Autre temps, autres méthodes
11 avril 2013
Hind Taarji (537 articles)
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Autre temps, autres méthodes

Aux Maldives, petit paradis sur terre, une adolescente de 15 ans a été condamnée à  recevoir 100 coups de fouet. Son « crime » : avoir eu des relations sexuelles hors mariage. Mais avec qui et dans quelles conditions ? Avec son beau-père et dans le cadre d’un viol répété, le beau-père ayant abusé sexuellement d’elle pendant des années jusqu’à  lui faire un enfant et le tuer dans son ventre.

Aux Maldives, petit paradis sur terre, une adolescente de 15 ans a été condamnée à recevoir 100 coups de fouet. Son «crime» : avoir eu des relations sexuelles hors mariage. Mais avec qui et dans quelles conditions ? Avec son beau-père et dans le cadre d’un viol répété, le beau-père ayant abusé sexuellement d’elle pendant des années jusqu’à lui faire un enfant et le tuer dans son ventre. Mais les juges fondamentalistes des Maldives, obnubilés par la stricte application de la chariâ, n’avaient que faire de ces «détails». Pour eux, relations sexuelles hors mariage signifient 100 coups de fouet et le reste n’a pas à être pris en compte.

A force d’en entendre, on se croit immunisé contre les histoires de ce style. Mais c’est faux ! A chaque fois, la même révolte vous prend aux tripes, vous donne envie de cogner et de hurler de rage. La cruauté de cette histoire, qui n’est pas sans nous rappeler une certaine affaire Amina Filali, a donné le haut le cœur à près de deux millions de personnes sur internet. C’est le nombre d’internautes qui ont signé la pétition lancée en ligne par l’association Avaaz pour demander au président des Maldives le changement d’une législation autorisant des condamnations aussi ignominieuses. Comment des hommes qui prétendent rendre le droit peuvent-ils prononcer de tels jugements ? Jusqu’où certains, sous couvert de religion, peuvent-ils aller dans leur haine (ou leur peur mais les deux vont de pair) des femmes ? Dans la blogosphère, cette info a créé le buzz en même temps qu’une autre. Une autre, «plus light» qui a tout autant suscité l’indignation mais d’une autre catégorie d’internautes, à savoir celle des Maghrébins musulmans bienpensants. Après l’Egypte et la Tunisie, «les femens», ce groupe féministe européen qui défend la cause des femmes en dénudant ses militantes, ont débarqué au Maroc par l’intermédiaire d’une page facebook mise en ligne ce 23 mars. En quelques jours, cette page provoquait une profusion de commentaires incendiaires ou juste bassement vulgaires en même temps cependant qu’elle recueillait des milliers de like (petites icones disant qu’on aime). A la différence de Alya l’Egyptienne ou de Amina, la Tunisienne, aucune Marocaine n’a encore eu le courage de poser nue le visage découvert, les «amies» du groupe agissant en anonyme. Car du courage, il en faut une sacrée dose pour oser pareille provocation sous nos cieux. Les femens de la sphère musulmane prennent au mot les fondamentalistes pour qui toute femme dévoilée est une femme nue. Nue pour nue, autant donc l’être totalement ! Une histoire comme celle de l’adolescente des Maldives provoque une telle révolte devant le sort encore réservé au second sexe dans une bonne partie du monde musulman qu’on peut tout à fait comprendre que des Alya et des Amina en soient si révoltées qu’elles en soient poussées à opter pour la subversion la plus absolue en s’exhibant nues. Certes, les actions coup de poing des femens sont diversement appréciées même des défenseurs des droits des femmes pour nombre desquels ce militantisme est non seulement contre-productif mais va à l’encontre des principes féministes. Sans rentrer dans le débat de fond et pour en rester à notre espace culturel, le fait cependant que ce phénomène médiatique se soit étendu jusqu’à nous parler à plus d’un titre. Rappelant la réalité de la mondialisation, il montre un changement dans les formes de lutte qui, de plus en plus, empruntent la voie virtuelle pour se diffuser. La manière dont les «révolutions arabes» ont fait tache d’huile en est la parfaite illustration. Pour ce qui est du combat des femmes, et cela concerne tout particulièrement le Maroc, à un moment où on assiste à une difficulté à passer le flambeau, où la relève peine à se faire avec toujours les mêmes pionnières au-devant de la scène, voilà que des actes individuels sont posés en dehors de tout cadre construit. Et l’action, prenant le contre-pied de ce qui a été fait jusqu’à présent, s’inscrit dans la rupture absolue. Foin de relecture des textes mais une revendication de liberté totale. «Mon corps m’appartient», inscrivent sur leurs seins les femmes du femens pour qui «la nudité est la liberté». Même si ces actions sont le fait d’une poignée d’individualités, le «buzz» qu’elles suscitent déplace le curseur, repoussant les limites du débat. La crainte certes est dans l’effet boomrang de ce type d’action. Mais face à l’emprise grandissante du fondamentalisme sur nos sociétés, traiter le mal par le mal n’est peut-être pas une si mauvaise option !