Gosso,Madihi ou Benchrifa a pesé sur le rendement, d’autant que nombre de joueurs recrutés l’ont été sans l’aval de l’entraà®neur. Les deux Argentins n’ont quasiment pas joué, tout comme KarimMiftal, rapatrié de Belgique, et qui a dû disputer un match ou deux à  tout casser», précise Hassan Basri, rejoint dans son analyse par ce proche du club qui relativise les départs et les arrivées. «Chaque fois qu’une équipe remporte le titre, elle éclate la saison suivante.C’est normal, tous ses bons éléments qui ont brillé durant la saison sont sollicités, et les clubs en profitent pour réaliser des plus-values.Tout le challenge est ensuite de reconstituer une équipe compétitive, et c’est ce que le club s’est efforcé de faire ».

WAC et Raja préparaient leurs rencontres en semaine, sans savoir o๠elles allaient les jouer

Soit. Durant les premiers mois de la saison, le club avance tant bien quemal, disputant au coude à  coude la tête du classement à  une surprenante équipe de Khouribga et aux inamovibles FAR de Rabat, le frère ennemi, le Raja, lui, donnant dès les premières semaines du championnat des signes de faiblesse qui le laisseront se morfondre dans les profondeurs du classement. Le WAC réussit même la performance de surclasser son voisin casablancais, chose qui n’était pas arrivée depuis des lustres, poursuivant également une aventure africaine en roue libre. Seule ombre au tableau qui a, de l’avis de tous, énormément pesé sur l’issue de la saison : la fermeture pour rénovation du complexe sportif MohammedV, poussant les deux équipes de la capitale économique à  s’expatrier pour leurs matches à  domicile.

Mais le véritable tournant de la saison, qui va catalyser des réactions en chaà®ne, est le départ pour les Emirats du gardien titulaire et icône du club, Nadir Lemiaghry. «On lui en a beaucoup tenu rigueur, comme au club d’ailleurs.Mais il faut comprendre les deux parties. Nadir a déjà  30 ans, il est gardien de but et donc difficilement transférable. Il faut savoir que,dans l’histoire duMaroc, seuls trois ou quatre gardiens ont eu des contrats professionnels à  partir de notre championnat, à  savoir Zaki,Fouhami et Bagui.C’était une occasion financière en or pour Lemiaghry, en plus de pouvoir jouer la Champion’s League asiatique, le règlement dans le Golfe interdisant le transfert de gardiens étrangers pour disputer leur championnat». Ce départ est d’autant plus préjudiciable que leWAC ne dispose pas d’une doublure solide capable de suppléer le gardien titulaire, ce qui vaudra au club de laisser des points en championnat, et placera le nouveau portier de l’équipe,Mouzaki, en porteà – faux avec les supporters qui le prendront très vite comme tête deTurc.

L’équipe tourne moyennement, fait la course derrière l’OCK, et, comme un malheur n’arrive jamais seul, l’entraà®neur dépose une démission surprise qui prend tout le monde de court. Sauf ce proche du club qui n’est pas loin de penser que l’acte de Romao était prémédité : «Il a prétexté que le club avait lâché Lemiaghry sans prendre la peine de le remplacer, alors que le WAC bataillait pour le championnat et la Ligue des champions. C’est vrai.Mais c’est tout aussi vrai qu’il a démissionné un mardi matin, qu’il a quitté le pays à  14h pour signer un nouveau contrat au Qatar le lendemain matin». Une célérité dans les actes qui n’est pas pour étonner Hassan Basri, pour qui Romao a profité d’un contrat bétonné couplé à  une offre beaucoup plus intéressante dans le Golfe. «C’est vrai que Romao était viscéralement contre le départ du gardien et surtout celui de Gosso.

Mais ce n’était qu’un prétexte. Son contrat prévoyait un préavis d’un mois au cas o๠une offre se présentait à  lui, aucun préavis si l’équipe nationale du Maroc faisait appel à  ses services. Il fallait juste un catalyseur à  son départ. Il est intervenu la veille d’un match en Mauritanie.Romao avait déposé une liste pour les visas, son adjoint et préparateur physique aurait été oublié par les personnes chargées du dossier.Rien de bien méchant».

