Sahara : un mois d’avril sous le signe de l’exception

Alors que le Conseil de sécurité examine l’affaire du Sahara, les parties se réunissent pour un Genève III. Les deux proches voisins, également parties, l’Algérie et la Mauritanie, connaissent des changements politiques. L’écrasante majorité des Etats africains assistaient à une conférence au Maroc alors qu’en même temps Pretoria organisait une rencontre de solidarité avec le polisario.

Ce mois d’avril s’annonce particulièrement exceptionnel en ce qui concerne la question du Sahara. Et ce, à plusieurs niveaux. Le traditionnel examen de la question au sein du Conseil de sécurité, redevenu semestriel ces dernières années, sera entamé avec une première réunion, en fait un briefing sur la Minurso, programmée le 1er avril. Le planning prévisionnel des réunions du Conseil de sécurité pour ce mois d’avril comporte, en effet, quatre rendez-vous consacrés au dossier du Sahara. Ainsi, après le briefing du 1er avril, le Conseil de sécurité se réunira de nouveau le 9 avril pour se concerter sur la Minurso. Les Quinze se donnent, ensuite, rendez-vous le 10 du même mois pour consultations. Les membres du Conseil de sécurité se réuniront, enfin, le 29 avril pour adopter la nouvelle résolution sur le renouvellement du mandat de la mission onusienne déployée au Sahara. Entre-temps, les parties du conflit se retrouveront, de nouveau, pour une troisième table ronde à Genève, un «Genève III» en somme. C’est une décision qui a été prise à l’issue de la deuxième table ronde tenue, les 20 et 21 mars, dans cette ville suisse qui abrite par ailleurs certaines instances de l’ONU. Lors de cette réunion, a notamment précisé le ministre des affaires étrangères, Nasser Bourita, les discussions ont porté, entre autres, sur la question de l’autodétermination. Et de noter que «le Maroc considère que ce principe, aussi bien sur le plan juridique que des pratiques internationales en la matière, ou encore de la conviction constante du Royaume, ne signifie en aucun cas l’indépendance ou le référendum». Le Maroc, ajoute-t-il, «n’accepte aucune solution basée sur le référendum ni de solution dont l’une des options serait l’indépendance». Cette position, souligne-t-il, «n’est pas seulement celle du Maroc, mais correspond aussi aux exigences du Conseil de sécurité». Pour l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU, Horst Köhler, les délégations des quatre parties ont eu des discussions approfondies sur les moyens à même de parvenir à une solution politique mutuellement acceptable à la question du Sahara, «une solution réaliste, pragmatique, durable, basée sur le compromis, juste et viable», conformément aux dispositions de la dernière résolution 2440 du Conseil de sécurité.
En outre, cette table ronde aura consacré le rôle important que jouent les représentants de la population des provinces du Sud et qui ont participé de manière active et intense aux travaux et sont intervenus dans tous les points à l’ordre du jour de la réunion.

L’Afrique a dit son mot

Notons que, comme pour la première rencontre, la délégation marocaine comportait les présidents des deux régions sahariennes, Laayoune-Sakia El Hamra et Dakhla-Oued-Eddahab, respectivement Sidi Hamdi Ould Errachid et Yenja El Khattat, ainsi que Fatima El Adli, acteur associatif et membre du Conseil municipal de la ville de Smara. Cela en finit définitivement avec le concept longtemps galvaudé qui voulait que le Polisario soit le «représentant unique» des Sahraouis. Même à l’intérieur des camps, les manifestations qui y ont lieu récemment le montrent, le Front séparatiste n’arrive plus à fédérer même les Sahraouis installés dans les camps de Tindouf.

