Marchés financiers : les trois  nouveaux défis des managers
17 décembre 2018
Nabil Adel (17 articles)
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Marchés financiers : les trois nouveaux défis des managers

Les marchés financiers sont loin de correspondre à la représentation simple, voire simpliste, que certains en font, à savoir des lieux où des banquiers manipulateurs et des spéculateurs sans vergogne veulent contrôler les ressources de la planète, en asservissant les populations et les États par des dettes irremboursables.

Or, la réalité est beaucoup moins manichéenne. Les marchés financiers sont des lieux de rencontre entre des porteurs de projets cherchant des capitaux (entreprises et Etats) ; et des investisseurs cherchant à faire fructifier leur épargne (ménages). Grâce aux banques, assurances et caisses de retraite, tout le monde ou presque est intervenant dans les marchés financiers. Si la dette, tant fantasmée dans l’imaginaire collectif, est l’une des principales «marchandises» sur ce marché, elle n’est toutefois pas la seule. D’autres instruments tout aussi importants existent. Il s’agit d’instruments de financement en capitaux propres et qui reposent sur le partage des risques et donc des bénéfices. Mais, les dettes sont un bien d’un type particulier. En effet, contrairement aux autres marchandises où le transfert de la chose vendue prend souvent un caractère définitif, la dette est un transfert momentané, qui doit retourner à son propriétaire au bout de la période d’usage. Le prêteur doit, par conséquent, s’assurer que l’emprunteur dispose bien des capacités de remboursement. Tant et si bien que le rapport de force n’est pas toujours en sa faveur. Parfois, le risque de défaillance du débiteur met ce dernier dans une position de force bien plus confortable que celle du prêteur. L’une des principales missions du financier d’entreprise est donc de convaincre les investisseurs (actionnaires ou prêteurs) que son entreprise est rentable (c’est-à-dire qu’elle leur permettra de fructifier leur placement, compte tenu d’un certain niveau de risque) et qu’elle est solvable (c’est-à-dire qu’elle s’acquittera de ses engagements vis-à-vis d’eux dans les délais convenus). Le deuxième défi auquel doivent faire face les financiers d’entreprises est l’extrême volatilité des marchés financiers. Cette volatilité (fortes variations des prix des actifs financiers autour d’un niveau de prix « juste ») s’est accentuée avec l’intégration croissante des marchés et l’exigence de transparence de la part des investisseurs, ce qui se traduit par une incorporation permanente et quasi instantanée d’un flot continu d’informations dans le prix des actifs. Les nouvelles règles comptables internationales renforceront cette instabilité des marchés, dans la mesure où elles ont introduit l’évaluation des actifs non pas à leur coût historique (un principe comptable qui a résisté plusieurs siècles), mais à leur valeur marchande. Ces nouvelles dispositions auront, pour conséquence, de « télécharger » la volatilité des marchés dans les comptes de l’entreprise.

Le dernier défi du financier d’entreprise est d’intégrer la création de valeur comme objectif ultime de l’entreprise, depuis la reprise par les actionnaires du pouvoir de gestion de leurs entreprises ; un pouvoir arraché depuis la fin des années 90 aux managers qui n’ont pas toujours eu pour souci premier l’intérêt de leurs mandants (actionnaires). Il suffit, pour s’en convaincre, d’étudier la situation ayant prévalu au cours des années 60 et au début des années 70. En effet, profitant d’une situation économique favorable (explosion de la demande, progrès technologique, disponibilités des capitaux, etc.), les dirigeants se sont mis, en vue de maintenir un niveau de croissance élevé, à investir loin de leurs métiers de base (pour lesquels, ils ont eu un mandat de la part des actionnaires), créant des conglomérats géants aux portefeuilles d’activités très diversifiés et surtout sans liens. Loin des considérations de maximisation de la valeur pour les actionnaires, cette approche était considérée, à l’époque, comme salutaire, pour trois principales raisons. Elle permettait aux managers d’investir les liquidités générées par les activités matures dans des activités plus risquées, mais à fort potentiel. Elle protégeait les entreprises des effets des cycles économiques : une activité déficitaire sera compensée par une autre excédentaire. Enfin, elle offrait la possibilité de profiter de synergies industrielles et d’économies financières. Le renversement de la tendance, à partir du milieu des années 70 et tout au long de la décennie 80, a contraint ces conglomérats à accroître leur compétitivité, notamment, par la maîtrise des coûts. Durant les années 1990, l’environnement économique a radicalement changé, sous l’effet des trois mutations suivantes. Tout d’abord, il y a eu l’exacerbation de la concurrence à l’échelle internationale, à la suite de la libéralisation du commerce mondial exposant les entreprises inefficaces à la stricte discipline du marché. Ensuite, il y a eu le mouvement de globalisation financière qui a permis un recyclage plus efficient des excédents de capitaux. Cette abondance rendue possible par le développement de l’épargne courte grâce à l’augmentation de la productivité du capital humain (progrès dans l’éducation, la santé et l’amélioration du niveau de vie) et de l’épargne longue, conséquence du vieillissement de la population et des crises des régimes de retraite. Ces capitaux circulent désormais presque sans freins à la recherche des meilleures rémunérations. Enfin, il y a eu la révolution technologique ayant permis de réduire significativement les coûts de production des biens et des services et la circulation de rapide de l’information.

Aujourd’hui, les entreprises réalisant des performances jugées inacceptables par les actionnaires et les analystes doivent faire face à une pression externe sans précédent. Elles sont obligées, pour survivre dans un contexte de plus en plus concurrentiel, à vendre les portefeuilles non stratégiques ou insuffisamment rentables, en vue de renforcer leurs positions dans leurs métiers de base. Et pour cause, aujourd’hui les investisseurs préfèrent décider eux-mêmes des activités dans lesquelles ils voudraient investir et de leur degré d’exposition au risque par activité. En d’autres termes, ils voudraient gérer eux-mêmes leurs portefeuilles ; une mission qu’ils ont longtemps laissée aux managers. Aujourd’hui, ils reprennent le manche. Et ils ont sacrément raison !

Nabil Adel

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