Le combat de l’association «Sourire de Réda» contre le suicide des jeunes

L’association ambitionne de mettre fin à l’isolement des jeunes en souffrance. Des chanteurs et des influenceurs tirent la sonnette d’alarme via une vidéo de sensibilisation. Les jeunes de 13-21 ans peuvent être assistés à travers le site «stopsilence.org» et une application mobile téléchargeable.

Un geste d’affection, un sourire au bon moment et une écoute… Des petites choses qui peuvent changer le cours d’une vie. C’est le message de la campagne, signée «Ana M3ak», lancée par l’association «Sourire de Réda» pour la prévention du suicide des jeunes. Cette initiative, lancée pour la première fois en février 2018, est reconduite afin «d’impliquer plus de personnes, jeunes et adultes, et les sensibiliser à la souffrance des jeunes en vue d’éviter des gestes malheureux. Nous voulons cette fois déclencher un Mouvement Ana M3ak afin de dire aux jeunes qu’ils ne sont pas seuls», explique Véronique Fima, directrice de «Sourire de Réda».

La nouveauté de cette campagne 2019 est la vidéo réalisée par des chanteurs et des influenceurs qui tirent la sonnette d’alarme et disent aux jeunes qu’ils ne sont pas seuls. En effet, lorsqu’une détresse est silencieuse, elle entraîne l’isolement du jeune et peut le conduire à passer à l’acte fatal. C’est pourquoi l’association est, depuis sa création en 2009, à l’écoute des jeunes de 13-21 ans, via le site internet www.stopsilence.org et une application téléchargeable. Cette application a été lancée en septembre dernier à l’occasion de la journée mondiale, célébrée le 10 de ce même mois, de la prévention du suicide.

Un appelant sur 3 est en crise suicidaire moyenne ou élevée…

Depuis septembre 2018, 380 jeunes ont été écoutés et aidés au cours d’un moment difficile de leur vie. Et selon les statistiques de l’association, 2000 jeunes ont été écoutés depuis 2011. L’écoute est assurée par monsieur et madame tout le monde, et ils sont au nombre de dix actuellement à aider bénévolement au sein de l’association qui lance un appel à toutes les personnes souhaitant aider et mettre les jeunes en souffrance en confiance. Car, d’après un sondage mené par «Sourire de Réda» en 2017, il apparaît que sur un panel de 842 jeunes passés par l’association, 53% ne parlent à personne de leurs problèmes. Ces derniers sont de plusieurs ordres et peuvent aller d’une dispute amicale, d’un chagrin d’amour à une problématique d’orientation sexuelle ou une addiction à la drogue ou à l’alcool.
Concrètement, les jeunes appellent, souligne Mme Fima, «pour se confier, vider son sac et parler du problème. On l’écoute sans plus. Nous ne sommes pas là pour donner des conseils ou intervenir. Nous ne sommes pas là non plus pour juger, mais simplement les écouter. Souvent, ils appellent une seule fois. Mais on retiendra qu’un appelant sur trois est en crise suicidaire moyenne ou élevée. Nous n’avons jamais eu de cas de risque imminent nécessitant une intervention rapide ou l’envoi d’une ambulance». Et d’ajouter que «le tiers des appelants sont des filles».

Le suicide constitue la deuxième cause de décès chez les 15-29 ans après les accidents de la circulation

Les chiffres communiqués par l’association «Sourire de Réda» ne sont pas représentatifs de la situation au Maroc. Selon l’Organisation mondiale de la santé, le pays compterait 800 suicides par an dont 82% sont des hommes. De son côté, le ministère de la santé, dans sa dernière enquête datant de 2014, souligne que 14% de la tranche des 13-15 ans déclarent avoir déjà fait une tentative de suicide. A l’association, on précise qu’un jeune sur quatre parmi les appelants déclare avoir déjà fait une tentative de suicide.

Par ailleurs, le ministère de la santé indique que chez les 15-29 ans, le suicide constitue la deuxième cause de décès après les accidents de la circulation. Les causes du suicide chez les jeunes sont diverses et vont de l’échec scolaire aux addictions, en passant par le harcèlement en milieu scolaire ou la violence dans la famille. Le plus souvent les messages ne sont pas toujours bien décodés ni bien compris par l’entourage adulte d’un jeune en souffrance. Celui-ci ne pouvant aller de lui-même chez un thérapeute, s’enferme sur lui-même et est en situation de détresse. C’est pourquoi l’association insiste sur la nécessité et l’importance de la sensibilisation, de la communication et de l’implication de l’entourage. L’objectif étant de reconnecter le jeune avec son entourage…