A 42 ans, il laisse tomber un poste en or et devient un des géants de la pub

Chakir Fassi Fihri abandonne son poste de directeur de banque pour se lancer
dans l’aventure de la com’.
Il monte Saga communication en 1993 en empruntant 500 000 DH à  la banque.
Son chiffre d’affaires la première année : 5 MDH. Aujourd’hui,
le groupe Saga en réalise 300 millions.

Parcours doublement atypique que celui de Chakir Fassi Fihri, d’abord par la trajectoire de l’homme et ensuite par l’ampleur que prend l’entreprise qu’il crée en 1993, Saga communication puis Saga groupe, en à peine une douzaine d’années d’existence.

Quand on voit Chakir Fassi Fihri pour la première fois, on est frappé parson côté à la fois humain, presque fragile. Mais trèsvite on est étonné par son redoutable sens des affaires. En fait,ce faux calme est un vrai bûcheur, ce qui lui donne quelques-uns des ingrédientsdu succès qui est un fin alliage entre patience, intelligence, flair etdétermination.

Si les voies du Seigneur sont impénétrables, les chemins des hommes égalementsont difficiles à percer. Allez savoir quelle mouche a piqué ChakirFassi Fihri quand il quitte son poste de directeur central à la BMCE pouraller à l’aventure. Un homme bien établi avec un salairemirobolant, des avantages à faire pâlir un nabab (ou presque !)et qui se met en tête de créer sa propre entreprise. Quels risques,diriez-vous ? Eh bien, ceux de voir son niveau de vie baisser, de ne plus pouvoirrépondre à des besoins de confort…et celui, bien entendu, derater son coup, tout simplement. Sans compter qu’à 42 ans, en partantd’une situation privilégiée, on n’a pas spécialementenvie de refaire ses preuves. De plus, en quittant son poste, il n’avaitmême pas fait les «grosses» économies que sa situationde haut cadre bancaire laisse supposer, puisqu’il emprunte 500 000 DH pourdémarrer Saga communication. Quand on lui pose la question, aujourd’hui,il ne semble pas prendre la mesure du pari qu’il avait fait alors. Pourtoute réponse, il lâche tranquillement : «J’en avaisplein le dos d’être dans les rôles des seconds».

Il commence par travailler deux années avec NoureddineAyouch avant de rejoindre la BMCE
Mais avant d’en arriver là, le parcours de Chakir Fassi Fihri avaittout du long fleuve tranquille. Né en 1951 à Rabat, il va à l’écolePaul Cézanne puis au lycée Descartes où il obtient, en 1970,le «Bac philo» de l’époque. Parmi les choses qui l’ontmarqué, une grande admiration pour son grand-père chez qui il s’installeraentre 9 et 18 ans et…une «quasi dévotion» pour les bandesdessinées. Comme beaucoup de Marocains de sa génération,il vibre aux aventures de Blek le Roc, Zembla, Miki le ranger….et ce passage-là permettra,plus tard, une meilleure assimilation des classiques et de la littérature.Après le Bac, il choisit de rester au Maroc et s’oriente vers lessciences économiques. C’est ainsi qu’il obtient une maîtriseavant d’aller en France où il passera trois ans (entre 1974 et 1976)pour y décrocher un DES en «problèmes structurels de développement» puisdeux CES, l’un en recherche opérationnelle à la CNAM à Pariset l’autre en informatique appliquée à Versailles.
De retour au Maroc, il choisit de s’établir à Casablancaet c’est la rencontre avec Noureddine Ayouche avec qui il collabore à Shem’spendant deux années. Après cela, il choisit le secteur bancairealors qu’il avait des propositions de multinationales ou la possibilité d’avoirun poste de fonctionnaire au ministère des affaires étrangères.Il reste entre 1978 et 1993 à la BMCE où il finira directeur centralen charge du marketing et de la communication.

Ses premiers clients sont la BCM et ONA Immobilier et sonpremier chiffre d’affairessera de 5 millions de DH
On ne saura jamais si cette décision est subite ou réfléchie,même si tout laisse supposer qu’il a senti les opportunités à saisirdans un marché naissant et qui se professionnalise. Cependant, il s’agitlà d’un challenge car, en virant de bord et en abandonnant des avantages établiset garantis, ou presque, il part un peu à l’aventure. Il commencetout petit en louant un local de 40 m2 sur le boulevard d’Anfa et en embauchantquatre personnes. Mais ce qui va le rassurer c’est que ses deux premiersclients sont la BCM et ONA Immobilier. La première année, il réaliseun chiffre d’affaires de 5 millions de DH.
Aujourd’hui, le groupe Saga, qui emploie 110 personnes, voit son exerciceatteindre les 300 millions de DH. Mais l’agence de communication a, entretemps,fait des petits puisqu’elle a donné naissance à LTB, agence «servicesmarketing» en 1998, Capricorn One en 2000, et, récemment, CaratMaroc, une agence média, ainsi que Ma-TV, société de productiond’émissions de télévision pour les chaînes duMaghreb.

Quelle est la botte secrète de Chakir Fassi Fihri ? Ne comptez pas surlui pour vous la livrer, même s’il reconnaît volontiers quesans avoir de religion à ce propos, il fait un dosage entre une approcheparticipative et un zeste de paternalisme. Mais cela ne donne pas la formulemagique de la réussite car le reste, tout le reste, est à déployersur le terrain où il faut faire preuve de grande capacité d’adaptationet de sens de persuasion.

Chakir Fassi Fihri aime aussi à dire que si les affaires sont les affaires,il n’y a pas que l’argent dans la vie et que pour donner un sens à sonexistence, on se doit aussi de s’impliquer dans les problématiquessociales.

Et, dit-il, «ce ne sont pas là des mots en l’air car si j’ai été trésorierde l’Association de lutte contre le cancer, ce n’est pas un hasard.Et, pour moi, le fameux slogan qui est le fait de Saga pour la premièrecampagne de lutte contre la pauvreté, Unis pour aider les démunis,n’est pas une vaine formule»