Campagne électorale : ces petits nécessaires qui alourdissent la facture…

Dans le monde rural, l’étendue de la circonscription est un réel handicap pour les candidats, certaines peuvent atteindre facilement plusieurs centaines de km2.

Faire campagne dans le monde rural revient deux fois plus cher qu’en ville. Logique, explique Mohamed Mohattane, cadre MP et ancien secrétaire d’Etat au développement rural, «dans une circonscription urbaine, l’élément de proximité facilite la communication. On peut faire facilement du porte à porte. Ce qui n’est pas le cas dans le monde rural».

Dans le monde rural, l’étendue de la circonscription est un réel handicap pour les candidats, certaines peuvent atteindre facilement plusieurs centaines de km2. Cela d’autant que, vu les caractéristiques topographiques de certaines circonscriptions, il faut prévoir des moyens de transport adaptés.
«On doit utiliser des 4×4. Et dans une région comme Khénifra, par exemple, il faut compter au moins 4 000 DH de frais de carburant par véhicule pour les 15 jours de campagne. A cela il faut aussi ajouter les frais des autres véhicules qui composent le cortège», explique ce conseiller communal de Mrirt dans la région de Khénifra. De même, les traditions viennent alourdir la facture. Le contact entre candidat et ses électeurs potentiels se fait souvent autour d’un repas, un festin ou, au moins, un verre de thé. «C’est dans nos traditions et on doit les préserver. On est obligé de faire des rencontres avec la population à travers ce support de communication», affirme M.Mohattane.

Abdessamad Kayouh, député istiqlalien de Taroudant, explique, pour sa part, que «pour organiser un meeting, il faut parfois assurer le transport des électeurs de plusieurs dizaines de kilomètres vers le lieu de la rencontre». Pour ce genre de rencontres il faut prévoir un dîner ou un déjeuner selon les cas.
En ville, les dépenses se limitent aux petites sommes versées aux gens qui animent la campagne. Cela représente en moyenne 200 DH par jour par personne pendant les 15 jours de la campagne. Il faut une trentaine de personnes, généralement des jeunes, pour une campagne moyenne. Certains candidats engagent également un directeur de campagne.  

Il faut préciser que, selon  Mohamed Mohattane, «même en ville, et à cause de l’exode rural, surtout dans les quartiers populaires et les ceintures urbaines, les mêmes habitudes sont pratiquées en milieu rural sont de rigueur en ville. Des réceptions autour de mets, de couscous et de thé suivis de la Fatiha sont couramment utilisés comme moyens de communication avec les électeurs».

Le jour du scrutin, c’est dans le milieu rural que la facture devient nettement salée. Selon différents témoignages, une circonscription rurale compte, en moyenne, 400 bureaux de vote. Et chaque candidat est tenu de se faire représenter par une personne de son choix dans chacun de ses bureaux pour superviser l’opération de vote. Il faut prévoir un budget de 150 à 200 DH pour chaque représentant, en plus des frais de leurs déplacements et de communication (un téléphone avec une dotation est généralement mis à leur disposition). Ce qui représente la rondelette somme de 40 000 DH, sans compter les frais de communication. Ceci pour une campagne propre. Pour l’achat des voix, le vote d’un électeur corrompu en milieu rural coûte nettement moins cher qu’en zone urbaine. En ville, des intermédiaires s’engagent sur tout un quartier et le candidat véreux dépense généralement environ 100 000 DH par semaine par quartier en frais de campagne…