Mouvement pour tous les démocrates, 200 inscriptions par jour !

Selon sa charte constitutive, le mouvement sera une association.
Il prône un dialogue ouvert à  tous pour résoudre les problèmes du pays et pas
seulement concernant la politique.
Les élus locaux, passage obligé pour la restauration
de la crédibilité
de la politique.

Le Mouvement pour tous les démocrates a-t-il atteint son but avant même la présentation officielle de son programme au public ? Lundi 11 février, un mois après la publication du premier communiqué, et à  quelques jours de la déposition officielle des statuts qui devront lever l’ambiguà¯té sur sa nature – simple association ou parti politique -, le responsable de la communication du mouvement, Bachir Znagui, indiquait que la structure avait déjà , il y a une semaine, largement dépassé le cap des 500 inscriptions. Il y a quelques jours, on signalait avoir atteint 200 demandes quotidiennes sur le site web, www.mouv.ma. Un nombre impressionnant auquel il faut ajouter celles récoltées au niveau des responsables régionaux.

«En fait, ce chiffre ne représente pas grand-chose», prévient M. Znagui, qui souligne que, l’initiative étant encore en plein déploiement, «pour les gens qui déposent des demandes sur internet, nous répondons favorablement à  tout le monde, surtout pour informer». Tous ces candidats devront en effet patienter encore quelques jours pour une adhésion officielle, le temps que la structure ait une existence légale, et que la charte à  signer soit finalisée. Pendant ce temps, les organisateurs restent mobilisés, et si la recherche d’un siège et de moyens financiers ne devraient pas poser trop de problèmes, les réunions se poursuivent pour préciser davantage les contours de la structure.

Dans cette fièvre, un détail devrait déjà  rassurer une bonne partie de la scène politique marocaine qui, avec la société civile, a vu avec inquiétude bon nombre de militants, et pas des moindres, rejoindre les rangs des inscrits: le mouvement se présente clairement comme une association et non pas un nouveau parti politique. C’est en tout cas ce que laisse entendre cette version non définitive de la charte à  laquelle La Vie éco a pu avoir accès, et qui précise que le cadre du déploiement de cette initiative n’est pas «opposable aux diverses allégeances partisanes ou associatives, dès lors qu’elles partagent le credo d’engagement démocratique sincère». Bien qu’encore sujet à  modification, le texte laisse entrevoir l’esprit du mouvement et la mission qu’il s’est donnée.

Objectif : définir un projet de société pour le Maroc moderne
Selon ce document, les organisateurs du mouvement fondent leur argumentation sur le fait qu’au cours des dernières années, une dynamique de réforme s’est manifestée au Maroc, se traduisant par un renforcement de la démocratie, de l’Etat de droit, et entraà®nant des progrès sensibles notamment dans le domaine des droits de l’homme ; autant d’avancées exprimées aussi bien par les récents rapports de l’IER et du Cinquantenaire que par la transparence des dernières élections. Toutefois, cette progression se trouve aujourd’hui menacée par des mouvements profonds et parfois contradictoires au sein de la société marocaine, ainsi que des phénomènes inquiétants tels que la pauvreté, l’exclusion, le chômage, le terrorisme ou encore la démobilisation politique. Dans ce contexte, les élections législatives du 7 septembre dernier ont constitué une leçon importante, révélant la balkanisation de la scène politique marocaine, l’usage de l’argent ou encore la faiblesse des programmes partisans. L’événement a d’ailleurs été marqué par la non-participation des deux tiers des électeurs au scrutin, ainsi que des votes nuls par centaines de milliers. Malgré ce constat alarmant, les partis politiques et les élites du pays ont échoué à  lancer le débat sur le sujet.

Face à  cette situation, le document insiste sur la nécessité pour le Maroc de connaà®tre un «authentique éveil démocratique» qui prenne acte aussi bien de ses acquis que de ses insuffisances et qui lui permette de se projeter dans «une ambitieuse vision stratégique de l’avenir». Le mouvement souhaite un dialogue qui mobiliserait l’ensemble des forces vives du pays, organisations, associations et individus, pour la mise en place d’un projet de société pour un Maroc démocratique et moderne. Un objectif qui devrait amener l’association à  s’intéresser au débat sur des domaines aussi divers que la régionalisation, la décentralisation, les réformes institutionnelles nécessaires pour l’ancrage des choix démocratiques, la lutte pour la justice sociale, l’élargissement des espaces de liberté et l’attachement aux valeurs fondatrices de l’identité nationale authentique, plurielle et ouverte sur les valeurs humanistes universelles.

Selon le document, le mouvement vise aussi la reconstruction de la crédibilité de la politique via un travail de proximité, misant entre autres sur le rôle des élus locaux comme base essentielle de l’édifice institutionnel voulu pour le pays, la participation des citoyens dans la détermination des politiques et des programmes, leur application et le contrôle de leur efficacité.