Départs de Romao et de son adjoint, un trou béant dans la direction technique du WAC

Qui dit départ de Romao, dit également départ de son adjoint et trou béant dans la direction technique de l’équipe. Aziz Bouderbala, ancienne star du ballon rond et actuel directeur technique du club, prend les rênes de la formation, le temps d’un match africain enMauritanie et celui de trouver un entraà®neur qui connaisse bien lamaison, histoire de finir en douceur un championnat auquel on ne croit plus beaucoup. Le choix se porte sur le Français Ladislaz Lozano, un ancien de la maison, retourné en France le temps d’un ou deux challenges, et qui prend soin de relifter une fois de plus l’équipe du WAC, une fois installé. Question stabilité à  mi-parcours du championnat, on a vu mieux. Surtout qu’un autre élément déstabilisateur viendra perturber une saison déjà  vacillante, le limogeage de Bouderbala de son poste de directeur technique. Officiellement, le comité l’aurait enjoint de choisir entre son poste actuel et celui de conseiller qu’il occupe dans l’émission footballistique de télé-réalité, «Al KaddamAddahabi », programmée sur la Une. «La vérité, c’est qu’ayant longtemps vécu en Suisse, il a voulu adapter des méthodes de gestion européennes aux pratiques marocaines, ce qui n’a pas plu», précise Hassan Basri. Le départ de Bouderbala entraà®nera dans son sillage deux démissions, celles du trésorier du clubHichamLakhlifi ainsi que celle de Sghir Bougrine (membre du comité), ce qui n’était pas pour apaiser les tensions.

Huit matches en 24 jours, une cadence infernale

Pire, les relations entre le président Fechtali et le nouvel entraà®neur, Lozano, ne sont pas au beau fixe. Le premier reprochant au second de ne pas utiliser des joueurs achetés à  prix d’or, le second stigmatisant l’absence des dirigeants lors de déplacements un peu «galère», à  Laâyoune et Oujda notamment.Durant les mois de mars et avril, le WAC enchaà®ne huit matches en 24 jours, une cadence infernale menée aux quatre coins du pays avec des intermèdes africains.Des rumeurs de démission de Lozano fleurissent dans les journaux, poussant le président à  convoquer une conférence de presse pour dissiper les rumeurs et tensions, notamment entre les deux hommes. «LeWAC a souffert de deux problèmes majeurs cette saison. L’absence d’une véritable structure de recrutement efficace,ainsi que d’une cellule de communication officielle,qui aurait évité de laisser éclater des conflits», tempère ce proche du club. Mais en ce mois de mai, le championnat est définitivement perdu, leWAC ne vise désormais que la seconde place qualificative pour la fort lucrative Ligue des champions, et qui semble également bien loin, désormais. Un autre élément vient néanmoins secouer le cocotier, la défaite face au club d’Al Ismaà¯li, le 7mai, avec insultes et menaces à  l’encontre du président Fechtali à  sa sortie du stade. D’o๠sa démission, le lendemain de ce match, sur laquelle il est revenu trois jours plus tard. Mais tout indique qu’il récidivera le 2 juin lors de l’AG du club, laissant la voie ouverte à  plusieurs prétendants (voir encadré en page précédente).

Une chose est sûre, celui qui le remplacera aura pour principale tâche de rebâtir une équipe compétitive pour la saison prochaine, et disposera pour cela d’un club aux finances saines, ce qui n’était plus le cas ces dernières années. LeWAC est ainsi passé d’un budget de 16millions de dirhams en 2005 à  23 millions en 2006, avec surtout des ressources plus «fiables», non tributaires des seuls transferts, souvent aléatoires, de joueurs. Les recettes marketing et sponsoring ont également fait un bond de 5,5 à  9,5 millions cette année, tout comme les recettes loisirs (école de foot…) qui ont quasiment doublé en deux ans.Autant d’atouts à  consolider et à  concrétiser sur le terrain, histoire de ne pas connaà®tre une nouvelle diète de 16 ans, qui serait du plus mauvais effet pour le club le plus titré duMaroc.