L’appel du large
18 janvier 2019
Nabila Fathi (54 articles)
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L’appel du large

Quelque 600 ingénieurs marocains, précisément des informaticiens, quittent le pays chaque année vers le Canada, l’Europe et les Etats-Unis, indique Saloua Karkri-Belkeziz, présidente de l’APEBI, qui assure être la première à donner cette estimation suite à des recoupements avec de grands groupes membres de la fédération.

L’information n’est certes pas de la première fraîcheur. Elle est fréquemment reprise depuis quelques mois déjà. Mais elle s’est invitée au Parlement, il y a quelques jours. Le ministre de l’éducation nationale, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique a été interpellé pour élucider les causes de ce phénomène et chercher des solutions, s’il y en a. La réponse de Said Amzazi a été cinglante. Quand bien même certaines compétences seraient parties à l’étranger pour perfectionner leur formation et donner un meilleur sens à leur carrière -une tendance devenue mondiale et somme toute légitime-, le problème est plus complexe en cas de retour au bercail car ce que le Maroc leur proposerait serait bien en deçà de la valeur de leurs acquis, et c’est là qu’il faudrait agir, a-t-il alerté.

Pourquoi ces jeunes quittent-ils leur pays ? Que cherchent-ils dans cet ailleurs ? Lequel de ces facteurs les a convaincus de plier bagage ? Le salaire, la carrière, la considération et la motivation, l’équité… Ou bien tout cela à la fois ? Il faudrait se mettre dans la tête d’un informaticien pour le comprendre, nous dit-on : il cherche à s’épanouir dans son travail. En dehors des considérations matérielles, ce qui le fait rêver, c’est avant tout l’intérêt du projet à coder, le big data, l’intelligence artificielle… Ce qu’il abhorre : la stagnation intellectuelle. L’accélération de la digitalisation et la régionalisation du pays, ainsi que l’amélioration de l’environnement du travail, pourraient à la rigueur retenir quelques candidats à l’expatriation.
L’exemple des informaticiens est édifiant, certes. Mais qu’en sera-t-il pour d’autres profils tout aussi demandés par des pays étrangers développés ? Médecins, infirmiers, ingénieurs de tout bord… Au moment même où la réforme de l’enseignement interpelle au plus fort, la question relative à la rétention des compétences s’impose aussi comme une urgence. Si rien n’est fait, le Maroc sera réduit à une machine à former pour servir les chasseurs de têtes étrangers. On a beau dire que l’émigration est un phénomène mondial impossible à stopper, cela n’empêche pas d’en comprendre les réelles motivations.

Nabila Fathi

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