Modèle de développement : pourquoi les plans sectoriels ont-ils échoué ?
21 janvier 2019
Nabil Adel (17 articles)
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Modèle de développement : pourquoi les plans sectoriels ont-ils échoué ?

L’un des enseignements les plus élémentaires dans un cours de stratégie est le processus de planification. Celui-ci commence par une bonne compréhension de l’environnement externe et interne de l’entité, la fixation d’objectifs à moyen et à court termes, l’affectation des ressources aux activités et la planification des actions à mener.

En phase d’exécution, on met en place un système de suivi à double niveau : avancement dans la réalisation de ce qui a été planifié et résultats produits par les actions mises en œuvre, et ce, conformément aux objectifs. C’est à peu près ce qui a été fait au Maroc dans le cadre des plans sectoriels, et qui a malheureusement produit des résultats pour le moins décevants (constatés par le sommet de l’État). L’échec du Plan Azur pour le développement du tourisme en est la parfaite illustration. Qu’est-ce qui s’est passé? Où avons-nous failli ? Le premier facteur explicatif de cet échec réside dans ce que les économistes appellent la dotation factorielle en moyens de production. Derrière cette phrase un peu pompeuse se cache une idée fort simple. En effet, il ne peut y avoir de croissance dans un secteur que si on lui affecte une dotation factorielle en bonne quantité et de bonne qualité. Par dotation factorielle, il faut entendre les facteurs qu’on injecte dans le processus de production, à savoir les ressources naturelles, le capital et le travail. Certains économistes ajoutent un quatrième facteur qu’est le capital humain ou l’entrepreneuriat. Or, si un pays n’arrive pas à mettre à la disposition de ses secteurs productifs cette dotation factorielle de qualité, sa planification, aussi créative et audacieuse soit-elle, restera lettre morte. À titre de comparaison, il ne servira strictement à rien pour une entreprise d’élaborer les meilleures stratégies, si son personnel n’est pas compétent et motivé ou si son appareil de production est désuet. Les pays qui ont réussi leur décollage économique, en moins de deux décennies faut-il le rappeler, ont d’abord réglé ce problème. Un pays aux ressources, somme toute, limitées comme le Maroc ne doit pas éparpiller ses efforts dans des plans voués à l‘échec, car il manque cet ingrédient de base. Dans ces conditions, le succès relève plus de l’action du secteur privé que du génie planificateur de l’État.

Le deuxième facteur explicatif des maigres résultats des différents plans sectoriels est la faiblesse de leur dimension institutionnelle. Quand l’État a l’ambition d’intervenir aussi massivement dans l’économie comme c’est le cas chez nous, il doit le faire à deux conditions. La première est d’assainir et de moderniser son appareil de fonctionnement, par une dotation institutionnelle de qualité. La mise en place d’institutions fortes, indépendantes et dont les pouvoirs sont répartis de telle manière à ce qu’aucun pouvoir n’écrase les autres est la condition nécessaire à la réussite de l’État dans sa mission de stratège. En d’autres termes, «à chaque pouvoir doit correspondre un contre-pouvoir, aux mêmes pouvoirs». La deuxième condition est l’agilité, l’Etat voulant orienter l’économie ne peut le faire efficacement que s’il a un appareil réduit à sa plus stricte expression et n’exerçant pas un effet siphon prélevant tout ce que l’économie crée comme richesses. Si ces deux conditions ne sont pas satisfaites, il s’opère un décalage mortel entre ceux qui planifient, ceux qui exécutent et ceux qui dépensent. D’où un éparpillement des efforts et donc une dilution des responsabilités.

Le troisième facteur tient au rôle de l’État dans le processus de planification. Autrement dit, planification et décision sont synonymes, complémentaires et non mutuellement exclusives. L’agent qui planifie une activité doit pouvoir décider des ressources à lui affecter. Mais, à partir du moment où l’Etat ne détient plus les moyens de production (une période révolue fort heureusement depuis la chute du communisme), car dans une économie de marché ces moyens de production sont détenus par le secteur privé, quelle est l’efficacité de l’action planificatrice ? Ceux qui ne détiennent pas décident (État) et ceux qui détiennent appliquent (Privé). On comprend aisément que c’est la voie la plus rapide de l’échec. Car penser qu’il suffit d’échafauder un plan pour que ce dernier réussisse est une vue de l’esprit proche du fantasme. Le succès est dans l’exécution. Le plan reste une construction abstraite, c’est la bonne planification de l’exécution qui assure l’atteinte des objectifs. Enfin, le dernier facteur explicatif est lié au fonctionnement même de l’économie. Celle-ci est une grosse machine dont aucun économiste ne peut prétendre en comprendre le fonctionnement exact, tellement ses paramètres sont multiples et agissent en interaction d’une grande complexité. A chaque fraction de seconde, un très grand volume d’échanges s’opère dans une économie entre des millions d’individus. Ceux-ci manipulent une quantité impressionnante d’informations avant de prendre une décision à caractère économique (achat, vente, placement, crédit, recrutement, impôts, etc.). Réaliser des plans qui assurent une affectation optimale des ressources au sein d’une économie en vue de lui permettre de croître et de créer des richesses est une prétention extrêmement forte. Les communistes s’y sont déjà essayés et n’ont abouti qu’à des pénuries, de l’improductivité et de la misère généralisée, car le plan c’est l’enfer. Le meilleur service que l’État puisse rendre à l’économie de ce pays est de former des ressources humaines de qualité et de mettre en place des institutions fortes. Quant à la croissance économique, les opérateurs privés peuvent largement s’en charger.

Nabil Adel

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