Défense des droits de la femme : d’hier à aujourd’hui

La journée du 8 Mars est une occasion pour souligner l’avancée de la cause féminine au Maroc. Mais celle-ci n’a pas été traduite dans les textes de loi. Des discriminations existent encore dans les champs politique, économique et social…

C’est Clara Zetkin, journaliste allemande, qui a proposé pour la première fois l’idée d’une «Journée internationale de la femme». C’était en 1910 lors de la Conférence internationale des femmes socialistes. Et ce n’est qu’à partir de 1917, avec la grève des ouvrières de Saint-Pétersbourg, que la tradition du 8 Mars s’impose. Après 1945, la Journée internationale des femmes devient une tradition dans le monde entier. Elle sera reconnue officiellement par les Nations Unies en 1977. Si, en 1910, une journée dédiée aux femmes s’inscrivait dans une perspective révolutionnaire, au fil des ans, elle s’est identifiée à la lutte pour les droits civils et politiques des femmes.

Célébrée aujourd’hui à travers le monde, la journée du 8 Mars permet de faire le point sur l’évolution de la condition des femmes. Dans le milieu féministe marocain, la célébration de cette journée divise. Il y a en effet parmi les militantes celles qui estiment que «c’est une façon de célébrer la femme qui constitue la moitié de la population marocaine et qui mène un combat continu pour ses droits aussi bien au foyer que dans la vie active». Et il y a celles qui estiment que «cette célébration a banalisé la lutte pour la cause féminine». Ainsi, par exemple, pour Bouchra Ghiati, directeur déléguée de l’Association professionnelle des cimentiers, cette célébration «relève plus du marketing que du militantisme». Autrement dit, il faudra des actions de fond, et non pas ponctuelles, pour défendre et célébrer les droits des femmes. Historiquement, le Maroc a connu deux générations de mouvements de défense des droits des femmes. Une première a vu le jour dans les années quarante et une deuxième au début des années quatre-vingts. La première étape a démarré alors que le pays était sous occupation française avec la section féminine du Parti de l’indépendance et l’association Akhawat Assafa affiliée au Parti démocrate de l’indépendance. L’action était alors focalisée sur la défense du droit à l’instruction, à la santé et à la reconnaissance de sa participation à la lutte pour l’indépendance. A partir des années 80, le mouvement féministe a revendiqué des réformes visant l’amélioration de la condition des femmes et une meilleure garantie de leurs droits civils et politiques. Soit la lutte contre toutes les discriminations à l’égard des femmes.

Au fil des ans, le Maroc s’est donc engagé dans de nombreux accords et conventions internationaux pour les droits des femmes et s’est attelé à l’élimination de toute forme de discrimination. Quel bilan peut-on en faire aujourd’hui ?

Des inégalités persistantes…

Les militantes marocaines s’accordent à reconnaître que les «acquis sont importants, mais ils ne sont malheureusement pas traduits dans les textes et n’ont malheureusement pas encore contribué au changement des mentalités». Ce qui fait dire à Lamia Bazir, directeur exécutive de l’Observatoire national des droits de l’enfant, que «la jeune génération de femmes doit capitaliser ses acquis et continuer sur la voie de nos aînées qui ont beaucoup donné et qui ont aussi souffert pour la défense des droits de la femme».
En effet, il faut poursuivre la lutte car les Marocaines subissent encore aujourd’hui des discriminations flagrantes. Pour preuve les statistiques du Haut commissariat au plan: le taux d’activité est seulement de 19% parmi les femmes. Autrement dit, près de 80% des femmes en âge de travailler ne sont même pas à la recherche d’emploi. Pire encore, près de 39,3% des femmes actives occupées travaillent sans rémunération contre seulement 9,5% des hommes. On retiendra également que les femmes sont, avec les jeunes, les plus touchées par le chômage: 13,8% contre 8,9% chez les hommes. En dehors de la faible implication dans la vie économique, sur le champ politique, le bilan n’est guère meilleur. Les femmes marocaines votent certes depuis 1963, mais elles ne sont que faiblement représentées dans les instances politiques. On en compte 21% au Parlement et seulement 9 membres dans l’actuel gouvernement.
Le principe d’égalité entre hommes et femmes au Maroc a été certes institué dans l’article 19 de la Constitution de 2011. Mais dans la pratique, le Maroc s’avère être l’un des pays les plus inégalitaires de la région MENA. Il occupe la 136e place sur 137 pays! Ce pourquoi les militantes revendiquent unanimement la loi sur la parité et l’application et la révision des textes afin de mettre fin aux inégalités persistantes.
En effet, le code de la famille maintient la polygamie, la répudiation, l’incapacité des mères à exercer la tutelle légale sur leurs enfants et l’inégalité successorale. Par ailleurs, le code pénal est marqué par une vision patriarcale basée sur le contrôle de la liberté et le corps des femmes. La loi sur la violence gagnerait, selon plusieurs féministes, à être revue. Car aujourd’hui encore les chiffres sont alarmants : de 2012 à 2017, plus de 80000 femmes victimes de violences physiques et sexuelles ont été prises en charge sur le plan médical, médico-légal et médico-social. Et 13,4% des femmes mariées âgées de 34 à 49 ans ont déclaré avoir subi des actes de violence physique ou sexuelle !
Autant de statistiques qui expliquent, selon des militantes du PPS, que «le mouvement féministe est déçu et démotivé. Mais il ne compte pas baisser les bras». Car en effet, tant que la femme ne se sentira pas en sécurité à la maison, dans la rue et tant qu’elle devra taire les abus et la violence au point de les accepter, on ne peut parler d’avancée…