Abdelaziz Aftati, député PJD

Abdelaziz Aftati : D’une cellule islamiste clandestine à  la chasse aux « primes clandestines ». En 2009, il a soulevé un tollé, en sollicitant le soutien de l’ambassade de France au profit d’un conseiller communal du PJD. Le 18 juin dernier, il accusait le ministre des finances de bénéficier de primes « indues ».

«Je suis recherché ? On va m’arrêter», lance d’emblée le député d’Oujda, mi-sérieux mi-amusé, en guise de bonjour. C’est que ce dirigeant du PJD fait l’objet d’une demande d’ouverture d’enquête judiciaire, adressée, il y a quelques jours, par le ministre de l’intérieur à celui de la justice. Une intervention au Parlement, lundi 18 juin, l’a propulsé au cœur d’une polémique sur les primes du ministère des finances. «Les gens m’ont mal compris, je n’accuse personne, je ne fait que pointer du doigt une affaire de dilapidation des deniers publics», explique-t-il.

Ce n’est pourtant pas la première fois que ce fils d’une famille modeste, né dans les environs de Khénifra, le 25 décembre 1952 -et dont le père est un ancien résistant qui a intégré les Forces auxiliaires- évoque cette question des primes et fonds spéciaux du ministère des finances. Il avait déjà interpellé Fathallah Oualalou, ministre socialiste des finances dans le gouvernement Youssoufi, sur ce dossier lors d’une question orale, qui n’a pas fait de remous à l’époque. C’était lors de sa première élection au Parlement. Il est revenu à la charge, en mars dernier, lors d’une session de la commission parlementaire des finances, en posant la question à Nizar Baraka, alors que l’on se penchait sur le projet de Budget. S’il a fait rarement parler de lui, hormis ces sorties, Abdelaziz Aftati, est par contre, connu dans la ville d’Oujda, sa ville d’adoption, pour son sérieux, sa détermination et pour s’être accroché coûte que coûte à ses principes.

Enfant, les différentes affectations de son père l’ont amené à vivre à Tanger, puis à Meknès, avant que la famille ne s’installe définitivement à Oujda. C’est dans l’Oriental qu’il a poursuivi ses études primaires, secondaires et universitaires. C’est dans cette ville qu’il a côtoyé le mouvement islamiste alors qu’il n’était encore qu’au lycée.

Membre de la Chabiba islamiya

«A l’époque nous avions le choix entre intégrer le mouvement de gauche ou les cellules clandestines islamistes. C’était selon les fréquentations de chacun. Un jeune qui fréquentait les ciné-clubs avait toutes les chances d’échoir dans les rangs d’un mouvement de gauche, alors que celui qui fréquentait les mosquées est plus enclin à faire partie des recrues des mouvements islamistes. Cela dépend aussi du milieu familial de chacun». Et comme le jeune Abdelaziz évoluait plutôt dans une famille conservatrice et pieuse, il s’est logiquement retrouvé, au milieu des années 70, dans une cellule clandestine relevant de la Chabiba islamiya. Cela ne l’a pas empêché de suivre l’évolution de l’autre camp. «Jeune, j’ai été un lecteur assidu d’Al Mouharrir» (ndlr, quotidien arabophone édité par l’USFP).

Bref, de la clandestinité, il est passé à la semi-clandestinité pour sortir finalement au grand jour avec d’autres «frères» membres de l’organisation Al Islah Wa Attajdid, organisation dans laquelle ont évolué Abdelilah Benkirane, Abdellah Baha ou encore Mustapha El Khalfi. Aftati a été élu en 1994 membre du bureau exécutif de l’organisation. La suite est connue, il fait partie des fondateurs du Mouvement unicité et réforme (MUR), puis participe au projet d’intégration du mouvement dans le MPDC de feu El Khatib. Abdelaziz Aftati fait, ensuite, parti des neuf premiers islamistes du Parlement élus en 1997. La même année, il est élu membre du secrétariat général du parti.

Parallèlement, Abdelaziz Aftati mène un parcours scolaire et professionnel sans faute. Bachelier en 1979, en sciences expérimentales, il fait partie des toutes premières promotions de la Faculté des sciences de l’université fraîchement ouverte à Oujda. Après avoir décroché une licence en physique-chimie, quatre ans plus tard, il met les voiles pour la France où il décroche un doctorat national en chimie à Limoges.

«A cette époque très cruciale de l’histoire du Maroc, tout ce qui se passait dans le pays trouvait écho en France, principalement auprès de la communauté estudiantine». Malgré l’éloignement, le contact avec le mouvement islamiste n’a jamais cessé. Il va reprendre ses activités dans la section d’Oujda du mouvement qui a définitivement rompu les attaches avec l’association de Moutiî.

En 1987, il rejoint la même faculté des sciences, cette fois comme maître assistant. Il va de nouveau faire ses valises, en 1991, pour rejoindre l’université de Limoges pour préparer un doctorat d’Etat. Il rentre définitivement au Maroc en 1994 avec un titre de docteur en chimie minérale, matière qu’il va enseigner à la fac des sciences d’Oujda jusqu’au début de son deuxième mandat parlementaire (2007-2011). «Je ne pouvais plus concilier l’enseignement avec le mandat de député, j’ai donc fini par renoncer au premier. Peut-être qu’à la fin de l’actuel mandat je pourrais reprendre l’enseignement, mais, d’ici-là, la loi m’interdit dorénavant de cumuler les deux», explique-t-il. Sa profession lui ouvre également la voie de l’action syndicale.

Il représente la mouvance islamiste dans le syndicat de l’enseignement supérieur, SNE-Sup, depuis 1988. Il devient secrétaire régional du syndicat à Oujda pendant cinq ans et y assume, également, des responsabilités à l’échelle nationale.

Pendant tout ce temps, Abdelaziz Aftati se fait discret. Il fait parler de lui pour la première fois en 2009, au lendemain des élections communales. L’élection du bureau du Conseil de la ville d’Oujda a connu quelques échauffements entre les islamistes et leurs rivaux. Noureddine Boubker, avocat et conseiller communal PJD, se fait agresser, Aftati, qui devient lui aussi conseiller communal, pour la première fois, en 2009, écrit à l’ambassade de France.

Noureddine Boubker étant binational, Aftati souhaitait sensibiliser les autorités françaises pour lui apporter un soutien. Cette missive a soulevé un tollé général. Le gouvernement a réagi sévèrement et le PJD a dû faire le dos rond et conseiller à Aftati de démissionner du secrétariat général, le temps que les choses se calment…