Les diplômés marocains de l’étranger : Questions à Nada Raissouni, Responsable Communication & AMGE-Jobs, Université Paris-Dauphine

«Les étudiants raisonnent davantage en termes d’opportunités que d’ancrage géographique…».

Nada-RaissouniLa Vie éco : Les diplômés marocains de l’étranger seraient de moins en moins motivés pour un retour au pays. Confirmez-vous ce constat ?

On peut dire que ce constat est à nuancer : les étudiants raisonnent davantage en termes d’opportunités que d’ancrage géographique. Certes, beaucoup de nos étudiants font le choix de rester en France ou ailleurs pour acquérir leurs premières expériences professionnelles mais ce n’est pas dû à un choix de «pays»… Cependant, beaucoup comme moi ont par la suite l’ambition de rentrer servir leur pays.

Quelles sont les raisons motivant leur décision ?

Les étudiants ont l’impression, et peut-être n’est-ce pas qu’une impression, que leur diplôme et leur formation sont appréciés à leur juste valeur. Des études longues et d’excellence doivent être synonymes de carrière promise. Le parcours de chacun n’est pas linéaire et ne correspond pas toujours aux horizons que nous nous sommes fixés au début du cursus académique et justement cette fluidité et cette mobilité est une caractéristique qui attire le plus les étudiants qui ne veulent pas être dans une logique de «carrière toute tracée».

Quels sont les profils qui préfèrent rester à l’étranger ?

Selon l’échantillon qui me semble représentatif des étudiants marocains dans les formations d’excellence que je côtoie régulièrement en France, je dirais que les profils qui préfèrent rester à l’étranger sont ceux qui veulent évoluer au sein de grands cabinets de conseil et d’audit comme Deloitte, KPMG et EY. Le choix des étudiants est motivé par l’appartenance à ces entreprises de renom, ils postulent pour les sièges parisiens et marocains, car ces cabinets sont implantés au Maroc, mais  ils optent pour le poste en France en raison de l’importance de la rémunération.

Ce choix est-il provisoire ou bien définitif même en cas d’opportunités au Maroc ?

Lorsque les étudiants terminent leur cursus, beaucoup se projettent dans des carrières dans de grandes entreprises ou cabinets à l’étranger, mais ils ne sont pas moins nombreux à envisager également un retour à moyen, voire long terme au pays pour une stabilité personnelle.

Quelle perception ont-ils de l’entreprise marocaine ?

Aujourd’hui, le Maroc se positionne comme l’une des économies leader du continent, elle est compétitive notamment à travers certaines de ses grandes structures, comme l’OCP ou les banques, qui développent leurs réseaux à l’extérieur du territoire. Nos entreprises ont fait leurs preuves et les étudiants commencent à s’y projeter car certaines n’ont rien à envier aux entreprises françaises ou autres.

Mais en dehors de l’Europe, d’autres destinations semblent de plus en plus intéresser les diplômés : Dubaï, Hongkong ou encore la Corée…

Il est vrai que les étudiants ont, il y a quelques années, emprunté des destinations classiques, Europe ou USA, mais aujourd’hui, en raison des évolutions qu’a connues le monde, nous autres étudiants envisageons et n’avons pas de mal à aller vers de nouvelles destinations exotiques. Le Moyen-Orient, que ce soit Dubaï, Abou Dhabi ou le Qatar, est de plus en plus prisé par les étudiants marocains car il s’agit de nouveaux hubs économiques qui proposent des métiers à la pointe du développement. Notre maîtrise de l’arabe, du français et de l’anglais est un atout qui nous permet de nous y épanouir professionnellement parlant et d’y saisir de nombreuses opportunités. Les pays asiatiques, qui sont le cœur de la croissance mondiale, sont aussi intéressants pour nous. Les diplômés y vont pour acquérir des compétences de pointe, que ce soit dans le secteur financier, du commerce ou autre…

Vous êtes responsable communication de l’AMGE-Caravane. Pouvez-vous nous présenter votre association ?

L’AMGE est une association qui a pour but de fédérer les étudiants marocains des grandes écoles de commerce et d’ingénierie en France. Nous avons plusieurs antennes dans les diverses villes où la population estudiantine marocaine est présente. L’AMGE ambitionne de maintenir un lien permanent entre les étudiants et le Maroc. Et ce, à travers un ensemble d’activités et d’événements que nous organisons sur toute l’année. Et le plus important événement est le «Forum Horizons Maroc», fer de lance de notre activité dans la mesure où c’est un forum de recrutement. Plus de 40 entreprises marocaines et internationales se déplacent à Paris  pour rencontrer les étudiants des grandes écoles et aussi des universités françaises. C’est un rendez-vous professionnel qui se tient annuellement au mois de janvier… Par ailleurs, l’association organise aussi des événements culturels, notamment les «Journées de la jeunesse marocaine» ainsi que des rencontres ponctuelles en fonction de l’actualité. Nous avons par exemple organisé une conférence sur la COP 21.