Qui est réellement Salaheddine Mezouar ?

De la clandestinité au 23 mars à  la présidence du RNI. Militant dans le mouvement basiste, puis du 23 mars ainsi qu’au sein de l’UNEM et l’UMT, il rompt avec la politique à  la fin des années 80.

Salaheddine Mezouar, réélu président du RNI au score sans appel de 1 928 voix contre 115 pour Rachid Sassi, son rival, est tout sauf un novice en politique. Entre ses premiers pas, alors lycéen à Tanger, dans le mouvement basiste (Qaîdiyyine) d’extrême gauche, puis militant dans celui du 23 mars, devenu plus tard OADP, ensuite PSU, le président du RNI a parcouru bien du chemin. Ce sont près de deux décennies passées en politique, depuis le début des années 70 lorsqu’il a été initié par l’un de ses frères alors dirigeant du PLS (aujourd’hui PPS), jusqu’à la fin des années 80, au cours desquelles il a également fait partie du syndicat estudiantin UNEM et a fondé l’antenne locale à Tanger de la jeunesse UMT. Une période riche à laquelle il a décidé un jour de mettre fin parce que «d’un côté, le travail dans la clandestinité n’était pas efficace et n’avait aucune chance d’aboutir. Ensuite, la pensée marxiste-léniniste était très restrictive et ne cadrait pas du tout avec la société marocaine», se souvient-il.

Il a fait partie de l’équipe nationale de Basket-ball

Mais un homme aussi dynamique ne saurait renoncer aussi facilement à l’action et à l’activisme. On le retrouvera ainsi dans le milieu sportif où il évoluait en tant qu’athlète de niveau international : il a joué pendant deux saisons au sein l’équipe nationale de basket-ball et de nombreuses années pour l’équipe tangéroise de l’IRT. On le retrouvera également pendant des années dans le milieu associatif en intégrant au début des années 90 l’Amith dont il devient président en 2002. C’est à cette même époque qu’il a été élu pour la première fois au comité central du RNI, parti au nom duquel il a été élu vice-président de la Chambre de commerce (CCIS) de Settat. C’est également sous les couleurs du RNI qu’il entre, en 2004, au gouvernement Jettou comme ministre du commerce et d’industrie puis en 2007 dans celui d’El Fassi comme ministre de l’économie et des finances.
Ce natif de Meknès, en 1953, d’une fratrie de onze frères et sœurs et d’une famille «où la religion est très présente, la tradition est fortement ancrée mais qui a élevé ses enfants dans la tolérance et l’ouverture» a tenu à garder cet équilibre «très bénéfique» de piété et d’ouverture dans sa vie et sa vision des choses. Parti dès son jeune âge à Tanger, il a accompli sa scolarité jusqu’au baccalauréat, en lettres modernes, qu’il décroche en 1974. «Je suis un pur produit de l’enseignement public et cette formation a fait de moi un parfait bilingue», tient-il à préciser. Tanger, «cette ville cosmopolite, ouverte sur le monde» a fait de lui également un parfait hispanophone.
Après son bac, Mezouar s’envole, comme beaucoup d’autres jeunes Marocains en ce temps-là, pour Grenoble où il a entamé des études d’économie grâce à une bourse de l’Etat marocain. Une fois diplômé, il rentre au Maroc au début des années 80 et débute sa carrière professionnelle d’abord à la Régie de distribution d’eau et d’électricité de Rabat, ensuite à celle de Tanger. Il n’a pas pour autant renoncé aux études puisqu’il est aussi lauréat du cycle supérieur de l’ISCAE et a suivi un programme de management avancé à l’INSEAD (Instit européen d’administration des affaires).
Côté professionnel, après la régie de Tanger (Tanger), il s’expatrie en Tunisie pendant deux ans pour travailler dans une société franco-tunisienne, avant de rentrer de nouveau au Maroc et intégrer l’ODEP où il a exercé pendant quatre ans en tant que chargé de mission. De l’ODEP, il passe de nouveau au secteur privé et intègre TAVEX, société espagnole de textile basée à Settat, pour laquelle il a travaillé pendant 13 ans en tant que directeur général de la filiale marocaine, puis directeur commercial de tout le groupe dans la région Maroc Afrique et Moyen-Orient. L’aisance sur le terrain et la capacité à convaincre développées dans ce poste lui seront, plus tard, d’une grande utilité.

Faire du RNI le plus grand parti du Maroc

C’est donc un manager doublé d’un sportif de haut niveau qui, en moins de dix ans, a su gravir rapidement la hiérarchie de son parti en en devenant le président en janvier 2010. Une réussite pourtant au goût d’inachevé. C’est pour cela qu’il a tenu à organiser le plus tôt possible, malgré certaines réticences, le congrès du RNI. Ce même congrès qui a consacré sa pleine légitimité de président du RNI, la nuit de samedi 28 à dimanche 29 avril. Car, en convient-il, «être élu par un congrès n’est pas du tout la même chose qu’être désigné par un conseil national de parti».
Cependant, Mezouar (littéralement «premier» en amazigh) se veut avant tout un homme de convictions. «Je ne suis pas venu au RNI pour être président, mais pour en faire un grand parti», confie-t-il.
Salaheddine Mezouar découvre une autre sensation en novembre de l’année dernière, celle qu’éprouve un élu du peuple. «Tant qu’on n’a pas été élu député, on ne peut pas comprendre l’importance d’être dépositaire de la confiance de la population». Il est d’ailleurs l’un des rares chefs de partis politiques à bénéficier de cette légitimité électorale. C’est une expérience «particulière et exceptionnelle» à laquelle sa ville natale de Meknès lui permet de goûter. Et il compte bien le lui rendre. «Mon ambition est de faire de cette ville une attraction culturelle et pour les investissements», dit-il. «Si j’arrive à la concrétiser en ces quatre prochaines années, j’aurai la conscience tranquille». C’est tout un programme. S’investir à fond dans le développement et la création d’emplois dans une ville longtemps marginalisée comme Meknès n’est pas une simple affaire. Peu lui importe, l’effort à consentir, puisqu’il sait ce qu’il veut. «Je veux aider à ce que le rayonnement de Meknès ne soit pas seulement national mais qu’il dépasse les frontières».