Morocco 2010 : trois jours pour convaincre les sceptiques
26 mars 2004
Lavieeco (25582 articles)
Partager

Morocco 2010 : trois jours pour convaincre les sceptiques

Les arguments avancés par l’équipe de Saâd Kettani
sont plutôt convaincants.
Les travaux d’infrastructures vont bon train et les stades non encore construits
commencent à prendre forme.
Joseph Blatter, le président de la FIFA, sera au Maroc le 7 avril.
Pour abriter les matches de la Coupe du monde, les stades seront répartis
en quatre pôles.

Lorsque Saâd Kettani, président de Morocco 2010, exposa, le1er juillet 2003, les grandes lignes du dossier de candidature du Maroc à l’organisation du Mondial 2010, les journalistes se retinrent de lui rire au nez. A la sortie, ils donnèrent libre cours à leurs sarcasmes. Un vieux briscard eut cette réflexion désobligeante : «Ils trouvent toujours le moyen de dilapider l’argent du contribuable et de s’engraisser par la même occasion. Sinon, à quoi rime cette enième candidature alors que nous n’avons accompli aucun progrès sur le plan de l’infrastructure sportive ?» Trois revers successifs, cela n’incite pas à l’optimisme.
D’optimisme, le président de l’Association Morocco 2010 ne fut pas chiche lors de la conférence de presse donnée à Casablanca, mercredi 24 septembre 2003. «Nous voulions confectionner un dossier technique qui puisse surprendre agréablement la FIFA. Je pense que nous avons réussi», clama-t-il à qui voulait l’entendre.
A voir, rétorquèrent en chœur les journalistes. Comment tiendrions-nous tête à l’Afrique du Sud, nantie en matière d’infrastructures sportives, avec seulement des jolies maquettes au lieu de stades en bonne et due forme? «Par le passé, il est vrai que le Maroc ne présentait que de simples maquettes. Cette fois-ci, elles sont assorties de contrats signés, d’engagements financiers du gouvernement. Ce qui va rassurer la FIFA, d’autant que la construction d’un stade n’excède guère trois ans. Et nous ne sommes qu’en l’an 2003», plaidait M. Kettani.

Pendant longtemps, Saâd Kettani a prêché dans le désert

C’était prêcher dans le désert. Pour la presse, l’affaire était entendue : «La FIFA ne prenant jamais les vessies pour des lanternes, nous fonçons tête baissée vers une cinglante déconvenue». Dès lors, les journaux, à de rares exceptions, feignirent d’ignorer l’événement. Quand ils daignaient l’évoquer, c’était par le biais de communiqués de la MAP, reproduits tels quels.
Mais, depuis lundi 22 mars, on a eu droit à une avalanche d’articles qui, tous, exaltent la consistance du dossier de candidature marocain. A quoi est dû ce revirement ? Tout simplement à une idée lumineuse de l’association, qui a concocté, à l’intention des journalistes, un voyage, du 18 au 21 mars, à travers trois villes d’accueil du Mondial 2010. «Nous sentions que la presse nationale, dans son ensemble, ne plaidait pas la cause de la candidature marocaine. En raison d’un scepticisme indû. Les journalistes ne nous croyaient pas quand nous leur disions que nous ne restions pas les bras croisés, que les travaux de construction des stades étaient largement entamés et que le Maroc n’avait pas à rougir de ses infrastructures. C’est pour leur permettre de juger sur pièces que nous avons organisé ce média tour», explique Youssef Bencheqroun, un des responsables de Morocco 2010. Reportage et ambiance
Jeudi 18 mars : rendez-vous est pris à l’aéroport Mohammed V, à Casablanca. A 21h 30, les 35 journalistes sont réunis. Retrouvailles, embrassades et effusions. Déjà des groupes se forment, par affinités, sensibilités ou âges. Une femme se tient à l’écart, visiblement désemparée de se retrouver au milieu de trente- quatre hommes. A l’embarquement, un reporter se fait remarquer en refusant de présenter sa carte d’identité à la préposée à la sécurité, au motif qu’il est connu. Il s’emporte, promet au pauvre agent bien des malheurs, puis menace de rebrousser chemin. Bachir Thiam, attaché de presse, s’efforce de calmer le furieux, y parvient non sans mal. A 22 h 30, l’avion décolle en direction de Tanger. Le vol se déroule dans une ambiance bon enfant, les hôtesses se démènent pour apaiser la soif des journalistes, la bière coule à flots, les esprits s’animent sans s’échauffer. Quarante minutes plus tard, les journalistes se dirigent vers le car qui les transporte jusqu’à l’hôtel Mövenpick. Juste le temps de constater que le lieu est aussi cossu que fonctionnel, et l’on s’attable autour d’un dîner substantiel, sans raffinement toutefois.

