Mort de l’auteur présumé de la fusillade de Strasbourg

Cherif Chekatt a été abattu hier soir. Sa cavale n’aura duré que 48 heures.Le témoignage d’une femme, des images vidéo et des traces de sang retrouvées ont permis aux enquêteurs de le cerner.

Après une angoissante chasse à l’homme, Strasbourg renoue, vendredi 14 décembre 2018, avec une « vie normale », avec la réouverture de son marché de Noël endeuillé par l’équipée meurtrière de Chérif Chekatt, tué jeudi soir par la police.

Fermé depuis l’attentat qui a fait trois morts et 13 blessés mardi soir, ce marché emblématique de la capitale alsacienne rouvrira ses portes « à 11 heures », a annoncé le maire de Strasbourg Roland Ries.

Parmi les blessés, trois personnes sont toujours entre la vie et la mort, et trois sont sorties de l’hôpital, a indiqué le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner.

Chérif Chekatt a été tué jeudi soir par des policiers au pied d’un immeuble du quartier du Neudorf, au sud du centre-ville, là même où sa trace s’était perdue après l’attentat.

« À 21H00, un équipage de la brigade spécialisée de terrain, composé de trois fonctionnaires de la police nationale, a aperçu un individu qui déambulait sur la voie publique au niveau du 74 de la rue du Lazaret. Cet individu correspondait au signalement de la personne recherchée depuis mardi soir », a relaté Christophe Castaner.

Ils ont tenté de l’interpeller mais Chekatt s’est « retourné, faisant face aux fonctionnaires de police en tirant. Ils ont alors immédiatement riposté » et tué l’assaillant.

L’homme « faisait partie des soldats » du groupe Daesh a affirmé peu après Amaq, son média de propagande, cité par le groupe de surveillance des réseaux extrémistes SITE.

Le chef du parquet antiterroriste, Rémy Heitz, s’est rendu dans la nuit dans le quartier du Neudorf et devait s’exprimer vendredi matin.

Après la diffusion mercredi soir d’un appel à témoins, la police avait reçu plusieurs centaines d’appels.

Selon une source proche de l’enquête, une femme avait vu jeudi après-midi un homme ressemblant au fugitif, blessé au bras. Des traces de sang ont été trouvées et des images vidéo ont permis aux policiers d’acquérir la certitude qu’il s’agissait bien de lui.

« Merci à l’ensemble des services mobilisés, policiers, gendarmes et militaires. Notre engagement contre le terrorisme est total », a tweeté Emmanuel Macron.

Plus de 700 membres des forces de l’ordre traquaient le tireur du marché de Noël. Plusieurs opérations de police avaient déjà eu lieu au Neudorf, quartier du sud de Strasbourg où Chérif Chekatt, 29 ans, avait grandi.

Mardi soir, peu avant 20H00, il était entré dans le centre historique de la ville et avait ouvert le feu à plusieurs reprises sur les passants, en blessant d’autres à coups de couteau.

Il avait ensuite échangé des tirs avec les forces de l’ordre et avait été blessé à un bras, avant de réussir à s’enfuir à bord d’un taxi, à qui il avait raconté ce qu’il venait de faire. Cet élément « fondamental » permettra de l’identifier rapidement, de placer cinq de ses proches en garde à vue et de perquisitionner leurs domiciles.

Né à Strasbourg, Chérif Chekatt avait un passé judiciaire très chargé (27 condamnations en France, en Allemagne et en Suisse) et était fiché « S » (« sûreté de l’État ») pour sa radicalisation islamiste.

À chacun de ses séjours en prison, il avait été repéré pour son prosélytisme « parfois agressif », lui qui avait une affiche de Ben Laden dans une de ses cellules. Selon une source proche de l’enquête, il était suivi activement depuis sa sortie de prison, et ce jusqu’à mardi, sans que des velléités de passage à l’acte ne soient détectées.

Le jour de l’attaque, il devait être interpellé par les gendarmes dans le cadre d’une enquête de droit commun, mais avait échappé à cette arrestation.

(Avec AFP)