Cela étant, à peine rentrés de Genève, où le Maroc a exprimé son souhait sincère pour «l’adhésion des autres parties avec une réelle volonté, loin du langage du passé et des approches éculées», l’Algérie, en la personne du vice-premier ministre, ministre des affaires étrangères, et son protégé, le Polisario, ont pris le chemin de Pretoria. La ville sud-africaine abritait, les 25 et 26 mars, une «conférence de solidarité» de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) avec le Polisario avec la participation de 14 Etats, dont trois autres issus d’Amérique Latine en plus de Timor-Liste, en Asie. En même temps, le Maroc recevait, lui, les représentants de pas moins de 37 pays africains appartenant aux cinq sous-régions du continent venus participer, à Marrakech, à la Conférence ministérielle africaine sur l’appui de l’Union Africaine au processus politique de l’ONU concernant le différend régional au sujet du Sahara. Pour Naoufal Bouamri, un juriste observateur attentif de l’évolution de la question du Sahara, le compte est vite fait, «38 pays africains se sont réunis à Marrakech au Maroc, c’est-à-dire que la rencontre de Pretoria n’a finalement séduit qu’à peine 14 Etats». Il est clair, souligne-t-il que «la majorité des pays africains soutiennent le Maroc. C’est la plus grande victoire remportée par le Royaume depuis qu’il a réintégré l’Union africaine». Le rapport de force penche définitivement en direction du Maroc, relève ce juriste. Cela d’autant qu’au sein de l’UA le Maroc vient de gagner une autre bataille. Le Conseil paix et sécurité de l’Union africaine a, en effet, été dessaisi définitivement, lors du sommet de Nouakchott, de la question du Sahara. C’est une décision qui a d’ailleurs donné suite à une interprétation erronée de la part du président algérien du CPS, mais que le Conseiller juridique de l’UA vient de clarifier une fois pour toutes en février dernier. Pour ce dernier, CPS ne pourra plus «soulever, citer, ou se référer à la situation au Sahara de quelque manière que ce soit». Le CPS devra donc se tenir à l’esprit de la décision prise lors du 31e sommet de l’UA. En fait, ce Sommet, tenu les 1er et 2 juillet 2018 à Nouakchott, a également pris une décision non moins importante, la fameuse «Décision Assembly/AU/Dec.693 (XXXI)», que les pays africains sont justement venus soutenir à Marrakech.

Changement politique et avenir incertain

Cette décision réaffirme l’exclusivité des Nations Unies dans l’examen du différend régional au sujet du Sahara marocain. Elle a également établi un mécanisme africain comprenant la Troïka de l’Union Africaine, à savoir les Présidents sortant, en exercice et entrant de l’UA, ainsi que le Président de la commission, pour apporter un soutien efficace aux efforts conduits par les Nations Unies. Elle a consacré, donc, la primauté du processus onusien dans la gestion de la question du Sahara, en excluant tout processus parallèle. Un gros souci en moins pour le Maroc.

Sur le plan régional, et à un niveau plus proche du Maroc, ses deux voisins s’apprêtent à connaître des changements politiques. L’Algérie, mentor et protecteur du Polisario, traverse, en effet, une situation interne critique. Les contestations dans le pays ont été déclenchées par l’annonce de la candidature du président sortant à un 5e mandat à la présidentielle du 18 avril. Le chef de l’Etat a finalement renoncé à se présenter mais il a reporté le scrutin à après une conférence nationale, dont la date n’a pas été fixée, prolongeant de fait son actuel mandat. L’Algérie est le théâtre depuis le 22 février d’une contestation inédite contre le régime au pouvoir. Les Algériens se relaient pour protester quasi-quotidiennement à travers le pays. A l’écriture de ces lignes, le chef d’état-major de l’armée algérienne avait demandé que le président soit déclaré “inapte”. Il a, ainsi, demandé que soit engagée la procédure prévue par l’article 102 de la Constitution, quand le président de la République «pour cause de maladie grave et durable, se trouve dans l’impossibilité totale d’exercer ses fonctions». Auquel cas, ce serait le président du Conseil de la nation, la Chambre haute du Parlement algérien, qui assumerait les fonctions de chef de l’Etat par intérim pendant une période de 45 jours. Une sortie de crise, certes, mais encore loin des revendications exprimées par le peuple algérien. Plus au Sud, la Mauritanie s’apprête également à connaître un changement à la tête du pays. Le pays est en pleine campagne pour les présidentielles de juin prochain. Elu en 2009 et réélu en 2014, Mohamed Ould Abdelaziz, l’actuel président, ne peut se représenter au terme de son second mandat qui s’achève en août. C’est en cette même période que les relations entre ce pays et son voisin du Nord, le Maroc, connaissent, depuis quelques mois, un réchauffement notoire. Pas plus tard que début mars, le Président mauritanien recevait le secrétaire général de l’Istiqlal, Nizar Baraka, porteur d’un message royal. Les chefs d’Etat des deux pays étant animés d’une forte volonté pour «développer et élargir les relations de coopération, en les hissant au stade d’un partenariat stratégique». Plus au Sud, la réélection pour un second mandat de Muhamadu Buhari, en février dernier, au Nigeria conforte la position marocaine. Sous sa présidence, le Nigeria a revu sa position sur le Sahara de même qu’un partenariat stratégique a été conclu entre les deux pays. L’accord relatif au méga-projet du Gazoduc Nigeria-Maroc en est une expression manifeste. Ce qui fait dire à certains spécialistes qu’on pourrait même assister au déploiement de l’axe Rabat-Abuja à l’échelle continentale.

