Mères célibataires : Questions à Bouchra Ghiati, Présidente de l’INSAF

«Il faut une stratégie nationale spécifique pour les mères célibataires».

Bouchra-GhiatiLa Vie éco : Peut-on aujourd’hui parler d’une évolution de la situation des mères célibataires ?

Concrètement, oui. Tout d’abord, il faut souligner qu’aujourd’hui les mères célibataires ont accès aux maternités, ce qui était impensable il y a quelques années. Même si l’accueil n’est pas le même dans toutes les maternités car il faut encore et encore sensibiliser les personnes pour faire évoluer les mentalités. Il en est de même dans les commissariats et les locaux de la Gendarmerie royale où encore certaines mères célibataires sont brimées. Par ailleurs, il y a une évolution au niveau du profil et des besoins des mères célibataires. On peut dire que grâce à l’encadrement et l’accompagnement des associations, ces femmes sont de plus en plus autonomes. Et du coup, leurs besoins ont changé : elles viennent nous voir non plus pour l’hébergement mais plutôt pour la prise en charge des dépenses des enfants, notamment pour les couches, le lait et les soins médicaux que nous prenons entièrement en charge pour les enfants.

Sur quoi porte concrètement l’action de l’INSAF et comment se distingue-t-elle des autres associations ?

Depuis sa création en 1999, l’INSAF a eu pour vision première de garantir à chaque femme et à chaque enfant le respect de leurs droits dans un environnement responsable. Pour cela, son action s’est depuis articulée autour de la prévention de l’abandon des enfants, lutter contre l’exploitation des filles mineures dans le travail domestique et enfin sensibiliser et plaider leur cause.

L’association offre un accompagnement et un accueil aux mères célibataires. Celles-ci sont hébergées chez nous, enceintes et même après l’accouchement. Et cela jusqu’à ce qu’elles puissent être autonomes, donc avoir un travail et un revenu. Pour cela, nous leur dispensons une formation pour préparer leur réinsertion. Nous prenons en charge les frais de santé et scolaires de leurs enfants jusqu’à l’âge de 3 ans. Et nous payons le loyer pour une durée de six à huit mois lorsqu’elles quittent le foyer.

Globalement, les associations assurent une prise en charge urgente, une orientation stratégique, juridique et administrative, un accompagnement social ainsi qu’un accompagnement psychologique.

Les associations sont très présentes sur le terrain, mais qu’en est-il des pouvoirs publics ?

Il y a des initiatives mais qui restent quand même éparses. Aujourd’hui, il est nécessaire de mettre en place une stratégie nationale coordonnée pour faire face à cette problématique, à ce phénomène de société que l’on ne peut plus occulter. Il faut y faire face notamment en repensant la façon de faire. Ainsi, en priorité, il faut responsabiliser les partenaires en généralisant les tests ADN afin d’établir la paternité des enfants qui n’ont pas choisi de naître hors mariage. Car, s’ils sont stigmatisés ils peuvent reproduire le même schéma. D’ailleurs aujourd’hui, au Maroc, il n’y a pas seulement des enfants des rues mais aussi des familles de rue. Il faut œuvrer pour l’état civil complet de ces enfants qui leur évitera des drames dans la vie. 

Vous avez élaboré un mémorandum et vous êtes en passe de boucler une étude sur la situation des mères célibataires. Quelle est l’étape suivante?

Nous allons exposer le mémorandum ainsi que les résultats de l’étude aux pouvoirs publics, aux associations et aux médias. Cela permettra d’engager un débat national pouvant (et devant) conduire à une stratégie nationale pour faire face à la problématique des mères célibataires.