MRE : «Notre tâche n’est pas seulement d’assurer le retour des MRE mais d’aller au-delà»

Le ministère est mobilisé, à côté d’autres acteurs, pour répondre aux différents besoins de la communauté des Marocains résidant à l’étranger. De l’accompagnement lors de l’opération Transit pour les vacances d’été, au soutien dans les pays d’accueil, en passant par l’assistance au retour définitif au pays et à la réinsertion, la stratégie adoptée est multidimensionnelle.

Qu’est-ce qui a changé dans l’opération Transit 2016 à part le rôle d’assistance prépondérant de la Fondation Mohammed V pour la solidarité ?

Outre les efforts considérables de la Fondation Mohammed V pour la solidarité, dans cette opération, plusieurs actions ont été entreprises par les différents intervenants pour réussir l’opération de cette année. En effet, à l’instar de l’année dernière qui a connu un grand succès grâce aux efforts concertés de toutes les parties prenantes, dans le cadre de la Commission nationale de transit présidée par le ministère de l’intérieur, un plan d’action national a été élaboré pour 2016 sur la base de trois axes fondamentaux : fluidité de transit ; sécurité et sûreté ; assistance et accompagnement de proximité.

Pour ce qui est du premier axe, relatif à la fluidité de transit, au niveau du transport maritime d’abord, le Maroc a mis en place un plan de flotte constitué de 27 bateaux, dont un bateau de réserve mobilisé pour intervenir durant les périodes de pointe. Ce plan permettra de disposer d’une capacité d’environ 60 000 passagers par jour assurée par 10 lignes maritimes, ce qui représente une augmentation de 12% par rapport à 2015. En outre, une nouvelle société maritime de droit marocain a été créée dans le cadre d’un partenariat entre BMCE Bank et l’un des groupements professionnels. De même, un budget de 55 MDH a été mobilisé pour l’amélioration des infrastructures portuaires et des services dans les ports. Sur le plan aérien, un important dispositif a été mis en place pour assurer de meilleures conditions de confort et de sécurité aux voyageurs. Dans le cadre de son programme 2016, la compagnie nationale RAM a élargi son dispositif par le renforcement de la fréquence des vols et la capacité de transport, à travers l’ouverture de nouvelles lignes et l’exploitation de certaines lignes par des vols supplémentaires, telle que la nouvelle ligne Montréal-Casablanca opérée par Air Canada depuis début juin dernier. L’ONMT a également initié avec des tour-opérateurs de nouvelles liaisons aériennes à destination de plusieurs villes du Maroc. Au niveau du transport routier, 165 lignes régulières sont exploitées en 2016 et gérées par 131 entreprises, dont 48 marocaines (contre 150 en 2015) et un guide sur les entreprises de transport routier officiellement agréées a été élaboré. D’un autre côté, les dispositions prises par le ministère concernent la mise en place d’un dispositif qui porte sur trois axes principaux. L’accueil et l’orientation des MRE d’abord, en coordination avec les administrations et les institutions concernées. Le second concerne la communication visant à fournir toutes les informations nécessaires et utiles aux MRE lors de leur séjour en été au Maroc. Le troisième axe porte sur l’organisation et la participation des MRE aux manifestations à caractère économique, culturel, social et éducatif qui permettent de consolider les liens d’appartenance des MRE avec la mère patrie. Pour le premier axe, le ministère a mis en place un service de permanence au niveau central et territorial, dans les Maisons des MRE à Tiznit, Béni-Mellal et Nador, afin d’assurer l’accueil, l’orientation et la communication avec les MRE, ainsi que la coordination avec les autorités locales pour répondre à leurs doléances, notamment administratives et juridiques. Sur le plan administratif, un guichet spécial pour les MRE a été mis en place au niveau des administrations et institutions publiques marocaines connaissant un afflux important des MRE, suite à la circulaire du chef du gouvernement pour la mise en place de ce guichet spécial MRE. Plus encore, le ministère organise des campagnes d’information et de sensibilisation sur les programmes et les services offerts, et ce, en coordination avec les administrations et les organismes concernés.

Au niveau de la communication, le ministère a mis en place un plan impliquant une diversité d’outils permettant de communiquer avec les MRE et leur fournir des informations nécessaires, à travers, notamment, les médias par des programmes radio et TV traitant des questions des MRE et des évènements organisés par le ministère. Nous avons également élaboré un livret en plusieurs langues, distribué aux MRE aux niveaux central et régional pour les orienter et leur communiquer toutes les informations utiles.

