Portrait de Fouad El Bernoussi, fondateur de la première entreprise moderne d’artisanat au Maroc

Après avoir ouvert un atelier de tapis à Salé en 1988, il fonde Artco avec un associé en 1992 grâce à un crédit Jeune promoteur de 500000DH. Son idée, créer des tapis personnalisés faits main, a du succès chez les particuliers, les grandes entreprises, les ambassades et les hôtels de luxe. Les pays du Golfe sont dans le viseur. Artco a ouvert un magasin à Doha au Qatar, en 2018, et compte dupliquer le projet au Koweït, en 2019.

Fils d’un fonctionnaire du ministère de l’intérieur décédé quand il avait 13 ans, Fouad El Bernoussi a été élevé avec ses 6 frères et sœurs par sa mère, femme au foyer avec la maigre retraite de son père, confiera-t-il. Ce qui ne l’a pas empêché d’avoir de grandes ambitions au même titre que ses frères et sœurs dont deux sont devenus médecins, un expert comptable et deux professeurs universitaires. Lui choisira de devenir entrepreneur. Après des études supérieures à l’Université des sciences économiques et sociales de Grenoble achevées en 1987, il rentre au Maroc et cherche un emploi. «J’avais deux choix: la banque ou l’enseignement, avec des salaires qui n’étaient pas à la hauteur de mes espérances. J’ai donc pensé à l’entrepreneuriat. Après quelques mois de réflexion, des projets ont mûri dans mon esprit mais le financement demeurait un obstacle», explique M. El Bernoussi. Un jour, par pur hasard, ce passionné de la chasse au gibier assiste à la sortie des employés d’une unité de production de tapis artisanal et rencontre le gérant qu’il interpelle par rapport aux techniques de production, de commercialisation, d’approvisionnement en matière première et aux différents problèmes du secteur. «Cet entretien ainsi que la vision optimiste de cet entrepreneur m’ont encouragé à lancer une étude de faisabilité. J’ai compris que le secteur vivait des moments difficiles, mais je percevais déjà des pistes d’améliorations», déclare-t-il. L’aventure démarre à Salé en 1988 avec un petit atelier de tapis artisanal rbati. En trois ans, l’effectif est passé de 6 à 100 personnes. «Cette première expérience qui a duré 4 ans m’a permis de connaître la réalité du marché du tapis traditionnel marocain, les problèmes du secteur, à savoir le turn-over élevé, le manque de respect des délais de livraison et des dimensions demandées par le client et la disponibilité de la matière première de qualité utilisée dans le tapis… Tout cela m’a mené à réfléchir à créer une entreprise structurée, plus moderne avec une main-d’œuvre déclarée à la CNSS», affirme M. El Bernoussi.

Vice-président du conseil d’administration de la Banque Populaire Rabat

Etant arrivés à une période où le tapis était déjà en déclin (les exportations de tapis étaient estimées à un million de m2 par an vers la fin des années 1970-début 1980), les fondateurs d’Artco, M. El Bernoussi (en charge du pôle client et marketing) et son associé Azzeddine Krafssi (qui s’occupe de la production et des outils techniques), ont eu du mal à avoir accès au financement bancaire. «Au début de l’aventure en 1992, nous avons bataillé pendant deux ans pour obtenir un financement bancaire. Finalement, c’est la Banque Populaire qui nous a accordé un crédit jeune promoteur de 500000 DH», rappelle-t-il. Comme quoi, tous les bénéficiaires de cette formule de financement ne sont pas de mauvais gestionnaires.
Aujourd’hui, Fouad El Bernoussi est vice-président du conseil d’administration de la BP Rabat. Ce père de trois enfants, très réfléchi dans ses décisions, s’est attaqué à un marché du tapis moderne dominé, à l’époque, par les importations chinoises mais aussi françaises. L’entreprise quitte le petit atelier de Salé et aménage dans le quartier de l’artisanat d’El Oulja en 1998. «Notre technique de production basée sur la broderie par pistolet était une alternative au tapis noué main. Ce qui nous permettait de respecter les délais de livraison et la taille réelle demandée par le client, y compris la personnalisation de tapis. Tout cela était impossible à réaliser avec les techniques traditionnelles. Nous avons opté pour une matière première de bonne qualité, la laine Woolmark et nous avons obtenu en 2003 la certification ISO 9001 pour le respect de nos engagements auprès de nos clients», explique-t-il.

