11 juillet 2003
Fadel Agoumi (531 articles)
Partager

Vigilance face au terrorisme

Il n’est d’exception que celle que l’on construit et que l’on protège et non celle que l’on se crée à force de passer entre les gouttes.
Car il arrive un moment où, fatalement, on finit par se mouiller.

Presque deux mois après le 16 mai, et alors que les débats et les accusations sur le pourquoi, le comment et le qui prennent des allures de feuilleton sans fin (et sans réelle issue ?), les rangs des suspects et accusés dans l’affaire des attentats de Casablanca n’en finissent pas de grossir. Il ne se passe pas un jour sans que de nouvelles interpellations soient opérées. Pas un jour aussi sans que des armes, des explosifs, des camps d’entraînement ne soient découverts, ce qui est encore plus grave. Devant l’ampleur des ramifications, le Maroc, effaré, se rend compte qu’il a couvé le terrorisme pendant longtemps.
Les chiffres sont là. Au mercredi 9 juillet, près de 1000 personnes avaient été entendues par la Police judiciaire. L’enquête menée auprès de 350 d’entre elles a prouvé qu’elles sont directement ou indirectement liées aux attentats. Enfin, 120 ont été déférées devant le Parquet général. Combien d’autres y en aura-t-il? Combien de terroristes en puissance, quand on sait que le mal sévit dans tout le pays ? Casablanca, Rabat, Fès, Tanger, Nador, Chaouen, Essaouira et Agadir sont les principales villes touchées, et ce n’est pas fini. On se rend compte, aujourd’hui, que le 16 mai n’était qu’un début et on prie pour qu’il soit une fin.
Terrorisme importé ? Peut-être, mais le fait est que tous ces nombreux, trop nombreux, néo-assassins sont bien de chez nous.
Il s’agit donc de redoubler de vigilance.
Et, la vigilance, c’est d’abord une affaire de sécurité. Le fait que le mal soit aussi étendu prouve qu’on a minimisé les signes avant-coureurs. Une défaillance à
laquelle il faudra remédier. Quand le terrorisme vous menace, mieux vaut présenter des excuses à un innocent que laisser filer un coupable.
La vigilance, c’est aussi agir au niveau de la culture, des médias publics, du vocabulaire utilisé, des prêches dans les mosquées et de tout ce qui prépare à la violence en déshumanisant l’autre.
L’exception marocaine qu’on a longtemps exhibée aux yeux du monde comme un gage de tolérance et de stabilité a volé en éclats. Il n’est d’exception que celle que l’on construit et que l’on protège et non pas celle que l’on se crée à force de passer entre les gouttes, car il arrive un moment où, fatalement, l’on finit par se mouiller.
Il pleut sur notre illusion d’exception.

Fadel Agoumi

Fadel Agoumi