«Le PJD veut jouer les même cartes qu’en 2011»

On commence à  peine à  comprendre un peu que le syndicat est d’abord un partenaire social, beaucoup plus qu’un adversaire. Nous avons découvert que le PJD avait un autre agenda que le simple fait d’arriver aux commandes d’une majorité et de mener un gouvernement.

Commençons d’abord par les éléments d’actualité. Comment expliquez-vous la montée des sans-appartenance syndicale aux dernières élections professionnelles ?

L’affaiblissement des syndicats est à mon sens la résultante naturelle de l’acharnement dont ils ont fait l’objet depuis des décennies maintenant de la part de l’Administration et du patronat. Mais il y a eu aussi des erreurs au sein même des centrales dans le sens où certains réduisaient l’action syndicale à faire des grèves et d’autres l’assimilaient à de l’anarchie… Aujourd’hui, on commence à peine à comprendre un peu que le syndicat est d’abord un partenaire social, beaucoup plus qu’un adversaire.

Finalement, les syndicats ne pèsent rien…

Au Maroc le taux de syndicalisation est estimé à 4 ou 5%. Dans un pays comme la France, à la longue tradition en la matière, ce taux est de 11%.

Au lendemain des élections professionnelles, vous avez fait des déclarations graves où vous accusez le gouvernement d’avoir fabriqué les résultats…

Oui et je le maintiens. Comment expliquez-vous qu’un syndicat qui, à la veille des élections, n’avait même pas atteint le seuil des 6% se soit retrouvé comme par enchantement classé au 4e rang? Comment explique-vous les retards de l’administration dans l’annonce des résultats ?

Il y a quelques jours, le PJD a publié, au lendemain d’une réunion de son secrétariat général, un communiqué où il accuse des partis, sans les nommer, de vouloir porter atteinte aux institutions du pays, de vouloir banaliser l’usage de l’argent sale dans les élections… Quelle est votre lecture de cette sortie très violente du PJD ?

Ceci ne m’étonne pas de la part du PJD. Nous avons tendance à l’oublier, mais c’est cela le vrai visage et le vrai discours du PJD qui, d’un côté, se pose en victime et, de l’autre, menace et donne des leçons aux autres. Ces propos visent bien sûr le PAM, même s’il n’est pas cité nommément. Mais aujourd’hui le PAM est un parti comme tous les autres. Ce n’est plus le PAM de 2009. Or, le PJD cherche visiblement à exploiter cette carte qu’il avait jouée en 2009 et qui lui a permis, en effet, de gagner aux élections en 2011. Les membres de ce parti pensent donc employer les mêmes pratiques à l’approche des élections communales. A mon sens, si le PJD revient encore sur ce même discours, qui n’a plus lieu d’être, c’est la preuve que ses membres sont conscients de leurs échecs. Ils sont conscients que si demain ils veulent mettre en avant leur bilan pour battre campagne, ils vont perdre tout simplement.

Vous parlez d’échecs. Mais il y a certaines réformes qui ont été engagées par le PJD et auxquelles l’Istiqlal avait pleinement adhéré quand il était dans la majorité… Vous devez vous aussi assumer une partie du bilan…

Non pas du tout. Mais d’abord permettez-moi de vous rappeler les raisons qui nous ont poussés à quitter le gouvernement. Après notre 16e congrès, nous avions ouvert des discussions avec le chef du gouvernement sur les questions fondamentales du pays qui vont au-delà du programme. Nous avons découvert que le PJD avait un autre agenda que le simple fait d’arriver aux commandes d’une majorité et de mener un gouvernement. Je le dis et j’en suis profondément convaincu.

Maintenant pour ce qui est des réformes engagées je peux vous donner quelques exemples. Sur le dossier de la Caisse de compensation, l’Istiqlal avait présenté plusieurs mémorandums pour exposer ses points de vue. Entre autres idées que nous défendions, le fait que l’Etat devait d’abord aller chercher des recettes et des ressources là où elles se trouvent au lieu d’agir exclusivement sur les dépenses. Le chef du gouvernement n’a accordé aucune attention à nos points de vue.

Aujourd’hui, l’emploi et le chômage des jeunes constituent les plus gros défis auxquels est confronté le Maroc. Le gouvernement parle d’une stratégie nationale pour l’emploi. Que propose le Parti de l’Istiqlal pour relever ces défis ?

Quand on était encore dans la majorité, nous avions proposé au PJD de constituer un gouvernement en pôles et nous avions proposé de prendre en charge le pôle économique. L’emploi découle de l’investissement et l’investissement est d’abord basé sur la confiance. Aujourd’hui, il faut rétablir la confiance. Nous avions proposé de constituer une commission pour travailler sur la question.

Mais il y a une commission interministérielle chargée de l’investissement qui fonctionne déjà…

Elle n’est pas efficace et elle a tardé à être opérationnelle. Le gouvernement a attendu trois ans pour nommer un responsable à l’AMDI par exemple. Ce n’est pas sérieux. A côté de la confiance, il y a la gouvernance à travers par exemple la généralisation des nouvelles technologies et de l’administration électronique. Nous avons proposé au chef du gouvernement d’ouvrir un vrai dialogue franc avec le secteur privé et la communauté des affaires pour construire ensemble des stratégies sectorielles. Mais toutes nos propositions étaient systématiquement rejetées.

A la veille des élections communales, quelle est l’ambiance qui règne au Parti de l’Istiqlal ?

D’abord permettez-moi de signaler que le choix de la date du 4 septembre est en soi une manœuvre de la part du PJD pour saper les élections.

Pourquoi ?

Après Ramadan et les vacances estivales, comment voulez-vous mobiliser les électeurs en pleine rentrée scolaire ? Comment peut-on penser faire des campagnes électorales en plein mois d’août ? Nous avons proposé au PJD de repousser ne serait-ce que d’une semaine, soit le 11 au lieu du 4 septembre, mais sans résultat.

Pour quelle raison le PJD agirait-il de la sorte ?

C’est une façon pour eux de favoriser encore une fois l’abstention qui leur rendra naturellement service.

Mais au début ce sont bien les partis de l’opposition qui ont demandé à ce que les élections soient reportées au mois de septembre…

Pas du tout. Cela est encore un gros mensonge fait aux Marocains.

Concrètement, pensez-vous avoir le temps pour bien vous préparer aux élections communales ?

Oui nous y travaillons, nous nous y préparons sérieusement et moi personnellement j’assumerai pleinement mes responsabilités. Si le PJD a plus de voix que nous aux prochaines communales, je vous annonce officiellement que je déposerais ma démission.