Hassan Rehioui, une mémoire vivante du secteur minier

Ex-cadre au ministère de l’énergie et des mines dans plusieurs régions et responsable de la géologie dans deux grandes entreprises minières, Hassan Rehioui a passé une grande partie de sa vie à la découverte des mines. Parti en retraite anticipée en 1997, l’ingénieur géologue propose depuis plus de deux décennies ses services d’expert aux entreprises minières nationales et internationales.

Du haut de ses 69 ans et malgré la maladie, il reste infatigable. Lui, c’est Hassan Rehioui, ex-cadre du ministère de l’énergie et des mines dans plusieurs régions du Royaume (Laâyoune, Meknès, Oujda), responsable de la géologie auprès de plusieurs entreprises minières nationales (CDM à Jerada et CMT à Touissit), conseiller depuis 1998 auprès de plusieurs investisseurs et opérateurs miniers nationaux et internationaux, auteur de plusieurs études et rapports d’expertise géologique… Autant de casquettes qui font de Hassan Rehioui une mémoire vivante du secteur minier au Maroc, mais pas que. Aujourd’hui encore, le presque septuagénaire se veut un chantre de la modernisation du secteur minier et le soutien aux PME minières, et n’hésite pas à rédiger des notes à l’adresse des décideurs dans le secteur minier, afin de proposer des pistes de réformes à même de tirer le secteur hors phosphate vers le haut ou relancer l’activité minière à Jerada.    (A Lire aussi :  Hassan Rehioui, passe au peigne fin les dysfonctionnements du secteur minier)

Premier délégué des mines au Sahara

Né le 11 juillet 1951 à Amellago aux fins fonds du Haut-Atlas, pas loin d’Imilchil, Hassan Rehioui est diplômé, en 1976, de la prestigieuse Ecole nationale supérieure de géologie et de prospection minière de Nancy, tout comme Amina Benkhdara, l’actuelle patronne de l’ONHYM. Sitôt diplômé, l’ingénieur géologue rentre au bercail pour rejoindre l’administration. Première fonction clé: coordinateur du projet du Moyen-Atlas plissé pour inventorier les gîtes minéraux, en 1977. Une année plus tard, Rehioui est nommé chef de service de la géologie à Meknès. Quand le ministre de l’époque, Moussa Saadi, rassemble ses cadres pour leur proposer un poste à Laâyoune où le département de l’énergie et des mines n’était pas encore représenté, Hassan Rehioui se porte volontaire.

«Je ne suis pas trop à l’aise dans les bureaux, j’aime plutôt les missions de terrain», déclare-t-il. En pleine guerre avec le Polisario, l’ingénieur géologue va non seulement monter une délégation avec les moyens du bord, mais offrir son expertise aux Forces Armées Royales. «J’ai été profondément marqué par les offensives des séparatistes et les nombreux soldats tombés en martyr du fait de la méconnaissance du terrain. Dès lors, j’ai décidé en concertation avec le ministre de concevoir des cartes de zoning militaire, à partir des travaux d’une société pétrolière que j’ai trouvés dans les archives du ministère», se remémore Rehioui. Mobilité, points d’eau, cavernes servant de caches d’armes…. L’ingénieur géologue livre les cartes au commandant Zouhri, aujourd’hui général des FAR.

Au bout de trois ans, en 1980, Hassan Rehioui quitte le Sahara, après avoir fondé avec succès la première délégation de l’énergie et des mines dans les provinces du Sud. En signe de reconnaissance à son travail accompli avec brio, trois postes lui seront présentés par son ministère de tutelle, cela sans compter une opportunité dans le privé.
Contre toute attente, le lauréat de l’ENSG de Nancy décline ces offres alléchantes, jetant son dévolu encore fois sur une mission de terrain, loin des bureaux et des sièges. En janvier 1981, il sera affecté suite à sa demande aux Charbonnages du Maroc (CDM) à Jerada, comme chef du département recherche et exploration. «Je me présente toujours comme diplômé de l’école de Jerada. J’ai beaucoup appris dans cette mine et j’ai surtout été témoin de la mauvaise gestion qui a abouti à sa fermeture», raconte Rehioui, qui connaît la mine de Jerada comme sa poche.

Témoin de la mauvaise gestion de la mine de Jerada

Durant ses neuf années de service dans cette mine, le natif de l’Atlas gravira les échelons pour devenir directeur de la géologie minière et du développement, mais gardera tout de même un souvenir amer de cette expérience. Absence de vision du top management, problèmes de gouvernance, négligence de la recherche minière …. Dès ses premiers mois, Hassan Rehioui observe, stupéfait, les nombreuses tares et anomalies dans la gestion quotidienne de CDM. «La recherche minière avait été négligée, à telle enseigne qu’on s’est retrouvé dans les années 80 avec des réserves de 9 millions de tonnes seulement. Comble de l’absurde, la géologie a été confiée à des géomètres, sous prétexte que la mine n’en avait pas besoin», illustre-t-il.

Loin d’être découragé, le géologue œuvrera pour la valorisation de la fonction de la recherche et les études géologiques, en dotant la mine d’un service de géologie et d’une stratégie de recherche et de développement. Dans une note rédigée en 1992, Hassan Rehioui explore toutes les solutions à même de maintenir l’activité minière ou toute autre activité économique y afférente. Il y préconise la création d’un institut polytechnique de recherche appliquée du fait des spécificités faisant de Jerada un champ idéal pour la recherche, des investissements pour la reconnaissance du westphalien B pour la poursuite de l’exploitation, le lancement d’études pour l’exploitation de schistes charbonneux dans la production d’électricité, la transformation de la mine en lieu de stockage souterrain de déchets nucléaires ou en lieu de culture de champignons, la création d’une cimenterie qui pourra se fournir en matières premières localement (gisement de calcaires), ouverture de carrières de marbre et d’autres matériaux de construction… Des propositions pertinentes et toujours d’actualité, à en croire plusieurs observateurs locaux joint par La Vie éco.

Toujours dans l’Oriental, l’ingénieur se voit confié de nouvelles missions à la Compagnie minière de Touissit et à la délégation régionale, jusqu’à fin 1992, avant de revenir au siège du ministère. A Rabat, il occupera deux postes, à savoir conseiller technique de la direction de la géologie et chef de la division des laboratoires dans la même direction.
En août 1997, Hassan Rehioui part en retraite anticipée avec en ligne de mire l’entrepreneuriat. L’année suivante, il lance Tecmaris, un bureau d’études géologiques et minières, qu’il finira par céder en 2009 à un diamantaire. Depuis, le féru des mines enchaîne les missions en free-lance auprès des entreprises minières, comme le canadien Metalex Ventures, le sud-africain Phelps Dodge, ainsi que plusieurs PME marocaines. Du public au privé, le parcours atypique de Hassan Rehioui fait de lui une mémoire vivante des mines.