Equitation : une équipe nationale est née !
1 octobre 2014
Hicham HOUDAIFA (124 articles)
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Equitation : une équipe nationale est née !

Le Maroc participe pour la première fois aux Jeux mondiaux équestres, organisés cette année à  Caen, en Normandie. Abdelkebir Ouaddar a été la star marocaine des jeux équestres mondiaux de Caen, avec le cheval Quickly de Kreisker. Le prochain objectif de l’équipe nationale, ce sont les Jeux olympiques de Rio où le Maroc a une belle chance de décrocher une médaille.

Samedi 6 septembre. L’ambiance est folle dans le stade de Caen qui abrite le troisième tour qualificatif du tournoi de saut d’obstacles de ces jeux équestres mondiaux. Le saut d’obstacles, c’est la discipline reine pour l’équitation, l’équivalent des 100 mètres en athlétisme. Les 29 meilleurs sauteurs de la planète se mesurent dans l’une des compétitions les plus serrées de l’histoire des Jeux. Une seule barre sépare le premier du sixième, deux barres, le premier du 16e et seulement trois barres entre le premier et le 27e. C’est dire le suspense qui règne dans l’arène.
Les grandes nations de l’équitation se retrouvent pour ce dernier tour qualificatif qui va décider des quatre sauteurs qui vont disputer la finale. L’Afrique, elle, est représentée par un sauteur défendant les couleurs du Maroc.

Les stars, ce sont Quickly et Ouaddar

A 52 ans, Abdelkebir Ouaddar est au sommet de son art et il le montre devant un public français déjà acquis à sa cause. Quand Ouaddar fait son entrée en compagnie de son partenaire, le cheval Quickly de Kreisker, le duo est applaudi chaleureusement. A la fin de chacune de ses prestations, une «standing ovation» lui est toujours réservée. C’est que la participation d’Ouaddar à ce stade de la compétition est tout simplement historique. Surtout quand on sait que le Maroc participe pour la première fois aux mondiaux équestres, et ce depuis la première édition de cette compétition qui a eu lieu à Stockholm en 1990 ! «C’est très rare de voir un cavalier de couleur s’illustrer dans une telle discipline. Abdelkebir est un homme d’une telle gentillesse, affable, toujours disponible. Et quand il fait son entrée dans le stade, l’applaudimètre explose. Le voir s’illustrer  dans ces mondiaux, c’est tout simplement magnifique», explique Badr Fakir, secrétaire général de la Fédération royale marocaine des sports équestres. Abdelkebir Ouaddar a conquis son public par son sourire et sa simplicité. Au fil de ses apparitions, de ses succès, les fans affluaient, à la recherche de celui qu’ils surnomment affectueusement «Kébir», pour lui demander un autographe ou une photo. Ou tout simplement pour lui déclarer leur flamme !

Puis, il y a l’autre star, le cheval Quickly de Kreisker, un cheval exceptionnel, d’origine bretonne (ce qui explique également le succès rencontré chez le public français), et qui a très vite séduit le stade d’Ornano de Caen, par son caractère particulier. «Des chevaux comme Quickly de Kreisker, il n’y en a pas beaucoup de par le monde. C’est un cheval spécial qui possède un caractère exceptionnel. En plus de ses aptitudes physiques hors normes, il est si gentil, si doux et si intelligent», nous dévoile affectueusement Dr Sandrine Serfati, vétérinaire de l’équipe nationale des sports équestres. Et d’ajouter: «Abdelkebir et Quickly ont une entente et une symbiose hors du commun. Ils sont un peu comme un centaure. Et c’est cela qui fait l’exception de ce couple».

Alors que les autres chevaux participant à la compétition du saut d’obstacles sont calmes, Quickly est fantasque, n’hésitant pas à faire des ruades, avant de réussir parfaitement son saut, faisant rire et frémir de joie un public tout autant passionné que connaisseur. «Je pense que ça lui fait plaisir de faire ses ruades. C’est aussi sa façon de dire bonjour au public, c’est un cheval très intelligent et je suis sûr qu’il veut partager sa joie d’être là avec les spectateurs et il aime que les spectateurs l’encouragent. C’est une star, il faut toujours qu’il fasse le clown quand il y a du public», déclarait Abdelkebir Ouaddar au sujet de son partenaire.
A la fin de cette prestigieuse compétition, dimanche 6 septembre, Ouaddar et Quickly vont terminer à la 13e position sur les 153 sauteurs qui ont pris part à cette compétition. Un exploit! «Il faut voir d’où on est parti. En un an et demi, Ouaddar est passé du statut de parfait inconnu à un des meilleurs sauteurs du monde. C’est une ascension fulgurante», assure M. Fekkar. La clé du succès : un cheval d’exception et un programme d’entraînement avec Marcel Rozier, un grand entraîneur français établi à Fontainebleau, lui-même champion olympique de saut d’obstacles en 1976 et ancien coach de l’équipe de France du saut d’obstacles. La mue s’est alors opérée. Aujourd’hui, Quickly de Kreisker est devenu la révélation mondiale de l’année, sacré meilleur cheval mondial au saut d’obstacles tout au long du début de l’année 2014 !

