16 avril 2004
Jaidi Larabi (560 articles)
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Regard sur l’Algérie

Nous espérons que des signaux viennent témoigner de la volonté
d’ouverture du gouvernement algérien. Ce sera alors à nos
hommes politiques et à nos entreprises de faire le pari de la relance
de la coopération.

Le verdict populaire est tombé. L’Algérie a élu son président à une majorité qui confine au plébiscite. Le nouveau pouvoir dispose, de ce fait, d’une marge d’action incontestable. Va-t-il s’engager clairement sur le chemin des réformes, indispensables à la définition d’un avenir maghrébin commun? Il y a plus de quinze ans, la chute des prix du pétrole, donc le tarissement de la rente qui finançait les besoins sociaux, a conduit le pouvoir politique algérien à prendre conscience de la nécessité de ces réformes. Elles ont débuté avec le vote d’une série de lois visant à réformer les entreprises d’Etat. Le processus a porté également sur la transformation du mode de régulation de l’économie. Autrefois totalement administrée par l’Etat, l’économie a entamé une libéralisation progressive à travers une série de textes concernant le marché des biens et des Services, les marchés monétaires et financiers ou les relations de travail. Le monopole de l’Etat sur le commerce extérieur a été réduit. Un code des investissements a libéré les initiatives. Des ordonnances ont été promulguées, dont l’une relative à la privatisation, l’autre à la gestion des capitaux de l’Etat. L’Algérie semblait se débarrasser progressivement du modèle dirigiste.
Cela dit, les réformes, ne sauraient se résumer à l’adoption de textes législatifs ou réglementaires. Dans un pays qui a vécu les trois quarts de son existence dans un système, une culture aussi forte, il est très difficile d’accepter l’émergence d’un nouveau système et d’une nouvelle culture. Renier ce qu’on a adoré pendant trente ans ne va certainement pas de soi. Le pouvoir politique a parfois donné l’impression de conduire les réformes à son corps défendant. Ce qui explique peut-être qu’elles n’aient pas toujours donné les résultats escomptés. La preuve était encore une fois administrée que la réforme économique est inséparable de la réforme institutionnelle. Les dérapages de violence ont compromis la dynamique du changement. Le rebond du marché pétrolier allait procurer cette aisance financière qui finit par produire le laxisme. L’agenda des réformes fut renégocié. Aujourd’hui, il ne s’agit plus seulement de conduire des réformes économiques, mais d’engager une refonte totale de l’Etat. Ceux qui ont souffert de voir l’Algérie s’enfoncer dans l’impasse économique et la violence politique ne pourront que se réjouir d’apercevoir la levée progressive du jour. Le chemin sera long mais nous gardons l’espoir que le sens du mouvement soit affirmé clairement.
A cette évolution nous avons un double intérêt à prendre notre part. Un intérêt politique car le développement économique de l’Algérie, l’établissement d’un grand marché maghrébin et méditerranéen ne peuvent que consolider la paix et la stabilité dans la région. L’équilibre même de l’Europe, dont le centre de gravité pourrait basculer plus à l’Est, rend nécessaire l’acquisition, par les pays du Maghreb, d’un poids économique plus important. Un intérêt économique car la proximité fait de nos pays des partenaires naturels, dans le monde concurrentiel d’aujourd’hui, où rien n’est acquis sans mérite ni effort. Nos espoirs sont que des signaux puissent témoigner de la volonté d’ouverture du gouvernement algérien. Ce sera alors à nos hommes politiques et à nos entreprises de faire le pari de la relance de la coopération, d’être les premiers à accompagner cette ouverture. Les synergies entre le monde des affaires et le monde de l’action publique doivent être renforcées. Ces synergies sont nécessaires à la revitalisation des relations maroco-algériennes, plus qu’à toute autre relation bilatérale. Cette synergie peut s’appuyer très fortement sur un mouvement d’adhésion de la société. Pour diverses composantes de la société marocaine, le processus de rapprochement avec l’Algérie n’avance jamais assez vite et n’est jamais assez profond. C’est pourquoi, elles seront très attentives aux avancées qui peuvent se manifester aujourd’hui.
Un système de coopération, me semble-t-il, doit être basé sur les relations entre les acteurs économiques et sociaux eux-mêmes. Il ne faut pas tout attendre de l’Etat ! Il existe déjà des espaces de relations, il reste à les consolider par des mécanismes capables de résister à l’épreuve du temps