A partir de 2006, Artco s’équipe d’un système d’information SAP business one pour la maîtrise des bases de données et le suivi en temps réel de la production. Plus récemment, tous ses tapis de puces (système RFID) permettent de garantir l’authenticité du tapis et la traçabilité de toutes les étapes de fabrication. La société est aussi une grande consommatrice de conseil, coaching et formation et consacre 5% de son chiffre d’affaires à la communication. «Fouad est très persévérant et dynamique et a constamment besoin de s’occuper. A Artco, il travaille avec son associé dans la sérénité totale. Ils se connaissent suffisamment pour que chacun délimite sa mission et ses actions pour le succès de l’entreprise», commente son épouse Meriem Sbihi, enseignante à HEM et consultante au cabinet Cercle RH.

Aujourd’hui, l’entreprise réalise 60% de son chiffre d’affaires grâce aux particuliers et 40% par le biais du BtoB. Les sols des ambassades, ministères, organismes privés et publics mais aussi des hôtels de luxe et Resorts comme la Mamounia, le Fairmont Royal Palm, le Selman et Sofitel… sont couverts de tapis Artco. A l’export, la PME de 176 salariés, dont 66 ouvriers, se tourne vers les pays du Golfe après deux expériences difficiles en France et en Espagne.

Un homme d’affaires qui a la fibre sociale

«Le tapis en Europe n’est pas culturel et les superficies sont trop petites. La superficie moyenne d’un tapis en France est de 3,5 m, un pays où nous avions beaucoup de clients très exigents alors qu’au Maroc, elle est de 7,20 m. Le chiffre d’affaires réalisé en France ne récompensait pas l’effort fourni alors qu’il existe une forte demande au Maroc. Au Moyen-Orient, les superficies moyennes sont beaucoup plus grandes», précise-t-il. C’est la raison pour laquelle le fondateur d’Artco décide de se recentrer sur le Maroc et de s’exporter à Doha au Qatar où il a ouvert un magasin de vente et de conseil courant 2018. Une structure identique sera implantée au Koweït en janvier 2019. «Nous prévoyons également de développer la marque en Arabie Saoudite, aux Emirats Arabes Unis et au Sultanat d’Oman. En Afrique subsaharienne, nous comptons déployer le système de franchisés Artco», dévoile-t-il. Selon son ami Ahmed Belahsen, DG du centre d’appel MCC et fondateur de Webhelp, M. El Bernoussi est très à l’écoute et toujours en avance sur la concurrence. «Il est aussi très fidèle en amitié et généreux dans l’accompagnement et le partage. Il m’inspire beaucoup dans mon travail et demeure très visionnaire. Il a été mon premier client dans Maroc Cloud que j’ai créé il y a 4 ans. Aujourd’hui, Maroc Cloud a atteint 600 clients», remarque M. Belahsen.

L’entreprise vise à réaliser 30 à 40% de son chiffre d’affaires à l’export. Fouad El Bernoussi prépare déjà son fils de 16 ans, Rayan, pour reprendre, après ses études, le flambeau de la société. Inscrit au lycée Descartes, il passera son stage d’immersion chez Artco.
Mais il se projette déjà dans un poste de responsabilité dans l’entreprise. «Rayan est très admiratif du chemin réalisé par son père. Il veut suivre ses traces. Malgré ses nombreux déplacements, il demeure un père aimant proche de ses enfants et très présent qualitativement», témoigne Mme El Bernoussi. Très apprécié également par ses collaborateurs de par son côté humain, ce féru de sport et de natation espère introduire Artco en bourse et consacrer 10 à 15% des actions de l’entreprise à ses salariés. Une manière de les récompenser pour le travail de longue haleine accompli. Son côté humain s’est aussi manifesté par sa contribution à l’amélioration des conditions de vie des habitants de sa région d’origine, Taza. Ce serial entrepreneur, également propriétaire de la Master franchise de luminaire Eglo, est membre du bureau de l’association de développement du Grand Taza. «Nous avons mené plusieurs actions pour la ville telles que des caravanes médicales permettant de traiter jusqu’à 2000 personnes. Nous avons également organisé des opérations de grand froid et nous avons inauguré la première école de préscolaire à Taza», dit non sans fierté Fouad El Bernoussi. Une manière de rendre à sa région natale un peu de ce qu’elle lui a donné.