Abdelkebir Ouaddar fait de l’équitation depuis l’âge de huit ans. Son rapport avec le cheval, il le décrit en ces termes : «J’adore les chevaux. C’est pour moi une vraie bouffée d oxygène. J’ai toujours été complice avec les chevaux, surtout avec Quickly. Il est exceptionnel. C’est un génie. Il fait vibrer tous ceux qu’il approche». Une seule barre tombée lors des quatre journées qualificatives et une treizième position à la clé, on peut se permettre de rêver d’une médaille olympique à Rio. «Je suis heureux d’avoir fait plaisir à mon pays et au public français. Je pars à la recherche d’autres médailles en attendant les Jeux olympiques de 2016», conclut M. Ouaddar, enthousiaste.

Bennani Smires, Colonel Jabri et les autres…

Si le duo Ouaddar/Quickly a fait sensation durant les Jeux de Caen, le Maroc a pu également compter sur une équipe nationale composée de trois autres cavaliers, spécialistes du saut d’obstacles (Abdeslam Bennani Smires, Colonel Hassan Jabri et Leina Benkhraba), un spécialiste de dressage individuel, Yassine Rahmouni ainsi que Khalid Khoumsi dans la discipline de Reining individuel. Le Reining est d’ailleurs une toute nouvelle discipline pour les Marocains. «Je vis en France depuis l’âge de 8 ans, mais j’ai baigné dans l’univers des chevaux très jeune. Pour moi, le Reining a été la découverte de ma vie. Je me suis initié à cette discipline avant de me lancer, il y a quelques années, dans la compétition», déclare d’emblée M. Khoumsi, 47 ans. Une compétition qui lui a permis de se qualifier aux mondiaux. «Cela a été très dur. Le niveau est très élevé surtout chez les Américains, spécialistes historiques de cette discipline. Ce n’est que durant ces trois derniers mois que j’ai obtenu ma qualification», ajoute-t-il, non sans fierté.

Il choisit de concourir sous les couleurs du Maroc. «La France possède plus de dix spécialistes du Reining, le Maroc n’en a aucun. Quand j’ai déposé ma candidature, la Fédération marocaine a tout de suite accepté. Cela m’a fait énormément plaisir de voir le drapeau marocain flotter lors de cette compétition», explique-t-il encore. Résultat: une honorable 55e  position et des rêves pleins la tête : «Mon objectif, c’est de développer cette discipline au Maroc et former d’autres jeunes pour défendre les couleurs du Maroc lors des prochains mondiaux au Canada en 2018».

Les cavaliers de l’équipe nationale du saut d’obstacles n’ont pas été du reste. A 32 ans, Abdeslam Bennani Smires représente un des espoirs de l’équitation marocaine. Il fait partie des 530 meilleurs cavaliers au monde et ne compte certainement pas s’arrêter en si bon chemin: «Je monte à cheval depuis tout petit. Pourtant ma famille n’est pas du tout dans les chevaux. Je suis très proche de mes chevaux. J’ai débuté sur le circuit international en février 2013, il y a donc un peu moins de deux ans. Je suis passé de la 1900e à la 523e place mondiale avec un seul cheval de Grand Prix».
Quant à Leina Benkhraba, elle est la seule cavalière marocaine à avoir assuré une place aux mondiaux. «A 22 ans, elle fait partie des plus jeunes cavalières au monde. Elle est la fille de Chakib Benkhraba, un des plus grands cavaliers de l’histoire de l’équitation nationale. Elle a certainement de l’avenir», atteste Badr Fakir.

Colonel Hassan Jabri, lui, est issu d’une famille de cavaliers. «Mon grand-père était un grand cavalier de fantasia et mon père, un des premiers à faire du saut d’obstacles avec les colonel Cherrat, Hamid Abdelhamid ou encore le commandant Maataoui. Mon père m’a mis le pied à l’étrier à l’âge de 5 ans», confie-t-il. Plusieurs fois champion du Maroc, l’homme va accumuler les médailles et les trophées avant de se lancer dans une carrière internationale. Il s’est classé à la 120e place lors des Mondiaux de Caen. «Je m’attendais à réaliser une meilleure prestation. Mais ma préparation a été assez courte du fait que mon cheval est resté au repos pendant quatre mois suite à une blessure», explique-t-il.
Au-delà des prestations des uns et des autres, c’est une équipe nationale qui est en train de se former autour du duo Ouaddar/Quickly. De bon augure pour la suite avec cette prochaine échéance  qui pointe à l’horizon : les Jeux olympiques de Rio en 2016…