Les Marocains font un tabac aux championnats du monde de thaï-boxing

Les Marocains remportent 11 médailles, dont 7 d’or aux championnats du monde qui se sont déroulés du 22 au 30 mars en Bulgarie.
500 clubs et 20 000 pratiquants, dont la majorité est issue des quartiers populaires.

Le Maroc est-il en passe de devenir un grand champion mondial dans les sports de combat ? En tout cas, en thaï-boxing, la boxe thaïlandaise, appelée aussi muay thaï, l’équipe marocaine a séduit aux derniers championnats du monde amateurs. Et les amateurs marocains attendent avec impatience que cette discipline sportive de combat et de spectacle soit programmée par le Comité olympique international (le dossier est à l’étude) pour devenir dans l’avenir un sport olympique.

On imagine la joie des Marocains s’ils devaient remporter un jour plusieurs médailles d’or dans une compétition mondiale aussi prestigieuse. En attendant, les résultats des champions marocains sont là, et, d’année en année, ils confirment leurs performances face à ceux des pays comme la Thaïlande, berceau de ce sport de combat.

La dernière compétition internationale en date, où le Maroc a brillé de mille feux, a eu lieu à Burgrave, en Bulgarie, et était organisée par le WMF (World Muay Federation). L’équipe marocaine, composée de cinq filles et de six garçons, a remporté haut la main 11 médailles, dont 7 d’or, une d’argent et trois de bronze. Les cinq championnes marocaines ont raflé chacune une médaille d’or, offrant au Maroc la première place dans la catégorie des filles. Les autres médailles ont été remportées par les hommes qui, pour leur part, placent le Maroc en deuxième position mondiale.

Classement général par pays : le Maroc est en tête, devant la Thaïlande et 23 autres pays. Ce n’est pas la première fois que l’équipe marocaine de ce sport de combat s’impose à l’échelle mondiale. En septembre 2007, lors du championnat du monde amateur de thaï-boxing, alors organisé par le Wako (Word Associations of Kickboxing Organization), le Maroc avait remporté 11 médailles et s’était classé quatrième. En 1991, il s’était classé 3e dans les championnats du monde en thaï-boxing organisés par le Wako à Paris, et 2e avec 5 médailles d’or lors des championnats du monde de full-contact et kick-boxing, organisés à Budapest en 1993.

Tout le mérite revient, commentent les fans de sports de combat, à la Fédération royale marocaine des sports de combat, qui a su tirer le meilleur profit des talents en herbe fournis par les douze ligues et les 500 clubs à travers le Maroc. Et c’est l’amateurisme qui prime. Selon Mustapha Kotbi, directeur technique de l’équipe nationale, nos sportifs sont amateurs et donc ne gagnent que le prestige, «tout au plus des récompenses à la fin de l’année sont dispensées. Notre vœu est de passer de l’amateurisme au professionnalisme».

Quelques champions marocains ont en effet été sponsorisés par des entreprises pour pouvoir gagner leur vie. En tout cas, la fédération réunit toutes les conditions pour que nos sportifs donnent le meilleur d’eux-mêmes. Quel est le secret de ces résultats ? Le secrétaire général de la fédération et président de la Ligue marocaine d’arbitrage, Abdelfattah Bouhlal, ex-champion lui aussi, avance une raison essentielle : «Le planning de la fédération pour toute l’année en matière de formation et d’encadrement des joueurs, des arbitres et des entraîneurs. Au niveau africain et arabe, le Maroc est incontestablement le meilleur». Avec ses 20 000 pratiquants en full, semi et light contact et en kick et thaï-boxing, le Maroc dispose en effet d’un gigantesque réservoir d’où jailliront de grands champions.

Deux champions du monde sont issus d’un bidonville
La majeure partie des pratiquants se concentre dans les quartiers populaires de Casablanca comme Hay Mohammadi et Sidi Moumen. Le champion Abdelilah Serti, qui a décroché l’argent lors des derniers championnats du monde en Bulgarie, est issu des Carrières centrales.

Né en 1984, il emboîte le pas en 2001 à son frère Noureddine, champion également, parti en Allemagne. Il intègre alors l’Association des Mouhajirine du quartier Hay Mohammadi, pour devenir cinq ans plus tard l’un des champions du monde dans ces trois sports de combat que sont le kick-boxing, le full-contact, le thaï-boxing, tous basés sur des techniques utilisant les pieds et les mains. Serti, lui, est sextuple champion du Maroc en boxe pieds-poings de moins de 81 kilos, et a remporté un titre de champion du monde en thaï-boxing à Agadir en 2005.

L’histoire de Chaïmae Rouini et de Abderrahmane Ezzine ressemble à celle de Serti. Tous les deux issus du bidonville Benaguid où ils sont nés, aux environs de Dar Bouazza, petite agglomération à quelque 30 km de Casablanca.

Ils se sont inscrits dans la salle la plus proche, à Dar Bouazza (où s’entraînent à ce jour 120 jeunes), dirigée par Bouchaïb Essafi, président de l’Association Attaqaddom de Dar Bouazza, qui devient, au fil des ans, leur entraîneur attitré. A 19 ans, le jeune Ezzine décroche son premier titre mondial en Bulgarie (catégorie 51 kg). Idem pour Chaïmae Rouini (catégorie 48 kg).

Pourquoi cet engouement des Marocains pour les sports de combat ? «Parce qu’ils aiment le spectacle, répond M. Essafi, et parce qu’ils commencent à se mesurer aux grands champions mondiaux», conclut-il.