Gare de Tanger : beauté, luxe et fonctionnalité

Vendredi 19 mars : le temps radieux ne parvient pas à tirer les journalistes de leur somnolence. Les yeux mi-clos, ils avalent vite fait un petit-déjeuner pantagruélique. Une heure après, visite guidée de la gare de Tanger-ville. Aucune comparaison avec celle, miteuse, qui existait naguère. Ici tout est beauté, luxe et fonctionalité. Le bâtiment, dont le coût s’élève à 80 millions de dirhams, se compose d’un espace voyageurs de 1 880 m2 couverts ; d’un centre multifonctionnel sur deux niveaux, d’une superficie de 2 700 m2 couverts ; de trois quais voyageurs de 500 m de long chacun ; de quatre abris voyageurs; d’un parking d’une superficie de 3 200 m2 (120 places) et d’un mur de clôture en voile de béton. Mais laissons les détails techniques pour nous abandonner à l’enchantement.

Le réseau ferroviaire sera lifté et les voies doublées

Las ! un expert nous en extirpe. Il embraye sur un exposé où il nous apprend que le réseau ferroviaire, qui transporte 15 millions de passagers par an, fera l’objet d’un lifting minutieux, dont la réfection et le doublement des voies. Priorité serait donnée aux villes qui abriteraient le Mondial 2010, à savoir Casablanca, Rabat, El Jadida, Fès, Meknès et Tanger. La liaison avec Agadir serait, elle, largement assurée par les réseaux aérien et autoroutier.
Scrupuleusement édifiés, les journalistes remontent dans le car. Cap sur le stade de Tanger. Situé à 4 km de l’aéroport et à 10 km du centre-ville, ce dernier est encore à l’état de chantier. Mais on y travaille dur, au rythme de 10 heures par jour, parfois la nuit, afin qu’il soit prêt en juin 2007. Faute de pouvoir l’apprécier de visu, on se fie aux explications de son architecte, Jawad Khattabi. Apparemment fier de son ouvrage, celui-ci se montre intarissable. Conçu de manière ultra-moderne, le stade de Tanger court sur 82 ha, s’élève sur cinq niveaux, contient 69 000 places, comporte 3 entrées principales, 36 accès, un parking pouvant abriter 2 000 voitures, propose 17 000 sièges, une loge VIP, une autre royale, et peut être évacué en 12 minutes. Bref, il correspond parfaitement aux normes fixées par la FIFA. Un membre de l’association Morocco 2010 désire apporter plus de précisions, un journaliste lui demande de s’exprimer en arabe. Il en perd son latin et le fil de son discours. On s’égaille. Les plus zélés se munissent d’un casque et bravent poussière et sable pour voir de près de quoi il en retourne.
Une heure plus tard, nous prenons la route en direction de Fès. Le trajet est long et on le meuble comme on peut. Un groupe braille avec une ardeur louable du Nass Al Ghiwane, martyrise Oum Keltoum et tord le cou à Sabah Fakhri, puis se tait. Un duo prend le relais avec plus de bonheur. Il y a de la joie. Mais les organisateurs de ce périple ne l’entendent pas de cette oreille. Soucieux d’éclairer la lanterne des journalistes, ils les invitent à coucher noir sur blanc leurs interrogations.
A propos du stade d’Agadir, qu’on ne verra pas, on nous assure que les travaux, qui ont démarré en décembre 2003, vont bon train. Et comme on taille sur la roche, on n’aura terminé avec les excavations que dans six mois. Entre parenthèses, c’est le projet architectural qui a emporté la conviction des inspecteurs de la FIFA. Concernant les chances du Maroc, les réponses sont évasives, prudence oblige. La France et l’Espagne sont acquises à la cause marocaine. Pour le reste, il serait hâtif de se prononcer. Cependant, une quasi-certitude : les soutiens des Etats-Unis et des pays de l’Amérique latine. De surcroît, on mise beaucoup sur l’influence du Qatari Mohamed Bin Hammam, qui séjournera au Maroc les 7 et 8 avril, accompagné de Joseph Blatter. Un signe, direz-vous.
En cas d’obtention de l’organisation du Mondial, Marrakech se verra promue capitale de l’événement. C’est dans son stade que se dérouleront la cérémonie d’ouverture, le match d’ouverture et une demi-finale. C’est dans ses fastueux palaces que résideront les pontes de la FIFA. Quatre pôles seront constitués: Tanger-Rabat (Nord), Casablanca-El Jadida (Centre), Marrakech-Agadir (Sud), Fès-Meknès (Est). A Tanger se jouera l’une des demi-finales, Rabat accueillera le match de classement et le grand stade de Casablanca la finale. Interrogé sur les impressions des inspecteurs de la FIFA, M’hammed Zeghari a certifié qu’elles étaient visiblement favorables, ajoutant qu’ils n’ont pas tari d’éloges sur la qualité des hôpitaux militaires de Meknès, de Marrakech et de Rabat.
