Médias et jeunes : la mission éducative perd du terrain

Les jeunes Marocains lisent très peu et regardent davantage la télévision. Ils sont les plus gros utilisateurs de linkedIn, comparés à leurs congénères du monde arabe. Les contenus liés à la thématique de l’enfance sont peu étoffés et diffusés de façon épisodique.

«Enfant, jeunes et médias au Maroc», c’est le sujet d’une récente étude de l’Unicef dont les résultats ont été présentés et débattus au cours d’une conférence de presse organisée, jeudi 28 février, par le Comité Parité de 2M. Ce travail, effectué par les cabinets Consultor et Averty Market Research and Intelligence, a porté sur la situation de l’enfant dans le paysage médiatique durant l’année 2015, dans le contexte de la montée en puissance du numérique depuis le début des années 2000. L’échantillon est composé de 600 personnes, de toutes catégories socioprofessionnelles, âgés de 15 à 34 ans dont des jeunes en situation difficile résidant en milieux urbain, rural et péri-urbain.

On retiendra, tout d’abord, que le dispositif normatif national est en conformité avec les conventions internationales que le pays a ratifiées. Cependant, il ressort de l’analyse du cadre juridique que si le secteur audiovisuel a été prolifique en matière de textes assurant la protection de l’enfant dans les médias, ce n’est pas le cas de la presse écrite. Le digital, quant à lui, échappe à toute forme de régulation. Et le Maroc reste tributaire des mesures relatives à la protection de l’enfance mises en place à l’international.

Au-delà de ce cadre normatif incomplet, il est utile de savoir quel usage font les jeunes marocains des divers médias ? L’étude révèle l’importance de la télévision dans la consommation médiatique au Maroc. Ainsi, la durée moyenne de consommation de la télévision est de 3 heures et 13 minutes. Les jeunes y consacrent 43,6% de leur temps libre. On notera aussi que 58% des jeunes ( à 14 ans) regardent les chaînes internationales. En ce qui concerne les chaînes locales, ils préfèrent 2M puisqu’elle détient 29% des parts de marché contre 8,5% pour Al Oula et 25% pour Al Maghribia. Du côté des radios, qui continuent à améliorer leur taux de pénétration, les chiffres de l’audimat ne donnent pas, selon l’étude de l’Unicef, de renseignements sur les habitudes de consommation des jeunes.

La presse écrite, qui, selon les statistiques de l’Office de justification de la diffusion (OJD), enregistre une tendance baissière, connaît une transition graduelle vers le numérique. L’étude retient alors, de façon générale, une baisse du nombre de lecteurs et révèle que 47% des jeunes (12-29 ans) sondés déclarent ne pas lire les journaux. Et seulement 2,3% lisent les journaux régulièrement. Par ailleurs, l’analyse des indicateurs relatifs à la consommation digitale laisse apparaître que l’accès quotidien aux réseaux sociaux est plus important pour les jeunes de 15 à 29 ans.

Absence flagrante de supports destinés aux enfants…

A l’instar des autres pays arabes, au Maroc les trois principaux réseaux sont Facebook (plus de 13 millions d’utilisateurs), Twitter (223000 utilisateurs) et Instagram (260 000 utilisateurs). Si le taux de pénétration de Twitter (0,6%) et d’Instagram (0,74%) reste faible au Maroc, il ressort de l’étude que les Marocains sont plus actifs sur Linkedln qui compte 1,4 million d’usagers. Autre conclusion à retenir : le Maroc a le plus fort taux d’utilisateurs de ce réseau chez les plus jeunes dans le monde arabe. Ainsi, 85% des usagers marocains sont âgés de moins de 35 ans.
Dans son deuxième volet, l’étude s’est intéressé à la place accordée à la thématique de l’enfance dans les médias. Ce qui a permis d’établir le constat suivant: la thématique de l’enfance est traitée de manière ponctuelle. C’est-à-dire que le contenu médiatique reste lié aux événements institutionnels ou autres ainsi qu’à l’actualité. Et cela se fait au détriment d’une information de sensibilisation ciblant aussi bien les familles que les jeunes. Ainsi, il est spécialement noté une faible implication des enfants dans la presse écrite. Suite à l’observation des grilles des télévisions nationales, il est indiqué aussi «un faible volume de productions destinées aux enfants et un déséquilibre entre les missions de divertissement et d’éducation avec la domination des programmes de bandes dessinées par rapport aux émissions éducatives». Ce qui souligne l’absence des supports destinés aux enfants.
Par ailleurs, les conclusions laissent apparaître que la presse écrite se fait l’écho d’une enfance marocaine en situation de vulnérabilité. Dans la presse écrite «Papier», ce thème représente 45% du contenu publié. Dans la presse écrite numérique qui se focalise sur l’image de «l’enfant victime ou bénéficiaire», on retiendra que 97% des contenus publiés sont liés à cette problématique. En définitive, l’étude conclut que «le système médiatique tel qu’il opère aujourd’hui donne difficilement une place au jeune public». Et elle recommande que «les expériences des meilleures pratiques internationales en matière d’éducation aux médias et d’engagement des médias pour les droits de l’enfant sont à encourager au Maroc comme moyen de sensibilisation de la population et des professionnels des médias». L’organisation onusienne souligne enfin que «les usages et les rôles des médias sont à reformuler en prenant cette nouvelle donne où le numérique joue un rôle déstabilisateur pour le moment».


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