Il rêve de voir le Maroc devenir une plateforme d’offshoring pour le e-learning

Passionné de langues, Oussama Esmili a pourtant préféré suivre un cursus d’économie internationale. Il a créé une fondation pour l’alphabétisation et produit des émissions éducatives pour la SNRT avant de se lancer dans le e-learning avec succès. Après IDEO Factory présente au Maroc, en Algérie, en Côte-d’Ivoire et au Sénégal, il crée Novojob avec laquelle il souhaite accompagner les entreprises pour former et fidéliser leurs talents.

Oussama Esmili, DG d’IDEO Factory, est accueillant, humble et agréable. Il nous reçoit dans son bureau au 3e étage d’un immeuble en plein centre-ville qui a vu passer les rédactions de deux journaux de la place au moment de l’euphorie des années 2000. M. Esmili a choisi, pour sa part, d’y installer IDEO Factory, une entreprise spécialisée dans le e-learning. Ce quarantenaire, père de deux enfants et issu d’une famille d’universitaires de gauche, a opté pour des études en économie internationale à la Sorbonne, contrairement à ses parents qui ont eux suivi des cursus en linguistique. Il héritera d’eux leurs goûts pour la littérature et étudiera le japonais et le wolof (dialecte sénégalais) et s’essayera même au tifinagh. «J’ai obtenu une bourse du gouvernement japonais en 1998 pour mieux étudier la langue et la culture du pays. Des études que j’ai entamées en 1995. C’est une société qui a su protéger ses traditions dans un milieu résolument moderne. Au regard du wolof, j’ai toujours été intéressé par la culture et la civilisation d’Afrique de l’Ouest. Ce qui m’a amené à maîtriser la langue et le mode de vie sahélo-sahariens», déclare M. Esmili.

Ce choix sera judicieux, puisque le développement d’IDEO Factory le mènera au Sénégal et en Côte-d’Ivoire où il ouvre des représentations. Connaissant la langue et la culture de la région, Oussama Esmili dira lui-même qu’il est mieux perçu par les gens du pays. Pour Hicham Allali, co-fondateur du cabinet Phoenix Partners et ami de M. Esmili depuis plus de 30 ans, le DG d’IDEO Factory reste aussi très attaché à sa langue natale. «Il accorde énormément d’importance à l’arabe classique et tient à ce que ses enfants la maîtrisent», témoigne M. Allali. Sa méthode inspirée du linguiste syrien Abdellah Damman consiste à choisir un interlocuteur permanent: un étudiant universitaire. «Ses deux enfants, inscrits à la Mission française, jouissent par conséquent d’un très bon niveau en arabe classique», dira M. Allali. Pendant une période de sa vie, ce virtuose du luth fait des langues et de la culture son métier.

Il mène le combat contre l’analphabétisme et la déscolarisation

Après 4 ans dans le déploiement de projets informatiques dans des entreprises en France, M. Esmili rentre au Maroc en 2003 et participe à la création d’une chaîne éducative pour la SNRT qui a finalement donné lieu à Arrabia. En 2004, il crée la Fondation Alif Lam pour l’alphabétisation et la culture. «L’objectif était de porter sur le terrain le combat de la lutte contre l’analphabétisme et la déscolarisation. Nous avons mené plusieurs actions accompagnées par le ministère de l’éducation nationale, telles que la tournée d’une troupe de théâtre composée de 70 personnes dans tout le Maroc. Elle a sillonné le pays de village en village pendant deux ans pour présenter des spectacles qui incitent à l’alphabétisation», se souvient-il. Et de renchérir, nostalgique, dans le cadre d’un programme d’alphabétisation familial de la fondation, que les lycéens sont devenus tuteurs de leurs parents.
En parallèle, M. Esmili produit pour la SNRT une émission de télévision, «Double Click», qui vise à vulgariser les nouvelles technologies pour les jeunes et une seconde axée sur le théâtre au Maroc. La Fondation Alif Lam s’arrêtera pour laisser place à son projet IDEO Factory. Il sera lancé en 2006 au Technopark de Casablanca encouragé par deux facteurs. «On était dans une ère où les process d’une entreprise sont transformés par le numérique. De plus, le mouvement d’intégration des TIC à l’école parallèlement au programme Génie du ministère de l’éducation (lancement de programmes éducatifs multi-médias dans les écoles) ont corroboré notre orientation vers ce domaine», explique-t-il.

Il travaille avec de grands comptes locaux et essaime en Afrique

Le e-learning permet aujourd’hui de former plus de collaborateurs, bien qu’ils soient dispersés géographiquement, de manière efficace à moindre coût. Les entreprises sont preneuses. IDEO Factory, qui emploie une trentaine de collaborateurs dans ses bureaux de Casablanca, en Algérie (ouvert il y a 5 ans où il jouit d’un grand potentiel), au Sénégal et en Côte-d’Ivoire a déjà des références telles que Attijariwafa bank, RAM, Maroc Telecom et SEAAL (Société des eaux et de l’assainissement d’Alger)… Récemment, la PME, qui connaît une croissance annuelle du chiffre d’affaires de 40 à 50%, a décroché un contrat avec le ministère de l’agriculture qui lance DepAgri Academy. «Les administrations demeurent précurseurs de la transformation digitale. Ce projet permettra de former tous les fonctionnaires du ministère y compris les directions régionales dans le management, la bureautique mais aussi des sujets précis liés à leur domaine», précise M. Esmili qui rêve de voir le Maroc devenir une plateforme d’offshoring pour le e-learning européen et nord-américain.
En 2017, il lance le site de recrutement Novojob. «Tout en étant très positif avec un esprit particulièrement ouvert, Oussama cumule les actions en simultané. Il peut entamer plusieurs travaux à la fois, ce qui se répercute sur sa gestion de stress. Son grand sens de la responsabilité n’arrange pas la situation. Mais il arrive à se détendre grâce à la musique», témoigne son épouse Abla Benbachir, psychologue clinicienne. Son nouveau challenge est d’attirer les nouveaux talents pour les entreprises. Grâce à Novojob, la plateforme RH panafricaine, il aspire à aider les entreprises à intégrer les nouvelles recrues, contribuer à les fidéliser et monter en compétence. Selon Hicham Allali, M. Esmili a recruté très tôt et fidélisé ses collaborateurs dans une économie marocaine caractérisée par des délais de paiement très longs. «Il a beaucoup supporté en silence et a toujours été poussé par la volonté de réussir. Je lui ai conseillé de ne pas se disperser», ajoute M. Allali. Le DG d’IDEO Factory a préféré se diversifier malgré l’absence de concurrent de taille capable de développer des formations de e-learning à la demande. Ce n’est pas pour rien s’il fait partie des 100 personnalités les plus influentes dans le e-learning en Afrique, selon un classement publié par l’agence londonienne Bob Little Press & PR.