Après une courte pause dans un bled perdu, on reprend la route, les yeux rivés sur le poste de télévision et le documentaire Les Bleus dans les yeux. Un régal. A 15 h 45, on arrive au Sheraton de Fès, lequel a pris quelques rides disgracieuses. Quinze minutes plus tard, on a droit à un déjeuner peu ragoûtant. Personne ne s’en plaint, manière de préserver l’ambiance. Une heure après, on se retrouve à la porte principale du stade de Fès. On traverse l’allée d’honneur bordée d’arbres, et on tombe net sur une entrée conçue dans le plus pur style hispano-mauresque. La suite est à l’avenant. On s’émerveille. Ce stade est un bijou architectural. Construit en 2002, il présente maint atouts : celui de la proximité (à 15 km de l’aéroport, à 10 km du centre-ville), celui de la beauté et celui d’être déjà prêt à accueillir les rencontres du Mondial. A quelques retouches près, qui seront apportées dès juillet 2005, à savoir l’augmentation de l’intensité lumineuse (de 900 à 1300 lux), l’adjonction de 1 500 sièges, et la surélévation des tribunes est et ouest. Pour le reste, il est absolument conforme aux normes de la FIFA, avec ses 5 portes, ses 23 accès, son parking (7 500 véhicules), ses quatre spacieux vestiaires, ses ailes réservées à la presse et à l’administration… et sa pelouse synthétique. Eh oui ! la FIFA a homologué le gazon artificiel et tous les stades marocains en seront désormais garnis, question de commodité.
On s’arrache difficilement à la contemplation de la merveille pour se diriger vers le Centre hospitalier universitaire Hassan II. Situé, par pur hasard, à deux pas du stade, le CHU de Fès est imposant. D’abord par son coût, estimé à 460 MDH, ensuite par sa surface (75 102 m2), enfin par le nombre de services qu’il offrira (hôpital des spécialités, hôpital mère et enfant, laboratoire, consultations externes, oncologie, médecine nucléaire, unité de vie). Ses urgences, organisées en trois plateaux (tout-venant, zone bleue, zone chaude) seront d’un précieux secours pour les spectateurs atteints de malaise. Sur les visages des journalistes se lit l’admiration. L’infrastructure sanitaire marocaine n’a rien à envier, quoi qu’on dise, à celles de pays plus nantis. Encore un argument en faveur de notre candidature.
Une heure de battement, puis on appareille vers un restaurant huppé. Pas de confusion des genres, les picoleurs d’un côté, les sobres de l’autre. Mais tous apprécient à leur juste valeur la fine chère, le filet de voix de la chanteuse et les trémoussements de la danseuse. On aura passé un moment agréable.
Samedi 20 mars : cap sur Rabat. Beaucoup de journalistes ont fait la bringue la veille. Ils piquent un roupillon, bercés par la projection de la cassette retraçant la visite des inspecteurs de la FIFA. Personne ou presque n’y prête attention. On effectue un détour par le Complexe Mohammed V des télécommunications par satellites, situé à Essehoul. A peine le temps de se délecter de la beauté verdoyante du site, et on est happés par Mustapha Boukhras, qui se lance dans des explications truffées de termes techniques. En substance : grâce à sa connexion aux réseaux satellitaires Arabast, Eutelsat, Intelsat et à son infrastructure en fibres optiques, le Maroc est déjà fin prêt pour la retransmission des matches du Mondial 2010.
La tête bourrée de détails technologiques, les journalistes ne songent qu’à se sustenter. Ce sera chose faite, dans un restaurant au bord du Bouregreg, qui vaut plus par son site splendide que par la qualité de sa cuisine. Mais là encore, on ne fait pas la fine bouche, pour ne pas gâcher l’ambiance. Celle-ci sera ronronnante quand on sera sur la route de Marrakech. Seuls quelques «vaillants» jettent un regard distrait sur l’histoire de la Coupe de la Ligue des champions projetée par les soins des membres de Morocco 2010. La plupart somnolent, certains bavardent, les chanteurs ont rangé leurs couplets. Après un trajet interminable, malgré l’escorte d’un motard, on arrive à Marrakech. Séjour dans le somptueux Atlas Médina. Une heure de battement, puis, dîner dans un restaurant branché mais peu accueillant. Le rythme éprouvant commence à peser sur les têtes et les jambes. L’air n’est pas à la fête.

