Dakhla, laboratoire de réflexion sur la coopération Sud-Sud

Le Forum Crans Montana 2019 consacré aux jeunes du continent africain. Le Souverain appelle à la valorisation des jeunes pour éviter le désastre. Des expériences des pays du continent ont été partagées lors des plénières et panels du forum.

Dakhla continue de confirmer son statut de «labo» de la réflexion autour de la coopération Sud-Sud. La perle du Sud continue de rassembler de hauts responsables des quatre coins du globe pour échanger au sujet du développement, en particulier celui du continent africain. Les travaux de cette 5e édition, qui s’est déroulée du 14 au 17 mars, ont été axés sur les jeunes africains, population majoritaire du continent. Plus précisément, ils portaient sur le thème «Bâtir une Afrique puissante et moderne au service de sa jeunesse».

Plusieurs sujets ont été discutés : jeunesse, paix et sécurité en Afrique ; couverture santé universelle ; entrepreneuriat des jeunes et leadership féminin ; agro-industrie, au cœur d’une croissance durable et solidaire, entre autres.

Alors que les travaux du forum ont commencé le 14 mars, l’ouverture officielle, elle, n’a eu lieu qu’après la lecture du message royal, samedi 16 mars. Tout en souhaitant la réussite aux participants, le Souverain a alerté: «Notre jeunesse a besoin d’être portée, formée, responsabilisée et surtout valorisée. Il faut la former pour convertir le potentiel économique d’aujourd’hui en réalité de demain. L’échec dans ce domaine serait un terrible désastre pour le continent», dans son message lu par Yanja Khattat, président de la région Dakhla-Oued Eddahab.

Des représentants des jeunes, de différents pays du continent, ont pris la parole. «Que nos gouvernants comprennent que nous n’avons pas besoin d’experts pour nous expliquer ce qui se passe chez nous. Les jeunes Marocains sont les experts du Maroc, ils connaissent tant leurs problèmes que les solutions», a martelé Souleymane Satigui Sidibe, secrétaire général de l’Union panafricaine pour la jeunesse. Faisant référence à la nécessité de faire participer les jeunes dans la prise des décisions, le SG de l’institution panafricaine a ajouté: «Ce qui est fait pour nous, sans nous, est fait contre nous». Khadim Diop, président du Conseil de la jeunesse au Sénégal, œuvre pour asseoir la paix et la sécurité dans son pays. Ce dernier, considérant que la paix ne peut avoir lieu qu’avec la participation des jeunes, a tenu à partager ce qu’il fait pour sensibiliser les siens. «Lorsque nous constatons des grèves dans des lycées, nous nous approchons des leaders pour leur apprendre d’autres formes de lutte. Notre objectif est de former des médiateurs de la paix», a fait savoir cet ambassadeur de la paix.

Développer l’agroalimentaire pour nourrir les Africains

Nourrir les Africains, au regard de la croissance démographique que connaît le continent, est un autre sujet qui presse. En effet, selon les indicateurs qui ont été présentés lors d’un tour de table portant sur «l’agro-industrie, au cœur d’une croissance durable et solidaire», dans 30 ans, l’Afrique aura à nourrir le double de sa population actuelle. «Alors que l’Afrique pourrait nourrir le monde entier, il continue d’importer plus de 35 milliards de dollars de produits alimentaires net par an. Ce qui représente un déficit commercial de 23 milliards de dollars», a souligné Mohammed Sadiki, secrétaire général du ministère de l’agriculture. C’est sur la base de ce constat qu’il a été proposé de renforcer la filière de l’agro-industrie. «Tandis que l’agriculture emploie entre 60% et 80% de la population africaine, sa part dans le PIB varie à peine de 20% à 30%», selon M. Sadiki. De plus, le taux de transformation des produits agricoles ne dépasse pas les 17% en Afrique. Dans ce sens, l’expérience marocaine en la matière a été exposée. Elle s’appuie sur l’agrégation, qui est une mesure de contractualisation entre les grandes entreprises d’agroalimentaire et les petits agriculteurs. «L’agrégation permet aux grands agro-industriels d’assurer l’approvisionnement des matières premières, d’une part, et aux petits agriculteurs d’écouler leurs productions, d’autre part», nous a expliqué Mohammed Sadiki. Selon ce dernier, «cette mesure a donné des fruits, puisque plusieurs filières sont complètement intégrées, comme le lait, le sucre, les agrumes, entre autres».

Repenser les systèmes de santé en Afrique

La santé a également été un des sujets majeurs lors de cette 5e édition. C’était lors d’un panel intergouvernemental, tenu le 17 mars, auquel Anas Doukkali, ministre de la santé, a pris part avec d’autres responsables politiques africains, chargés de la santé, pour partager les expériences de leurs pays. A l’issue des échanges, une déclaration a été rendue publique par le ministre de la santé. Cette dernière appelle à repenser les systèmes de santé en Afrique, et ce, à travers 7 axes «atteignables d’ici 5 ans». Présentés sous forme d’engagements, ces axes portent sur: l’accès effectif aux services de santé pour au moins 75% des Africains ; lutter contre la mortalité maternelle et infantile ; innover en matière de financement du système de santé, à travers, notamment, la taxation des entreprises commercialisant des produits nuisibles pour la santé, tel que le sucre, l’alcool, le tabac, entre autres; le renforcement de l’action de l’agence africaine du médicament ; la mise en place d’un système de vigilance épidémiologique, permettant les échanges de formation et d’harmonisation des protocoles de riposte; favoriser la télémédecine ciblant les populations vulnérables ; la valorisation des RH pour assurer la qualité des prestations.

En marge des travaux du forum, une visite a été organisée à Dakhla Learning Center, un centre de renforcement des compétences des jeunes de la ville. Financé par la fondation Phosboucraa, ce centre a accueilli 500 jeunes, depuis sa création en 2016. Les jeunes, sur 6 mois, bénéficient de formations pratiques sur le self-marketing, l’efficacité professionnelle ainsi que celle personnelle. Objectif : avoir un accès «facile» au marché de l’emploi.