Union libre dans les pays arabes : de plus en plus de jeunes s’y mettent

Mariage coutumier, mariage du Missiyar et mariage de Moutaâ, certains jeunes vivant dans des pays arabes y ont recours afin de vivre librement leur sexualité sans tomber sous le coup de la loi. Ces unions posent problème en cas de paternité. Le sociologue Chakib Guessous suggère un débat national autour de cette problématique.

Aborder la problématique de la jeunesse dans les pays arabes. En particulier les diverses frustrations des jeunes. C’est le travail de terrain mené par Chakib Guessous, médecin, sociologue et anthropologue, dont les résultats ont été portés dans son dernier livre : «Mariage et concubinage dans les pays arabes». La société a connu dans divers pays arabes, notamment l’Egypte, les pays du Golfe, la Syrie ainsi que dans les pays du Maghreb, une évolution certaine qui est à l’origine de frustrations économiques, sociales, psychologiques, affectives et sexuelles. «Aujourd’hui, contrairement aux générations des années 50 et 60, les jeunes ont de plus en plus de difficultés à travailler et à s’installer en couple et fonder une famille. En raison de la durée des études et de la recherche du travail, l’âge moyen du mariage se situe en moyenne à 30 ans. Donc entre 15 et 30 ans, les jeunes accumulent des frustrations par rapport à leurs besoins et en particulier les pulsions sexuelles non satisfaites…», explique Chakib Guessous qui tient à souligner que «dans une société qui est soumise à une salafisation, ces jeunes optent pour des alternatives afin de vivre en couple sans tomber toutefois sous le coup de la loi qui interdit les relations sexuelles hors mariage».

Ces nouvelles formes d’unions sont fréquentes dans le monde universitaire

Dans ces pays considérés dans le livre, on note effectivement, depuis la fin du siècle dernier, de nouvelles formes de mariages, dont certaines sont validées par les Etats, afin de masquer le concubinage. Mariage coutumier, mariage du Missiyar et mariage de Moutaâ sont donc autant de possibilités que les jeunes se donnent pour satisfaire leurs pulsions sexuelles et qui attestent de l’évolution sociétale et du changement du monde.
L’auteur, sans porter de jugements, souligne les conséquences sociales et psychologiques de ce qu’il appelle «les nouvelles formes de conjugalité qui n’obéissent pas à tous les codes du mariage musulman». Si la dot est versée, ces unions, en fonction de la formule choisie, se font sans témoins, sans papier officiel et pour une durée déterminée.
Ces unions alternatives sont contractées dans le milieu estudiantin de ces pays arabes. On ne dispose pas de statistiques sur ces mariages, mais l’auteur parle d’un phénomène qui prend de l’ampleur en Egypte, en Tunisie, en Algérie et au Maroc et spécifiquement depuis le Printemps arabe.
Ces mariages assurent certes une liberté sexuelle et une union libre mais ils posent des problèmes en cas de parentalité et mettent en danger le droit des femmes et des enfants. «Preuve en est le nombre de mères célibataires mariées dans ce cadre qui n’arrivent pas à faire valoir leurs droits et ceux de leurs enfants», dit Chakib Guessous qui tient à préciser que ces mariages, contrairement aux codes classiques, ne visent pas la création d’une famille et la procréation. Ce mariage à mi-chemin entre le mariage régulier et la fornication est reconnu par certains Etats, notamment en Egypte ou au Maroc pour les mariages ôrfi et par la Fatiha afin de limiter les conséquences sociales. Mais il n’en demeure pas moins que ces nouvelles unions doivent certainement poser des problèmes de conscience à leurs jeunes contractants. Hypocrisie ou schizophrénie? Que peut-on faire ?
Dans tous les cas, ces mariages sont une réalité sociale indéniable. Chakib Guessous propose un débat national autour de cette question et aussi la suppression ou la révision de l’article 490 du Code pénal marocain qui pénalise les relations sexuelles hors mariage.