26 novembre 2004
Lavieeco (25582 articles)
Partager

Les effets de Bà¢le II sur le paysage bancaire marocain

Les banques marocaines seront obligées de revoir leurs méthodes de travail aussi bien
pour l’approche du risque que pour le management en interne. Les petites banques
ne pourront pas tenir le coup longtemps.

A l’heure où l’on parle de Bâle II, beaucoup ignorent quel impact auront les mesures du nouvel accord sur le comportement des banques et leur stratégie. A ce jour, ces dernières, visiblement, prises de court, multiplient leurs réunions sous la tutelle de Bank Al Maghrib pour s’imprégner des mesures dont l’application devrait se faire au début 2007.
Ce qui est sûr, c’est que l’impact des accords de Bâle II ne sera pas neutre sur le système bancaire. De nombreuses banques, de par la structure du risque de leur portefeuille d’actifs, vont voir leurs exigences en capital augmenter, et d’autres diminuer. Des choix stratégiques de repositionnement sur tel ou tel marché (particuliers et professionnels, grandes, moyennes et petites entreprises) leur sera inéluctablement dicté du fait du dilemme posé par le couple risque-rentabilité. Le premier exige davantage de capital et partant un coût élevé des fonds propres, qui n’est pas toujours du goût des actionnaires, alors que le deuxième est plutôt tourné vers la profitabilité mais limitant le capital et partant la croissance.

Le Raroc, un outil de calcul des performances à mettre en place au plus vite
Afin de nuancer ces deux visions, les règles de Bâle II donneront naissance à un nouveau ratio, le RAROC (the risk adjusted return on capital), servant à mesurer les performances ajustées au risque. Ce nouveau ratio prendra la place du fameux ratio ROE (return on equity ou retour sur fonds propres). La nouveauté apportée par ce nouveau ratio réside dans le fait que le taux appliqué à la clientèle doit désormais couvrir non seulement le coût administratif, le coût du risque mais aussi la rémunération du capital. A ce titre, le profil de l’actionnariat (attitude envers le risque) et sa solidité financière auront un poids déterminant sur le devenir de chaque banque.
De ce fait, la célérité dans la mise en place de cet outil de calcul des performances, appuyé sur une organisation bancaire basée plutôt sur le couple domaine d’activité / performances, devrait constituer un avantage compétitif pour les banques qui auront réussi à l’adopter dans la mesure où il devrait leur permettre de mieux aiguiller leur politique de ciblage des marchés en vue de réaliser une allocation opitmale de leurs fonds propres conjuguée à une politique de tarification rationnelle. Cette orientation est d’autant plus visionnaire qu’on assiste actuellement à une course de notre système bancaire, vers la part de marché aux dépens de la rentabilité, dans un marché caractérisé par une compétition acharnée sur fond de guerre des taux.
Ayant senti le danger, Bank Al Maghrib s’était vu obligée d’intervenir pour instaurer une certaine discipline par la mise en place des taux de référence afin de sauvegarder le système financier d’un crash fatal, dont les premières victimes devraient être les petites banques, entraînées naïvement dans le jeu des grandes.
Ceci étant, le passage de Bâle I à Bâle II influera inéluctablement sur le comportement des banques dans la mesure où les nouvelles règles privilégieront les banques dont les portefeuilles sont axés sur les crédits immobiliers ou crédits hypothécaires, les crédits à la consommation, voire les petites PME, à l’inverse des banques portées sur les grandes entreprises, pour la simple raison que le comité de Bâle II a voulu tenir compte de manière indirecte de l’effet de diversification sachant qu’une petite unité (particuliers, PME) est moins vulnérable au risque systématique malgré sa grande probabilité de défaut, comparé à une grande unité.
Les ventes croisées entre les différents métiers de la banque connaîtront également un essor important dans la stratégie à venir des banques grâce aux effets de synergie qui en découlent. L’offre de certains services à la clientèle – gestion des moyens de paiement, conseils, montage et placement sur les marchés financiers, gestion de l’épargne – est peu ou pas consommatrice de fonds propres.
Le revirement stratégique des banques marocaines sous l’effet de la nouvelle donne dépendra de leurs avantages compétitifs et de leur capacité à mieux se positionner sur ces segments de marché peu consommateurs de capital. La taille du réseau, le niveau de développement de la technologie de l’information et la qualité des ressources humaines seront les véritables clés de succès pour une banque aspirant à une meilleure compétitivité.
La taille du réseau conditionnera, sans aucun doute, la rentabilité de la banque sur le marché de la banque de détail. L’effet des économies de marché jouera le rôle d’amplificateur des performances. De même, plus la taille du réseau est large, plus sa force de frappe commerciale est importante (politique de proximité) et plus la pénétration de ses marchés est conséquente.
Aussi, le niveau de développement en matière de technologies de l’information demeure-t-il un levier de compétition redoutable pour l’avenir des banques. Parmi ses avantages compétitifs, citons la rapidité et la qualité du traitement de l’information relative à la banque et aux clients, ce qui permet à la banque de mieux analyser les attentes et les profils des clients et d’anticiper sur leurs besoins et partant s’accaparer des parts de marché plus rapidement que ses concurrents.
En définitive, le changement de cap induit par Bâle II obligera les banques à atteindre une taille critique, un challenge à relever. Les petites banques, dont la vision est à court terme faute de moyens financiers ou de confiance dans le marché marocain, ou qui souffrent d’inertie dans leurs réorientations vers les marchés à faible consommation de capital, se verront à moyen terme obligées de quitter la scène bancaire marocaine