«Trophées Marocains du Monde est un nouveau regard sur l’immigration»

Organisé pour la première fois en 2017, cet événement est une marque de reconnaissance à l’égard de la diaspora marocaine. L’objectif est de rendre hommage à ces femmes et ces hommes qui ont réussi dans leur pays d’accueil. Leur rôle économique, politique, artistique et culturel à l’étranger est aujourd’hui indéniable.

C’est pour rendre hommage et rendre visibles les actions des Marocains à l’étranger que «BM Magazine» a lancé en 2017 «Les Trophées marocains du monde». Une manifestation permettant de reconnaître et rehausser le potentiel de cette diaspora qui n’est pas reconnue à sa juste valeur par le pays d’origine. Organisé au Maroc, chaque année, ce rendez-vous revient sur les sucess story des uns et des autres à travers des débats. L’édition 2019 se penche sur la stratégie de la promotion de la culture marocaine au-delà des frontières. Entretien avec Amine Saad, directeur de la publication de «BM Magazine» et initiateur de l’évènement.

Trophées Marocains du Monde est devenu un rendez-vous régulier rendant hommage aux Marocains résidant à l’étranger. D’où est venue l’idée d’organiser un tel événement ? Et quel en est l’objectif?
Plusieurs années de travail dans le secteur des médias de l’immigration m’ont permis de constater que l’image véhiculée par les médias en général et occidentaux en particulier ne reflète qu’un pan de la réalité. Si l’on observe ce qui est véhiculé, on constate que l’immigré est représenté le plus souvent comme le marginal, non intégré au sein des pays d’accueil. Les derniers événements exacerbés par la crise économique et la montée des extrémismes de tous bords ont davantage terni cette image. Avec «Trophées Marocains du Monde» (TMM), nous avons voulu aller en sens inverse et montrer que l’intégration au sein des pays d’accueil est aussi possible et que la réussite peut être au rendez-vous. Nous avons voulu contribuer, à notre niveau, à changer le regard sur l’immigration en mettant au-devant de la scène des enfants de l’immigration qui ont parfaitement réussi et qui représentent des modèles à la fois pour le pays d’origine et le pays d’accueil. C’est pourquoi je dirais que Trophées Marocains du Monde est un nouveau regard sur l’immigration.

Vous en êtes à la troisième édition, pourriez-vous nous dresser un bilan des deux premières ?
Les deux premières éditions ont été une véritable réussite. Nous avons accueilli des membres de la communauté marocaine à l’étranger qui occupent aujourd’hui de très hauts postes de responsabilité, que ce soit dans la politique, l’économie ou la société. Des sportifs au premier rang mondial nous ont fait l’honneur d’être parmi nous, des ministres étrangers d’origine marocaine, des figures emblématiques de l’immigration…

Quel est le feed-back de la communauté marocaine à l’étranger ?
Tout le monde est ravi, d’abord parce qu’un hommage leur est rendu dans leur pays d’origine, le Maroc. C’est la raison pour laquelle nous avons choisi le Maroc pour organiser ces Trophées Marocains du Monde. Nous avons voulu que ces hommages et ces parcours soient reconnus ici, dans le pays d’origine. La symbolique est très forte et nos nominés et invités en sont tous conscients. Aujourd’hui, nous avons des Marocains installés à l’étranger qui nous contactent pour être présents à l’événement. C’est un des meilleurs gages de réussite pour nous.

Quelle est la thématique de l’édition 2019 ?
Les Trophées Marocains du Monde n’ont pas de thématique. Il s’agit d’une cérémonie de remise des trophées. Par contre, nous organisons une table-ronde la même journée autour d’une thématique qui touche l’immigration marocaine. L’objectif est de traiter des questions d’actualité en présence de Marocains résidents à l’étranger concernés et d’enrichir le débat. Pour cette édition 2019, nous avons choisi de traiter de la question des centres culturels marocains à l’étranger dont un nouveau décret vient changer le statut et le fonctionnement. Le sujet est très important puisqu’il s’agit de comprendre comment le Maroc promeut sa culture dans les pays étrangers et quelle place occupent les Marocains du monde dans cette stratégie.

Aux Marocains de l’étranger colle malheureusement, depuis toujours, le profil de pourvoyeurs de devises. Pourriez-vous nous dresser le profil du Marocain du monde ?
Les Marocains résidents à l’étranger sont effectivement des pourvoyeurs de devises. Les transferts MRE représentent la deuxième ou troisième manne de devises pour le pays. Ils sont aussi des acquéreurs dans l’immobilier, tous standings confondus, des touristes, des investisseurs, une cible importante pour les banques marocaines. Mais il faut dire qu’ils sont aussi des citoyens du monde pleinement accomplis que l’on trouve à tous les niveaux à l’étranger et qui représentent une fierté pour notre pays. Je dirais qu’il n’existe pas un seul profil de Marocain du monde mais plusieurs profils.

Comment ces Marocains peuvent-ils contribuer au développement du pays ?
Il y a plusieurs façons de contribuer au développement du pays, notamment en y investissant mais également en y transférant des compétences et du savoir-faire dans les domaines où le Maroc connaît encore certaines lacunes. Je pense à la recherche scientifique. Plusieurs chercheurs de très haut niveau exercent dans de grands centres de recherche et n’hésiteraient pas à collaborer avec des centres marocains ou des universités. A ce niveau ce sont les pouvoirs publics qui doivent les solliciter et nouer des partenariats. Ce souhait a été exprimé par des chercheurs de très haut niveau qui ont assisté aux deux premières éditions de TMM.

Jouent-ils un rôle dans la promotion du Maroc à l’étranger ? Si oui, comment ?
Certes, le rayonnement du Maroc à l’étranger passe aussi par des Marocains du monde. Ils représentent des relais intéressants pour notre pays à l’international et constituent une force de lobbying qui peut contribuer au rayonnement. Je dirais qu’ils sont tous, chacun à son niveau, des ambassadeurs du Maroc, de sa culture multiple et diversifiée et façonnent à leur niveau l’image du Marocain au sein du pays d’accueil.

Enfin, l’organisation de cet événement est une façon, pour vous, de reconnaître les compétences marocaines à l’étranger ?
Avec Trophées Marocains du Monde, nous sommes en train de mettre en place un réseau networking des compétences marocaines à l’étranger. L’avantage de TMM est de constituer un réseau de Marocains à travers le monde. Je citerais comme exemple les hommes d’affaires ou les chercheurs. Cette troisième édition, qui aura lieu le 6 avril prochain, verra la participation d’éminentes personnalités comme Fadela Laanan ou encore Meryem El Khomri.