Quand la raison l’emporte

Plus loin cette fois, mais toujours en relation avec le dossier du Sahara, un autre bastion du Polisario vient de tomber. Le nouvel homme fort du Venezuela a, en effet, retiré sa reconnaissance du Polisario. Ce n’est pas tout. Le Maroc a également remporté, pendant ces derniers mois, une bataille à la fois juridique et diplomatique. L’Union européenne a entériné l’accord agricole et l’accord de pêche avec le Maroc en prenant soin d’y inclure le Sahara au même titre que le reste du territoire du Royaume. Ce dont le Maroc n’a pas manqué d’informer, en son temps, le Secrétaire général de ONU et le Conseil de sécurité par le biais de son ambassadeur représentant permanent, Omar Hilal. Le Maroc a tenu à réitérer aux deux instances onusiennes que «l’adoption de cet Accord relève exclusivement des relations bilatérales entre le Maroc et l’UE. Cet Accord ne concerne nullement le processus politique sur la question du Sahara, mené sous l’égide exclusive de l’ONU».

Last but not least. Le président des Etats-unis vient, lui, de signer la nouvelle loi budgétaire, incluant comme à l’accoutumée le Sahara parmi le territoire marocain couvert par les aides accordées par ce pays au Maroc. Là encore le Maroc a dû batailler ferme, les lobbies algériens avaient, en effet, tenté sans y parvenir de faire adopter un amendement de cette loi hostile au Maroc. Un revers pour Alger et le mouvement séparatiste alors qu’ils avaient fait de ces deux dossiers le cheval de bataille de leur propagande anti-marocaine. Bien plus, la nouvelle loi budgétaire appelle l’Administration américaine à soumettre, après consultation du HCR et du Programme alimentaire mondial, un «rapport au Congrès sur les mesures prises pour renforcer la surveillance de la livraison des aides humanitaires destinées aux réfugiés dans la région d’Afrique du Nord», dans une allusion claire aux populations des camps de Tindouf.
C’est pour dire que l’examen périodique de la question du Sahara au Conseil de sécurité intervient cette année dans un contexte régional et sous-régional très particulier. C’est le moins que l’on puisse dire.

La Conférence ministérielle africaine sur l’appui de l’Union Africaine au processus politique de l’ONU sur le Sahara, tenue lundi 25 mars, à Marrakech, a connu une participation importante sur tous les plans : quantitatif, qualitatif et représentatif. Ainsi, selon le ministère des affaires étrangères, ce conclave a été marqué par la présence de 37 pays issus des cinq sous-régions du continent, notamment huit Etats de la Communauté de Développement d’Afrique Australe (SADC) et des pays influents, dont les positions concernant ce différend régional ont évolué au cours des dernières années.
La conférence a été organisée suite à la tenue de la 2e table ronde de Genève, et aux tentatives visant à dévier l’Afrique de ses positions claires et équilibrées au sujet de la question du Sahara marocain, affirme la même source. Cette manifestation a été aussi importante en termes de conclusions, en ce sens que ses travaux ont été sanctionnés par une Déclaration finale ayant souligné l’unanimité des pays participants quant à l’exclusivité des Nations Unies en tant que cadre de recherche d’une solution politique, mutuellement acceptable, réaliste, pragmatique et durable à la question du Sahara. Et ce, en excluant tout processus parallèle. La Conférence de Marrakech a été, en ce sens, marquée par l’unanimité des pays participants, qui «partagent l’esprit et la lettre de la Décision 693, autour du rejet de toute tentative ou approche éculée visant à compromettre la cohésion de l’UA et à cultiver la division entre ses Etats membres». Cependant, insiste le ministère des affaires étrangères, en accueillant cette conférence, le Maroc «ne cherchait pas à créer une quelconque alliance, mais aspirait à mettre en place une plate-forme commune soutenue par les 3/4 des pays de l’UA, qui n’est autre que celle fondée sur la Décision de Nouakchott».
En définitive, la Conférence ministérielle africaine de Marrakech vient clarifier l’apport de l’UA à ce processus onusien. Le rôle de l’organisation panafricaine est, en effet, d’apporter son appui aux efforts de l’Envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU et aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies en vue de parvenir à une solution réaliste, pragmatique durable et basée sur le compromis à ce différend régional.