En termes d’événements culturels, le ministère a mis en place un programme culturel diversifié au profit des MRE lors de leur séjour en été au Maroc, à travers l’organisation d’universités d’été, de séjours culturels, de colonies de vacances pour les jeunes, ainsi que l’organisation de la journée nationale du migrant, le 10 août. Cette journée, qui portera cette année sur la thématique des jeunes, sera célébrée, à l’instar de l’année dernière, dans toutes les provinces et Régions du Royaume. Cette journée représente une occasion d’échanger sur des thématiques bien précises en relation avec les questions des MRE, mais également d’informer et de s’informer sur les affaires des MRE. Enfin, le ministère participe, à côté des autres intervenants, au suivi de l’opération Marhaba, à travers un contact permanent avec les partenaires nationaux pour le suivi quotidien des entrées et sorties des MRE lors de l’opération et la participation du ministère à l’évaluation de l’opération et la proposition des pistes d’amélioration.

Comment le ministère peut-il soutenir les MRE en situation difficile dans les pays d’accueil?

Le ministère a mis en place une stratégie visant à soutenir et accompagner cette population pour mieux répondre à leurs besoins et satisfaire leurs exigences en développant un programme de partenariat avec les associations MDM, notamment à travers la réalisation conjointe d’activités ciblées et répondant à des problématiques précises. Durant le premier semestre 2016 et dans le cadre de l’accompagnement et l’appui des groupes vulnérables des MRE (détenus, mineurs non accompagnés, et personnes âgées), le ministère a lancé un appel à projet au profit des associations œuvrant en faveur des Marocains résidant à l’étranger pour réaliser les projets et les actions répondant aux attentes et aspirations de ces populations. Le ministère a procédé à la sélection et à l’appui de plus de 20 projets qui ont pour objectif la mise en œuvre de projets s’inscrivant parmi les priorités du ministère et axés sur l’accompagnement des jeunes d’origine marocaine et de certaines catégories en situation difficile tels que les personnes âgées, les détenus et les mineurs non accompagnés dans les pays d’accueil notamment en France, en Espagne, en Italie et aux Pays-Bas.

Par ailleurs, un programme de renforcement des capacités des associations œuvrant en faveur des Marocains résidant à l’étranger a été mis en place par le ministère et vise essentiellement l’accompagnement des associations des Marocains du monde dans toutes les phases du cycle du projet, la contribution à la création d’un tissu associatif professionnel et bien ancré dans les pays d’accueil et l’orientation de ces associations pour mettre en place des projets novateurs inscrits dans la stratégie du ministère et visant à répondre aux attentes et besoins de la communauté marocaine notamment les MRE en situation difficile. En 2016, ce programme a ciblé la formation de 200 associations relevant de cinq pays (France, Espagne, Pays-Bas, Italie et Belgique) et actives dans divers champs d’intervention relatifs aux attentes et besoins de la communauté marocaine à l’étranger. 

Quelle place accordez-vous au volet culturel dans votre stratégie ?

Le ministère accorde une place prépondérante au volet culturel à la fois dans sa planification stratégique mais également dans ses programmes mis en œuvre au Maroc et à l’étranger. Les programmes culturels à l’intérieur du Maroc ont pour finalité la consolidation des liens des Marocains du monde avec leur mère patrie. Il s’agit des séjours culturels et des Universités d’été (dont nous venons de clôturer la 8e édition et ce au profit exclusivement des jeunes Marocains résidant à l’étranger), de la célébration de fêtes et journées nationales notamment la Fête du Trône et la Journée nationale des Marocains Résidant à l’étranger (10 août) qui sera consacrée cette année à la jeunesse MRE, mais également de colonies de vacances dont bénéficient les enfants MRE issus de familles démunies n’ayant pas de moyens financiers pour passer leurs vacances d’été au Maroc.

A l’étranger, le ministère a décliné différents programmes et structures afin de renforcer le rayonnement et promouvoir la culture marocaine. Il s’agit notamment des Journées culturelles thématiques à l’étranger, de la Semaine culturelle à l’étranger …

Quels sont les dispositifs d’accompagnement que propose le ministère pour les MRE porteurs de projet d’investissement ?

