Des journalistes, des partis et un syndicat dans un imbroglio juridico-politique

Au début, c’était l’ancien chef du gouvernement qui était visé, les journalistes ne sont que des victimes collatérales.

Quatre journalistes risqueraient une condamnation à quatre ans de prison, peine requise par le représentant du Parquet, pour avoir divulgué des informations à caractère secret liées aux travaux d’une commission d’enquête sur la Caisse marocaine de retraite (CMR) à la Chambre des conseillers. Un conseiller parlementaire de la CDT, également impliqué dans cette affaire, risque, lui, une peine de 10 ans d’emprisonnement. La CDT est ainsi montée au créneau, bien que la détention d’un parlementaire en exercice (art. 64 de la Constitution) est sujette à débat. Pour les journalistes, c’est une autre affaire. Mais le fait est que le syndicat de la profession, le SNPM, dont le parton est un dirigeant et ancien député istiqlalien, ne compte pas baisser les bras.

Pour le reste, l’affaire, au relent politico-partisan, remonte à décembre 2016. La commission d’enquête parlementaire sur la CMR, présidée par le chef de groupe parlementaire du PAM à la Chambre des conseillers, a auditionné le chef du gouvernement d’alors, Abdelilah Benkirane. Bien sûr, les travaux de la commission étaient frappés de secret (art.68 de la Constitution). Mais, peu après cette audition, certains médias avaient publié un compte rendu détaillé de ses travaux. Le PAM qui préside également la Chambre des conseillers, ne rêvait trouver une autre occasion pour embarrasser le chef du gouvernement, croyant qu’il était à l’origine de cette «fuite», commente une source parlementaire. La direction de la Chambre a donc saisi la justice, les quatre journalistes ont été interpellés et il s’est avéré qu’ils détenaient leurs informations du conseiller parlementaire de la CDT. L’affaire prend donc une nouvelle tournure. Le PAM a beau tenter de se dédouaner, rien n’y fait. Ses deux dirigeants, en leur qualité de président de la Chambre et de président de la commission, ont bien été derrière cette saisine de la justice.