Un nouveau FDIC ? Une 2007 Daba améliorée ? Ni l’un ni l’autre
Annoncé le 17 janvier dernier dans un premier communiqué co-signé par une dizaine de personnalités, soit six mois après la démission de l’ancien ministre délégué à  l’intérieur, le Mouvement pour tous les démocrates a été labellisé d’office comme une nouvelle structure El Himma, à  l’instar du groupe parlementaire «Authenticité et modernité» à  la Chambre des représentants. Interprétée comme un prélude à  la création d’un parti, l’annonce de création du mouvement a suscité un mécontentement au sein de la classe politique marocaine, cette dernière craignant au mieux une fuite des militants vers la nouvelle structure, à  l’instar de ce qui s’était passé dans l’Hémicycle au moment de la constitution du groupe Authenticité et modernité, et au pire, l’émergence d’un Front de défense des institutions constitutionnelles (FDIC) nouvelle version, qui viendrait porter le coup de grâce à  des partis déjà  très affaiblis. Aujourd’hui, cette première frayeur dépassée, les partis se seraient-ils retrouvés face à  une réincarnation de la défunte 2007 Daba ?

Même si des similitudes existent quant à  l’objet, les divergences restent nombreuses. Lancée un an avant les élections législatives de septembre, l’association 2007 Daba, pilotée par le publicitaire Nourredine Ayouche, avait réussi à  mobiliser plus de 12 millions de dirhams dans le but de réconcilier les Marocains avec la politique. Dans le cadre des différentes actions entreprises, l’association avait alterné les contacts avec les jeunes électeurs et la promotion d’une meilleure communication partisane, notamment via l’introduction de programmes électoraux structurés. Toutefois, le délai d’un an que 2007 Daba s’était fixé lui donnait-il vraiment les moyens de réaliser ses ambitions, face à  un désintérêt qui remonte à  des décennies ? Après l’échec révélé par le faible taux de participation aux dernières élections, 2007 Daba s’est vu accuser d’avoir cherché à  «soigner un cancer avec de l’aspirine» en se limitant au marketing. «L’émiettement du champ politique, le manque de différenciation au niveau des programmes sont autant de problèmes que 2007 Daba ne pouvait pas soulever», explique un cadre partisan qui n’exclut pas d’intégrer le mouvement, estimant que «le Mouvement des démocrates ne se limite pas à  la participation, il veut contribuer au débat de manière beaucoup plus large sur des sujets plus diversifiés et pas seulement avec les partis».

Par ailleurs, le délai de travail imparti au mouvement semble plus confortable que celui de 2007 Daba. «La démarche n’est pas la même, pour nous, il s’agit d’une démarche d’engagement, de construction progressive et participationniste de l’horizon démocratique de cette initiative, de proximité, d’écoute et de réactivité avec les acteurs locaux sur des questions précises», se défend ce cadre associatif qui fait partie de l’équipe du mouvement. «Pour 2007 Daba, à  ma connaissance, et dans mon évaluation propre, il ne s’agissait pas d’un engagement politique, mais l’on visait à  pousser à  l’engagement politique, observe-t-il. Cette démarche, à  mon avis, n’a pas été concluante. On ne peut pas pousser à  l’engagement politique si on ne s’engage pas politiquement».

Un télescopage possible avec des initiatives partisanes, dont celle du PPS
Il reste que le Mouvement pour tous les démocrates qui, dans le document préliminaire auquel La Vie éco a eu accès, justifie son existence en partie par l’absence de réaction des partis politiques au lendemain du choc des dernières législatives devrait voir son entrée en scène officielle coà¯ncider avec la naissance d’un concept aux objectifs proches des siens, sauf que ce dernier est d’origine partisane. Il s’agit du «nouveau contrat politique» prôné par le PPS dans le cadre de sa conférence nationale, prévue du 15 au 17 février (voir article p. 44). Au-delà  de certaines critiques selon lesquelles le contrat fausserait le débat démocratique en invoquant une légitimité autre que celle des urnes, le «nouveau contrat» et le mouvement ne risquent-ils pas de se gêner mutuellement, d’autant plus que les solutions préconisées sont parfois les mêmes comme dans le cas de l’action locale ? Cet autre membre du mouvement souligne : «Si notre action arrive à  créer un climat de prise de conscience collective des déficits de l’action et des structures politiques aujourd’hui, nous aurons atteint l’un des objectifs recherchés. S’il y a autocritique, c’est exactement dans l’ordre d’idées de ce que nous préconisons».

Après tout, même en donnant au concept du PPS le bénéfice du doute, le mouvement part favori dans la mesure oà¹, en tant qu’association, il dispose d’une meilleure marge de manÅ“uvre, n’étant pas lié à  une position idéologique, et d’un meilleur auditoire, contrairement à  un parti dont la crédibilité est entachée par définition, ou à  l’Etat qui fait face à  une obligation de neutralité. A objectif égal, espérons seulement que, à  défaut de se renforcer mutuellement pour déclencher une réforme plus urgente que jamais, les deux initiatives ne se mettront pas des bâtons dans les roues.