Le ministère a mis en place un dispositif d’appui à l’investissement productif en faveur des MRE porteurs des projets d’investissement. Ce dispositif consiste en la mise en place d’une cellule dédiée à l’accompagnement des investisseurs MRE, ayant pour mission d’informer et d’orienter les investisseurs potentiels sur les différents secteurs de l’économie, d’assister les porteurs de projets durant toutes les étapes de réalisation de leurs projets, de la conception jusqu’à la concrétisation de leur investissement, ainsi que d’identifier les formes de partenariat à mettre en place avec les acteurs locaux pour inciter et encourager les MRE à contribuer au développement de leur région. Ainsi, 16 clubs d’investisseurs ont été créés pour accompagner les investisseurs MRE. Un accompagnement régional est assuré par les Maisons MRE de Nador, Beni Mellal et Tiznit au profit des porteurs de projets originaires de ces régions et ceci s’inscrit dans le cadre de la proximité de l’administration en faveur des MRE.

Le ministère a aussi développé une plateforme digitale www.mre.gov.ma comportant une rubrique entièrement dédiée aux investisseurs intitulée «Investissement» qui rassemble les informations relatives à l’acte d’investissement (guide à la création de l’entreprise, climat des affaires, grands chantiers économiques…).   

En outre, un accompagnement personnalisé en pré, en cours et en post investissement au profit des MRE est assuré par notre partenaire : la Fondation création d’entreprises.

Cela sans parler d’un dispositif d’appui financier «MDM invest» qui a été reconduit. Ce mécanisme s’articule autour d’un apport en fonds propres (en devises : au moins 25% du montant du projet), d’une subvention de l’Etat (10% plafonnée à 5 MDH) et d’un crédit bancaire (si nécessaire et peut atteindre 65%). Les secteurs d’activité éligibles à ce mécanisme sont l’industrie et les services liés à l’industrie, l’éducation, l’hôtellerie et la santé.

Le ministère a développé également des partenariats stratégiques dans le cadre de la coopération bilatérale notamment avec la France à travers la mise en œuvre du projet «Maghrib Entrepreneurs» financé par l’Agence française de développement qui prévoit d’encourager la création d’entreprise par les MRE. Ce projet assure un accompagnement individuel et de proximité en faveur de 100 porteurs de projets à travers deux volets: l’information et la sensibilisation en France, et l’appui et l’assistance technique au Maroc.

Si on revenait sur ce «Programme retour» ? Où en êtes-vous par rapport à ce dispositif destiné à améliorer la gestion du retour des MRE établis dans des pays en difficulté ?

La question du retour a commencé à se poser avec acuité lors de ces dernières années, de deux façons différentes qui sont liées à des contextes particuliers. Il y a tout d’abord le retour lié à la persistance de la crise économique qui a frappé un certain nombre de pays, en Europe notamment, et qui a impacté plus durement les migrants. Et puis il y a le retour d’urgence qui est organisé par les autorités marocaines pour évacuer ses ressortissants résidant dans des pays en crise (Libye, Syrie, Yémen…).

C’est dans cette optique que le ministère s’est attelé à mettre en place un dispositif pour le retour et la réinsertion des MRE de retour. Il a donné des résultats probants pour la gestion du retour de MRE d’un certain nombre de pays en crise. Néanmoins, l’ambition est d’aller encore plus loin en créant un mécanisme institutionnel pérenne et un dispositif qui puisse s’enclencher en cas de crise. Un projet de décret, élaboré par les services du ministère et mis dans le circuit législatif, vise à encadrer l’action des différents acteurs publics dans la gestion du retour et la réinsertion des MRE qui vivent dans des pays en crise (conflits armés ou catastrophes naturelles).

Par ailleurs, notre tâche n’est pas seulement d’assurer le retour des MRE mais d’aller au-delà, car le vrai défi c’est la réinsertion des MRE dans la société marocaine. Nous devons rendre ce retour bénéfique à la fois pour le MRE de retour et pour la société marocaine. Et qui dit réinsertion, dit accès à la formation professionnelle, à l’éducation des enfants et le soutien scolaire, à l’aide à l’investissement, au logement, à l’emploi, à la santé…

Pour ce faire, le ministère anime un réseau d’appui aux MRE de retour, regroupant les principaux acteurs, publics et société civile, afin de fournir des réponses adaptées en fonction du contexte de retour des MRE et de les orienter vers les acteurs les mieux placés à même de les accompagner sur le plan technique (accompagnement administratif, social, économique) et sur le plan territorial (les collectivités locales).