Décrocher, déconnecter
14 avril 2015
Hind Taarji (537 articles)
Partager

Décrocher, déconnecter

Regardez les séries télévisées ! Elles sont quasiment toutes policières et décrivent un monde en noir et blanc, partagé entre les truands et les malades mentaux d’un côté et les flics, représentants de l’ordre, de l’autre. Et les dessins animés pour les enfants ! Idem, même glorification de la violence. Comment, avec tout cela, ne pas devenir parano !

Le monde serait-il plus cruel  que par le passé ? La réponse est non, bien évidemment, chaque époque ayant eu son lot de barbaries. S’il s’est conclu sur une note relativement apaisée, le XXe siècle a multiplié les épisodes sanglants (guerres mondiales, colonisations et luttes de libération nationale etc.). Au sortir de ces pages noires, le credo était «plus jamais ça», notamment sur le continent européen où, la croissance revenue et l’URSS défaite, on a cru en la «fin de l’histoire» et donc de ses convulsions. Même chose dans les pays anciennement colonisés où, la liberté recouvrée, la construction nationale se devait de monopoliser les énergies. Mais si la paix, du moins dans cette partie du monde à laquelle nous appartenons, tient toujours, la tranquillité, elle, a cessé d’être. Sur quelque rive où l’on se situe, sud ou nord, un même sentiment a pris place : celui d’un changement de tempo, fait d’incertitude et d’insécurité. Les repères se brouillent et où l’on ne sait de quoi sera fait demain. L’inquiétude porte sur tout, qu’il s’agisse de l’avenir en préparation ou du présent pollué par la diffusion incessante de nouvelles angoissantes et/ou dramatiques sur l’état du monde. Car, et c’est cela le propre de l’époque actuelle, même quand on a la chance de mener une vie tranquille, on ne peut plus avoir l’esprit tranquille. Trop de choses assaillent nos esprits et créent un climat anxiogène. Les premiers à en pâtir sont les parents. L’école a cessé d’être ce lieu que l’on pensait sécurisé. L’information sur les méfaits du harcèlement scolaire de même que sur l’existence du risque pédophile ont mis fin à une certaine inconscience. Ces fléaux ont toujours existé et il est bon qu’aujourd’hui on sensibilise sur le sujet. Mais, du coup, une nouvelle préoccupation a germé. Et une méfiance supplémentaire qui déteint sur la manière d’éduquer. On y réfléchit à deux fois avant d’envoyer son enfant en colonie de vacances, de le laisser dormir chez des amis, aller chez le voisin ou jouer bêtement dans la rue à l’instar de générations et générations d’enfants pour qui celle-ci fut la première école de la vie. Cette tendance à la surprotection, rajoutée à la place prise par les nouvelles technologies dans le vécu quotidien, fait que le contact à l’autre n’est plus le même. On assiste à une diminution des interactions en face-à-face. L’échange virtuel par écran interposé prend le pas chez les plus jeunes qui pianotent plus qu’ils ne se parlent. Tout cela n’est pas anodin et on commence tout juste à en prendre la mesure. L’utilisation à grande échelle des technologies de communication par l’organisation terroriste Daesh pour endoctriner et gagner des recrues apporte un éclairage brutal sur cette fragilisation des esprits à laquelle contribue l’immersion à forte dose dans l’univers virtuel du web.
L’avancée de la science et les outils auxquels elle donne naissance transforment le monde et l’on ne saurait, le voudrait-on?, arrêter la marche en avant de celui-ci. Mais cela n’interdit pas de réfléchir aux évolutions en cours et à ce qui peut être fait pour en limiter les dérives. Ainsi de l’usage fait du web. Et de la responsabilité des médias dans le traitement de l’information. L’une des évolutions majeures actuelles est l’immédiateté de l’information. Nous sommes informés pratiquement dans l’instant de ce qui se passe de l’autre côté de la planète. Après la rétention, le gavage à présent. On frôle, si l’on n’y est pas déjà, l’overdose, d’autant que nous arrivent non les chants du monde mais ses grondements et ses râles. Du coup, à force d’être inondé par ce type de nouvelles, on en vient à penser que la vie n’est que cela, une succession de guerres et de catastrophes. Et tout va dans le même sens. Regardez les séries télévisées ! Elles sont quasiment toutes policières et décrivent un monde en noir et blanc, partagé entre les truands et les malades mentaux d’un côté et les flics, représentants de l’ordre, de l’autre. Et les dessins animés pour les enfants ! Idem, même glorification de la violence. Comment, avec tout cela, ne pas devenir parano ! Seule parade : décrocher, se déconnecter aussi souvent que possible. Et surtout contrôler, autant que faire se peut, l’usage du web et des écrans tactiles par les jeunes. Il y va de leur santé, physique comme mentale.

Hind Taarji

Hind Taarji