Le stade de Marrakech coûtera 987 MDH

Dimanche 21 mars : à 10 h 25 mn, on prend la route du stade de Marrakech. Le photographe responsable du retard est dûment sermonné. Sept kilomètres plus loin, on aperçoit le chantier. Depuis le premier trimestre 2003, mille ouvriers y triment 24 h sur 24 : 22 km de gradins, 12 km de main courante, un million de m3 de terre déplacés jusqu’ici, 60 000 m3 de béton… Autant de chiffres révélateurs de la dimension de l’édifice. Lequel vaudra surtout par son architecture. «Dès le départ, nous avons tenu à ce que ce stade établisse un certain dialogue avec la ville, en empruntant les éléments architecturaux. C’est dans ce souci que nous avons copié les tours, les remparts, les couleurs, le jeu de l’ombre et de la lumière, les pleins et les vides, la sobriété extérieure et la richesse intérieure», affirme Mohamed Benkirane, l’un des deux architectes de la splendeur promise. De forme rectangulaire, le stade de Marrakech, dont le coût s’élève à 987 MDH, est planté sur 60 ha, peut contenir 70 000 spectateurs, se compose de quatre accès principaux et 94 portillons, d’une cour d’honneur, de plusieurs parkings. Il propose quatre tribunes et 37 000 places couvertes. Et pour ne pas gâcher le paysage, il est encaissé de 8 m par rapport au terrain naturel. Autre avantage, il est situé à 15 mn du centre ville et à 15 km de l’aéroport. On s’impatiente de le voir achevé. Vivement fin 2006 !
Quartier libre, et retour à Casablanca. Nous avons vu, nous sommes convaincus. Le Maroc sera prêt pour accueillir le Mondial 2010, pourvu que la FIFA soit sensible aux arguments qu’il avance