Rajaa El Moursli, une militante de la recherche

A la tête du laboratoire de physique nucléaire à  la Faculté des sciences de Rabat depuis 1996, Rajaa El Moursli se bat chaque jour pour faire bénéficier les étudiants marocains d’une recherche de qualité.

A la tête du laboratoire de physique nucléaire à la Faculté des sciences de Rabat depuis 1996, Rajaa El Moursli se bat chaque jour pour faire bénéficier les étudiants marocains d’une recherche de qualité.
Rajaa a vu le jour à Salé en mai 1954. Son bac en poche, elle s’envole pour la France pour faire des études universitaires. Il lui fallait tout d’abord convaincre son père. «Je suis originaire de Salé, une ville conservatrice et pour que le père accepte que sa fille aille toute seule continuer ses études à l’étranger, c’est assez exceptionnel», se rappelle-t-elle. Il a fallu l’intervention des professeurs et des membres de la famille pour qu’il accepte finalement que sa fille fasse le voyage. «Il m’a accompagné à Grenoble et m’a aidé pour l’installation. Il a même demandé au consul du Maroc de garder un œil sur moi», raconte-t-elle un petit sourire aux lèvres. A l’époque, Grenoble était une ville universitaire très cotée surtout dans le nucléaire. Après avoir décroché sa licence en physique et sa thèse de troisième cycle à l’Institut des sciences nucléaires, elle rentre en 1982 au Maroc et trouve un poste de maître-assistante en physique à Rabat. «Pour mon père, il était hors de question de m’installer en France après avoir fini mes études. Il fallait revenir au pays pour faire bénéficier les étudiants de mon savoir», raconte-t-elle. Rajaa El Moursli va soutenir sa thèse d’Etat en 1990 au Maroc, à la Faculté des sciences Mohammed V-Agdal en collaboration avec l’université de Grenoble. Elle devient maître de conférences puis professeure et dédie une part importante de son temps à la recherche.

Rajaa estime qu’elle a eu de la chance d’avoir des parents qui l’ont toujours soutenue et un mari qui a accepté qu’elle fasse autant de voyages pour ses recherches. C’est que l’on ne peut pas avancer dans la recherche sans participer à des congrès et à des ateliers à l’étranger et sans des collaborations internes et externes. A la base de la collaboration avec le CERN dans le projet Atlas, Rajaa El Moursli a également fortement contribué à la création du premier master de physique médical à la Faculté des sciences Mohammed V-Agdal. «A Rabat, on a eu au départ une demande de l’Institut national d’oncologie (INO) pour créer un master de physique médical. Des physiciens médicaux ont été formés pour travailler dans les hôpitaux, dans la médecine nucléaire, la radiothérapie, la radiologie. Les lauréats ont de fortes chances d’embauche dans un secteur qui souffre d’un manque flagrant de compétences. Parmi ces étudiants, il y en a qui optent pour la recherche de haut niveau», explique notre chercheuse.

Membre depuis 2006 de l’Académie Hassan II des sciences de technologies, Rajaa El Moursli est vice-présidente de l’Association marocaine des énergies nucléaires, présidente de l’Association marocaine de la protection des radiations et membre invité de l’Association française pour l’avancement des sciences. Elle a participé à la rédaction de plus de 170 publications scientifiques. Selon la chercheuse, l’avenir de la recherche dans ce domaine au Maroc ne peut être garanti, sans la création de nouveaux postes et la possibilité d’avoir des contrats de recherche à durée déterminée. «On assiste au vieillissement de la faculté. Pour relancer la production scientifique, il faut recruter. Il faut également penser à embaucher les experts marocains expatriés à l’étranger, qui, pour une bonne partie, désirent rentrer au pays», conclut la chercheuse. C’est peut-être le meilleur moyen de bénéficier d’une précieuse expertise et se maintenir ainsi à un niveau international.

 

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