Le projet Musharaka s’invite aux prochaines législatives

Le Collectif pour la promotion des droits des personnes en situation de handicap est derrière ce projet. Un de ses objectifs est de garantir l’accès des personnes en situation de handicap aux bureaux de vote. Le Collectif a élaboré des guides afin d’augmenter le nombre de votants en situation de handicap.

Promouvoir la participation politique des personnes en situation de handicap, tel est l’objectif  du projet Musharaka. Une initiative portée par le Collectif pour la promotion des droits des personnes en situation de handicap. «Par la ratification de la Convention en avril 2009 et l’incorporation du principe de non-discrimination, y compris sur la base du handicap, dans le préambule de la Constitution de 2011, le gouvernement marocain s’engage pour l’inclusion politique et sociale des personnes en situation de handicap. Or, jusqu’à nos jours les citoyens et citoyennes en situation de handicap risquent encore de se voir refuser des droits politiques fondamentaux, tels que le droit de vote», lance d’emblée Karim Cherkaoui du Collectif pour la promotion des droits des personnes handicapées. Et d’ajouter : «Le projet Musharaka vient à la suite des différentes actions menées par le collectif pour promouvoir la participation politique des personnes en situation de handicap, principalement l’observation des élections régionales réalisée en 2015 dans la région de Rabat-Salé-Kénitra, et qui avait révélé que 75,5% des bureaux de vote n’étaient pas accessibles. Musharaka vient également à la suite de la campagne de plaidoyer menée par le Collectif entre février et juin 2016 dont l’objectif était de promouvoir une participation politique inclusive des personnes en situation de handicap».

Cibler les centres de la prise de décision

Musharaka qui bénéficie de l’appui financier et technique du National democratic institute (NDI) vise ainsi la promotion de la participation politique des personnes en situation de handicap conformément aux conventions internationales en la matière. C’est également une initiative qui a pour objectif, selon les termes du Collectif, de garantir la parité des chances, mettre fin à la discrimination envers cette catégorie sociale, faciliter son accès aux bureaux de vote et lui permettre d’acquérir les compétences nécessaires à la participation à la vie politique. «Il devient nécessaire aujourd’hui de faire des personnes handicapées des acteurs aussi bien au niveau politique que social ou économique. Le Collectif n’est plus à l’étape des revendications politiques et des programmes en faveur des personnes en situation de handicap, nous militons désormais pour placer les personnes en situation de handicap au centre de la prise de décision au gouvernement, au Parlement et dans les administrations», a déclaré la vice-présidente du Collectif, Soumia El Amrani. Selon l’enquête nationale sur le handicap réalisée en 2014, environ 6,8% des Marocains souffrent d’un handicap. Un ménage sur quatre compte en son sein au moins une personne en situation de handicap. «C’est pour cela qu’il est important d’inclure ces personnes dans la prise de décision des politiques publiques», a demandé Mme El Amrani.

Musharaka est l’aboutissement d’un processus que le Collectif a démarré bien avant ces élections d’octobre 2016. A commencer par le projet LEAD (Leadership and empowerment for action on disability), mis en œuvre de janvier 2013 à décembre 2014 et qui avait comme objectif général de renforcer le rôle des organisations représentatives des personnes en situation de handicap dans le développement, le monitoring et la mise en œuvre des politiques publiques. «A travers le projet LEAD, les personnes handicapées ont été formées à effectuer un plaidoyer en vue d’accroître la participation sociale, économique et politique de 11 millions de personnes handicapées au Maroc, en Algérie et en Tunisie. Le projet LEAD a permis de renforcer la capacité de la société civile à influencer les décideurs et à soutenir les défenseurs des droits des personnes en situation de handicap. Il a également permis d’identifier les lacunes dans la législation et les politiques nationales et de proposer des solutions concrètes pour promouvoir la participation sociale, économique et politique des personnes en situation de handicap», souligne Karim Cherkaoui. LEAD a ensuite laissé la place au projet «Get out the vote». Dans le cadre de ce projet, le Collectif pour la promotion des droits des personnes en situation de handicap a mis en œuvre un projet d’observation de l’accessibilité des centres et bureaux de vote dans le cadre des élections régionales de septembre 2015 au niveau de la région Rabat-Salé-Kénitra-Khémisset.

Trois bureaux de vote sur quatre inaccessibles !

Un projet basé sur la méthodologie d’échantillonnage. Une première au Maroc et dans la région MENA ! Le Collectif a ainsi procédé à l’observation de 206 bureaux de vote sur les 4 566 situés dans la région. «Les résultats de cette observation ont révélé, entre autres, que moins de 25% des bureaux de vote observés étaient accessibles aux personnes en situation de handicap et que moins de 50% des bureaux de vote et des urnes ont été conçus à une hauteur appropriée pour permettre aux personnes en fauteuil roulant de voter sans aucune assistance. Les résultats obtenus démontrent qu’il existe encore un long chemin à parcourir pour une inclusion politique effective des personnes en situation de handicap au Maroc. C’est sur la base de cette étude que le Collectif a élaboré un nombre important de recommandations afin d’assurer la pleine participation politique des personnes en situation de handicap, non seulement comme chiffre d’électeurs mais comme acteurs incontournables dans la mise en œuvre des programmes de développement à différentes échelles. Si le vote est considéré par l’article 30 de la Constitution comme un devoir, il est de l’obligation de l’Etat de garantir et faire jouir les personnes en situation de handicap de leurs droits, notamment l’autonomie, le secret de vote et le respect des choix», déplore M. Cherkaoui.

Le Collectif a également engagé des actions qui ont ciblé principalement le ministère de l’intérieur et le Conseil national des droits de l’homme (CNDH), des institutions qui sont chargées de la mise en œuvre et du suivi des élections. Avec, à la clé, des propositions qui peuvent augmenter le nombre d’électeurs en situation de handicap en facilitant les techniques de vote. Quatre guides méthodologiques ont été élaborés par le Collectif. Le premier a trait à l’aménagement des bureaux de vote pour permettre l’accès au vote aux personnes en situation de handicap. Le second est en braille et est dédié aux personnes aveugles et malvoyantes. Le troisième guide concerne les personnes en situation de handicap intellectuel alors que le quatrième est élaboré en langue des signes et a pour objectif de faciliter la communication avec les personnes en situation de surdité. «Le Collectif a également développé une technique qui peut permettre aux personnes aveugles de voter sans soutien d’autrui en se basant sur différentes expériences menées dans différents pays», ajoute M. Cherkaoui. Une initiative citoyenne que le Collectif compte installer dans la durée. «Musharaka est stratégique par rapport à une vision futuriste de la place de la personne handicapée dans la société puisqu’il englobe tous les types de handicaps, y compris celui intellectuel», conclut Mme El Amrani.