Monsieur énergies renouvelables

Après le Bac, il voulait faire des études de vétérinaire, il en sera autrement avec un diplôme d’ingénieur
en énergétique et un master dans le même créneau.
Il commence sa carrière au ministère
de l’énergie et des mines
en 1989 pour un salaire de 5 000 DH.
Après avoir travaillé dans le privé, il lance
son bureau de conseil
en énergie.
En mars 2009, il devient patron du CDER.

Saïd Mouline, qui vient d’être nommé à la tête du Centre de développement des énergies renouvelables (CDER), est un homme doublement heureux. D’abord parce qu’il s’occupe d’un sujet qui le passionne et ensuite parce que le fait d’hériter des commandes de cet organisme est un couronnement de carrière. Il y a quelques années, il y avait fait un passage en tant que directeur scientifique et technique, appelé à ce poste par Ali Fassi Fihri, qui venait d’être porté à la direction générale du même centre.
Saïd Mouline est né à Rabat en 1963. Il est le cadet de ses trois frères et de l’unique sœur de la famille. De son enfance, il est peu disert, mais il se rappelle qu’il a commencé à s’intéresser très tôt à la futurologie et aux nouvelles technologies. Il lit Mehdi El Mandjra et il est très marqué par les questions relevant de l’environnement. Cela ne l’empêchera pas d’avoir une scolarité classique. Après un Bac «D» au lycée Descartes, en 1981,  il pense d’abord embrasser le métier de vétérinaire. Mais il comprend vite que sa vocation l’appelle ailleurs et, après un moment d’hésitation, il s’inscrit la même année à l’université de Saint-Etienne pour une maîtrise en physique et en énergie. Mais l’hésitation ne le lâche pas. Pour la suite, il postulera à la fois à l’Ecole des mines de la ville et à l’université de Grenoble de l’énergie. C’est au sein de cette dernière qu’il décrochera finalement son diplôme d’ingénieur en énergétique, spécialité «génie atomique». Le tout couronné, en fin de cursus, par un stage d’une année à EDF pour s’initier aux principes de la sécurité dans le nucléaire. Il se rappelle du débat qui faisait rage en Europe entre ceux qui défendaient le nucléaire et ceux qui mettaient à l’index le danger  qu’il représente. C’est à cette époque que le monde va être horrifié par l’accident de Tchernobyl survenu le 26 avril 1986. Mais Saïd Mouline veut aller plus loin. Il sent qu’il doit en savoir plus sur la discipline qu’il a choisie. Une bourse marocaine lui permet de se payer des cours dans une université américaine de Pensylvanie (Philadelphie) pour un master.

Crise pétrolière, émergence de l’éolien et du solaire…, il a vécu une large expérience
Après une année au pays de l’Oncle Sam, il décide de rentrer au bercail. Au Maroc, il se rend compte qu’il ne connaît rien sur la problématique de l’énergie de son propre pays. Pour réparer cette absurdité, il postule à un poste au ministère de l’énergie, justement. Son recrutement pour un premier salaire de 5 000 DH en 1989 – cela le fait sourire – va coïncider avec le lancement d’un programme de modélisation de la consommation de l’énergie et de son évolution dans le pays qui avait été financé par l’USAID. Une année après, et alors que la problématique du délestage va devenir d’actualité dans le Royaume, il rejoint le cabinet du ministre de l’énergie de l’époque, Driss Alaoui M’Daghri, pour plancher sur le dossier du gaz et des énergies renouvelables et la réflexion de la manière de traiter la question de la subvention du prix du gaz. Nous sommes en 1992 et la guerre du Golfe arrive pour mettre en difficulté le Maroc qui s’approvisionnait, justement, dans ces deux pays. Il fallait faire vite pour affronter l’embargo tout en gérant les stocks de sécurité. Et c’est l’Arabie Saoudite qui va venir au secours du Maroc en prenant le relais des deux pays en guerre.
Saïd Mouline en choisissant de travailler au département de l’énergie savait, toutefois, qu’il n’y ferait pas carrière. A la fin de l’année 1992, il accepte le poste de directeur scientifique et technique au CDER. Le centre qui avait démarré en 1982 s’occupait des chantiers du photovoltaïque et de l’éolien, ce qui en a fait le partenaire tout indiqué pour les projets d’électrification rurale décentralisée. Il aura d’ailleurs été derrière l’idée d’introduire, après les mensualités, les cartes prépayées dans la consommation de l’énergie.
C’est à partir de cette époque que les énergies renouvelables deviennent le sujet de prédilection de Saïd Mouline et qu’il va l’explorer sous plusieurs angles, entre autres celui de la réflexion et la préparation du fameux objectif  de produire pas moins de 20% de nos besoins alors que nous n’en sommes aujourd’hui qu’à la moitié (10%).

Il est également président de la commission environnement à la CGEM
Mais Saïd Mouline a aussi la fibre du business. Après son passage au CDER entre 1992 et 1996, il travaille pour Gren, entreprise privée spécialisée, car l’énergie propre est une question de conseil aux entreprises pour mieux produire, pour consommer moins d’énergie et tout simplement un des moyens les plus sûrs de devenir plus compétitifs.
De là, Saïd Mouline va créer sa propre entreprise, d’abord sans quitter Gren puis en s’y consacrant un moment. Diez consulting, c’est le nom du bureau de conseil, décroche des contrats d’ONG ou de la Banque mondiale et pas seulement au Maroc puisqu’il partira au Mali et au Gabon pour des missions commandées sur les problématiques des énergies renouvelables.
En 2007, c’est Mostafa Terrab, nommé patron de l’Office chérifien des phosphates (OCP), qu’il a connu d’abord aux USA, qui a recours à ses services pour une mission dont l’esprit est de déterminer les points noirs et mettre en œuvre une politique pour la mesure des émissions en carbone, la stratégie d’économie en eau et énergie, mais aussi de redresser l’image de l’OCP qui traîne une image de pollueur qui peut avoir des conséquences incalculables pour le business du groupe international qu’il est. Un chantier qu’il n’aura pas le temps d’achever. Il y a quelques semaines, il fut appelé à diriger le CDER avec les défis que l’on sait et avec la perspective de voir cet organisme devenir rapidement une agence pour avoir les moyens de ses ambitions (avec un budget de 20 millions de DH en 2009, cela paraît improbable). D’ailleurs, un fonds énergétique  a d’ores et déjà été constitué et doté d’un milliard de DH pour s’investir dans l’efficacité énergétique et de développement des énergies propres. Saïd Mouline s’est aussi impliqué dans le monde associatif en présidant l’Amisol mais aussi à la CGEM où il préside la commission «environnement».