Nouvelles révélations sur les attentats du 11 septembre 2001

Le 16 juin dernier, la Commission nationale du Congrès américain rendait public son rapport sur les attaques terroristes.

Ben Laden avait envisagé, dès 1992, de lancer une attaque nucléaire contre les Etats-Unis.
Quelques semaines avant le
11 septembre 2001, de fortes divergences sont apparues au sein d’Al Qaïda.

Très attendu, le rapport du 16 juin, élaboré par la Commission nationale du Congrès sur les attaques terroristes contre les Etats-Unis, révèle que les attaques du 11 septembre 2001 auraient pu être bien plus spectaculaires, faisant appel au détournement de dix avions de ligne. Très ambitieux, le plan initial prévoyait plusieurs attaques simultanées sur la côte Est des Etats-Unis, la côte Ouest et sur l’Asie du Sud-Est.
Le rapport indique que la date définitive des attaques n’a en fait été fixée que trois semaines avant le passage à l’acte. Le document d’une vingtaine de pages a été réalisé suite aux interrogatoires des deux cerveaux de l’opération terroriste, Khalid Sheikh Mohammed et Ramzi Binalshibah, arrêtés au Pakistan.
Selon les deux hommes, Ben Laden s’est fortement impliqué dans la préparation du plan qui allait faire trois mille morts aux Etats-Unis. Le chef d’Al Qaïda a personnellement choisi les 19 pirates et prévoyait initialement que les attaques aient lieu au milieu de l’an 2000.

La planification des attentats du 11 septembre a commencé en 1999
Khalid Sheik Mohammed, ainsi que le montre le rapport, avait proposé à Ben Laden d’utiliser une dizaine d’avions de ligne comme missiles. Mais son plan a été revu à la baisse pour des considérations logistiques. La préparation des attaques sur New York et Washington a finalement coûté près de 500 000 dollars.
Le rapport indique qu’à l’origine, d’importants clivages existaient au sein d’Al Qaïda et qu’à maintes reprises, des désaccords ont divisé les pirates suicidaires et les cerveaux de l’organisation terroriste. Quelques semaines avant le passage à l’acte, Ziad Samir Jarrah, le pirate dont l’avion s’est écrasé le 11 septembre en Pennsylvanie, avait décidé d’abandonner le plan. Pour le remplacer, Mohammed Atta a fait appel à Zacarias Moussaoui, mais Jarrah est ensuite revenu sur sa décision.
Le rapport indique également que certains des lieutenants de Ben Laden lui ont recommandé d’abandonner les attaques du 11 septembre chaque fois que l’occasion leur en avait été donnée.
Mais le chef d’Al Qaïda était convaincu qu’une grande attaque sur les Etats-Unis provoquerait un afflux d’aides financières de par le monde et accélérer le recrutement de nombreux sympathisants pour son organisation. D’après la commission d’enquête, Ben Laden estimait, contre l’avis de la plupart de ses conseillers, que «plus Al Qaïda se manifesterait, plus elle obtiendrait de soutien». Lors de la préparation des attaques du 11 septembre, une dizaine de candidats, membres d’Al Qaïda, ont été éliminés par les dirigeants de l’organisation terroriste. L’un d’eux est d’origine tunisienne et se nomme Abderraouf Jdey. Il fait actuellement l’objet d’un mandat d’arrêt international lancé par le FBI.
Selon Khalid Sheikh Mohammed, qui devait lui-même détourner un des avions, Al Qaïda entendait utiliser beaucoup plus de pirates pour la première opération de grande envergure. Ben Laden a cependant dissuadé Sheikh Mohammed de suivre ce plan initial. Celui-ci, nécessitant une dizaine d’avions, prévoyait que Sheikh Mohammed détournerait le dixième avion, qu’il tuerait tous les passagers hommes, puis contacterait les médias pour dénoncer la politique américaine au Moyen-Orient, avant d’atterrir et de libérer les femmes et les enfants.

Conflits entre Oussama Ben Laden et Mohamed Atta
La planification logistique de l’opération qui allait donner lieu aux attentats du 11 septembre a commencé en 1999 et d’autres cibles étaient envisagées, dont les sièges de la CIA et du FBI, les plus hauts buildings de Californie et de l’Etat de Washington, puis des centrales nucléaires.
La Maison Blanche était la cible privilégiée de Ben Laden. Dans le plan final, Mohamed Atta indiquait qu’elle était presque impossible à atteindre et qu’il était préférable de viser le Capitole. Cette quatrième cible est ainsi restée incertaine jusqu’au 9 septembre.
D’après le rapport de la commission d’enquête, certains éléments suggèrent qu’Al Qaïda prévoyait une «seconde vague d’attaques». Khalid Sheikh Mohammed a révélé, lors des interrogatoires, que Zacarias Moussaoui faisait partie de ce plan qui devait également impliquer Abderraouf Jdey et un certain Zaini Zakaria, ces deux derniers ayant décidé de se retirer avant le passage à l’acte.
Les enquêteurs ont également révélé qu’une fois le plan final adopté, Khalid Almihdhar et Nawaf Alhazmi, deux des pirates suicidaires, n’ont en fait jamais réussi à aller au bout de leur programme d’apprentissage de l’anglais, et ont eu le plus grand mal à terminer leur formation de pilote.Il a fallu que Ben Laden intervienne personnellement pour que les deux Saoudiens ne soient pas éliminés du plan par Khalid Sheikh Mohammed.
Le rapport indique également que des conflits majeurs existaient entre certains membres d’Al Qaïda. Par exemple, celui qui envenimait les relations entre Mohammed Atta et Jarrah, considéré comme «trop occidentalisé» et «trop impliqué» avec sa petite amie allemande, qu’il appelait tous les jours. Jusqu’au jour où Atta a mis Jarrah dans un avion à Miami pour un aller-simple vers l’Allemagne.
Ce n’est qu’à la suite d’une discussion avec Binalshibah, en août 2001, que Jarrah a finalement été convaincu de regagner les Etats-Unis à la veille de l’attaque terroriste. L’enquête montre qu’une dispute a même eu lieu entre Atta et Ben Laden lui-même, concernant le choix du moment pour l’attaque. Le chef d’Al Qaïda a voulu obliger Atta à mener les attaques dès l’été 2000, suite à la visite d’Ariel Sharon sur l’esplanade des mosquées de Jérusalem. Atta refusait ces ordres de Ben Laden parce que ses équipes n’étaient pas encore prêtes. Le rapport révèle également que des dissenssions existaient entre Ben Laden et Mollah Omar. Le chef du régime Taliban s’est toujours opposé à une attaque directe contre les Etats-Unis et a rallié plusieurs lieutenants d’Al Qaïda à sa position.
Le rapport de la commission montre qu’en juin 2001 les dirigeants de la CIA savaient que Khalid Sheikh Mohammed envoyait des agents d’Al Qaïda aux Etats-Unis pour y mener une mission et que Ben Laden ambitionnait de mener des attaques contre les Etats-Unis depuis… 1992. Selon les enquêteurs, dans ses plans initiaux, le chef d’Al Qaïda prévoyait de prendre le contrôle d’une station de lancement de missiles russe et d’obliger ainsi des scientifiques russes à lancer une attaque nucléaire contre les Etats-Unis.
Enfin, selon les membres de la commission d’enquête, le danger représenté par Al Qaïda est toujours aussi important aux Etats-Unis

Ben Laden a choisi personnellement les dix-neuf kamikazes qui ont détourné quatre avions américains, le 11 septembre 2001.